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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202656

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202656

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202656
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mars 2022 et le 29 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Geissmann, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2021, par laquelle la maire de la commune de Champcenest a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable en date du 2 juillet 2021, ensemble la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la maire de Champcenest a rejeté son complément de demande indemnitaire en date du 24 novembre 2021 ;

2°) de condamner la commune de Champcenest à lui verser la somme de 16 087,58 euros, en réparation des préjudices subis ;

3°) d'enjoindre à la commune de Champcenest de mettre en œuvre une solution d'évacuation des eaux excluant toute possibilité de déversement et de pollution de sa propriété ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Champcenest une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité sans faute de la commune est engagée en raison des dommages que la pompe de relevage et le dispositif d'évacuation du trop-plein des eaux, dont elle a la garde, causent à sa propriété, tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement ;

- il a la qualité de tiers à l'ouvrage public ;

- à titre subsidiaire, s'il devait être considéré comme usager du réseau public d'assainissement en cause, la responsabilité pour faute de la commune se trouverait également engagée, en raison du préjudice anormal et spécial qu'il a subi.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2023 et le 12 octobre 2023, la commune de Champcenest, représentée par Me Letu, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de décision attaquée et en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une lettre du 27 juillet 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 octobre 2023 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été émise le 26 février 2024.

Un mémoire présenté pour M. A, a été enregistré le 16 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

- les observations de Me Geissmann, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un terrain sis 44 avenue des Peupliers à Champcenest (Seine-et-Marne). Il fait valoir qu'en avril 2021 il a constaté la présence d'une quantité d'eau inhabituellement importante dans un étang situé sur son terrain, qui présentait un aspect sombre et dégageait une odeur nauséabonde. M. A a adressé une demande indemnitaire à la commune de Champcenest par des courriers en date du 2 juillet 2021 et du 24 novembre 2021. Suite au rejet implicite de sa demande, l'intéressé demande au tribunal de condamner la commune de Champcenest au paiement d'une somme de 16 087,58 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis suite au dysfonctionnement de l'ouvrage public litigieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Champcenest :

2. En premier lieu, si la commune de Champcenest soulève une fin de non-recevoir tirée de ce qu'aucune demande présentée par le requérant ne vise l'annulation d'une décision, la décision prise suite à une demande indemnitaire préalable a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant des conclusions tendant à la réparation des préjudices subis a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au demeurant, il résulte de l'instruction que M. A a adressé une demande indemnitaire à la commune de Champcenest en date du 2 juillet 2021, complétée par courrier en date du

24 novembre 2021 après que le juge des référés du tribunal administratif de Melun a rendu son ordonnance dans le cadre de la procédure de référé-constat engagée par le requérant, et que

M. A demande par la présente requête l'annulation de la décision implicite de refus née du silence gardé par la commune de Champcenest après qu'elle a reçu sa demande indemnitaire. Par suite, la fin de non-recevoir doit en tout état de cause être écartée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du

31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".

4. Il résulte du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a adressé une demande indemnitaire préalable à la commune de Champcenest en date du 2 juillet 2021, et reçue le 6 juillet 2021 par la commune défenderesse. Une requête en référé a été enregistrée pour M. A par le tribunal administratif de Melun le 2 juillet 2021, donnant lieu à des ordonnances du juge des référés du tribunal administratif de Melun en date du 13 juillet 2021 et du 18 octobre 2021. Le silence gardé par la commune de Champcenest sur la demande indemnitaire en date du 2 juillet 2021 a fait naitre une décision implicite de rejet. La requête de M. A ayant été enregistrée le 17 mars 2022, dans le délai de quatre ans défini par l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Champcenest doit être écartée.

Sur la responsabilité de la commune de Champcenest :

6. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Il appartient aux demandeurs ayant la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage d'apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'ils allèguent avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et ces préjudices, qui doivent, en outre, s'agissant de dommages permanents de travaux publics, présenter un caractère grave et spécial.

7. Il résulte de l'instruction qu'en 2013 un lotissement a été construit avenue des peupliers à Champcenest. Dans ce cadre, un poste de refoulement incluant une pompe de relevage, destinée à accueillir les eaux usées traitées après passage dans une filière d'assainissement non collectif, ainsi que les eaux pluviales des habitations, a été installé. Le 9 juin 2021, M. A a constaté un niveau des eaux anormalement élevé pour la saison dans un étang dont il est propriétaire, et a considéré que l'origine en était un dysfonctionnement de la pompe de relevage. Suite à son appel téléphonique, la commune de Champcenest a découvert que la pompe de relevage avait subi un défaut d'alimentation électrique du 8 mai 2021 au 9 juin 2021. Un rapport d'expertise, réalisé suite à une procédure de référé introduite par M. A auprès du tribunal administratif de Melun, a constaté que le poste de refoulement intègre un dispositif de trop-plein de la pompe de relevage, qui dirige le trop-plein d'eau vers une grille avaloir des eaux pluviales située avenue des peupliers ; les eaux ainsi évacuées suivent ensuite un fossé situé en limite de la propriété de M. A, et aboutissent dans un étang dit n° 1, occupant la parcelle cadastrée C 46, de

135 mètres de long et de 2 140 mètres carrés de surface cadastrale. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise précité, que le défaut d'alimentation électrique de la pompe de relevage a causé une inondation du terrain de M. A et en particulier une élévation du niveau de l'eau de son étang. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les eaux transitant par le poste de refoulement, et à plus forte raison les eaux rejetées sur le terrain de M. A, aient été des eaux usées présentant un risque de pollution ou générant des nuisances olfactives. Néanmoins, le rapport d'expertise a constaté que l'élévation du niveau des eaux de l'étang appartenant à M. A a eu un impact négatif sur les plantes de l'étang dit n° 1 situées en zone de marnage. Dans ces conditions, M. A est fondé à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Champcenest pour le dommage accidentel causé par son ouvrage public sur la propriété du requérant.

Sur le montant du préjudice :

8. Il résulte de l'instruction que M. A ne fait état d'aucun dommage à sa propriété dont il demande la remise en état à la commune de Champcenest, et que le préjudice établi se limite à un déversement d'une importante quantité d'eau sur un terrain dont il est propriétaire, et en particulier dans un étang. Cette inondation n'ayant pas eu d'autre conséquence établie qu'un trouble de jouissance ponctuel et des dégâts modérés sur la végétation en bord d'étang, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en allouant à M. A une somme de 500 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

10. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.

11. Il résulte de l'instruction qu'aucun dysfonctionnement du poste de refoulement, installé en 2013, n'a été établi avant le constat réalisé à l'initiative de M. A en 2021, et que depuis cet incident la commune de Champcenest a fait installer sur le dispositif une puce électromécanique qui alerte sur le téléphone portable de la maire de Champcenest et de son premier adjoint en cas de trop-plein du poste de refoulement, afin de permettre une intervention dans les meilleurs délais. Par suite, le présent jugement, qui constate l'existence d'un dommage lié à une situation de dysfonctionnement ponctuel de l'ouvrage public, n'implique pas nécessairement d'enjoindre à la commune de Champcenest de mettre en œuvre une solution d'évacuation des eaux excluant toute possibilité de déversement et de pollution de la propriété de M. A.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.

13. Les frais et honoraires de l'expert désigné par l'ordonnance du 13 juillet 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Melun ont été taxés et liquidés à la somme de 5 087,58 euros par ordonnance du 18 octobre 2021 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 26 avril 2022 Dans les circonstances de l'espèce, les dépens doivent être mis à la charge définitive de la commune de Champcenest.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de

1 500 euros à la charge de la commune de Champcenest au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Champcenest est condamnée à verser la somme de 500 euros à M. A en réparation de son préjudice.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 5 087,58 euros, sont mis à la charge de la commune de Champcenest.

Article 3 : La commune de Champcenest versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Champcenest.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

M. Fanjaud, conseiller

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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