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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202879

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202879

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202879
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBLT DROIT PUBLIC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a examiné la demande de M. B, clinicien hospitalier, qui contestait la résiliation de son contrat par le centre hospitalier Léon Binet pour faute grave. Le requérant invoquait un licenciement abusif, un défaut de motivation de la décision et une méconnaissance de la procédure prévue à l'article R. 6152-715 du code de la santé publique. Le tribunal a rappelé que, même en cas d'illégalité, la responsabilité de l'administration n'est engagée que si une décision identique n'aurait pas pu être prise légalement dans le cadre d'une procédure régulière. En l'espèce, la décision de licenciement était fondée sur des fautes graves (défaut de suivi des protocoles et touchers rectaux injustifiés sur mineurs), et le tribunal a jugé que la procédure n'était pas entachée d'irrégularité substantielle. Par conséquent, la requête de M. B a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 mars et 16 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Grillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier Léon Binet à lui verser la somme globale de 275 051,73 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant de la résiliation de son contrat par lettre du 1er juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Léon Binet la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier Léon Binet est engagée dès lors qu'il a fait l'objet d'un licenciement abusif ; la lettre du 1er juillet 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier a mis fin à son contrat de clinicien hospitalier à compter du 1er septembre 2021 est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne fait état d'aucun grief à son encontre ; le centre hospitalier Léon Binet a méconnu la procédure prévue par l'article R. 6152-715 du code de la santé publique qui imposait à l'hôpital d'une part, de lui communiquer les griefs qui lui étaient reprochés et de l'inviter à présenter ses observations dans un délai de huit jours précédant son licenciement et d'autre part, de recueillir l'avis de la commission médicale d'établissement ; en tout état de cause, il n'a commis aucune faute ;

- les préjudices financier et moral qu'il a subis peuvent être évalués respectivement à la somme de 245 051,73 euros et à la somme de 30 000 euros.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 28 octobre 2022 et 28 septembre 2023, le centre hospitalier Léon Binet, représenté par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- sa responsabilité ne peut être mise en cause au regard de la gravité des faits reprochés à M. B ;

- M. B n'est pas fondé à être indemnisé des préjudices qu'il estime avoir subis dès lors que la décision de licenciement est justifiée sur le fond ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 août 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Demas,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- et les observations de Me Denizot, représentant le centre hospitalier Léon Binet.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté par le centre hospitalier (CH) Léon Binet pour exercer, à compter du 1er juin 2021 et pour une durée de trois ans, les fonctions de clinicien hospitalier au sein de l'unité pédiatrie-pôle femme-mère-enfant. Par une décision du 1er juillet 2021, le directeur des affaires médicales du centre hospitalier l'a informé qu'il était mis fin à son contrat et qu'il serait radié des effectifs à compter du 1er septembre 2021. Estimant qu'il s'agissait d'un licenciement abusif, M. B a sollicité l'indemnisation des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis résultant de cette décision par une demande indemnitaire préalable du 13 janvier 2022, rejetée le 22 février 2022. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal de condamner le CH Léon Binet à lui verser la somme globale de 275 051,73 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant de la résiliation de son contrat.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier Léon Binet :

2. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité d'une personne publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

3. Aux termes de l'article R. 6152-715 du code de la santé publique, applicable aux praticiens recrutés en application du 3° de l'article L. 6152-1 du même code : " En cas de faute grave, le directeur peut, après avoir communiqué les griefs à l'intéressé et l'avoir invité à présenter ses observations dans un délai de huit jours, mettre fin au contrat, sans indemnité, par décision motivée prise après avis de la commission médicale d'établissement. Cette décision est notifiée au praticien intéressé () ".

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment du mémoire en défense du CH Léon Binet que ce dernier a entendu se fonder sur les dispositions de l'article R. 6152-715 du code de la santé publique afin de mettre fin, par une décision du 1er juillet 2021 et à compter du 1er septembre 2021, au contrat de clinicien hospitalier à temps partiel de M. B en considération de fautes qui lui étaient reprochées à savoir, le défaut de suivi des protocoles mis en place concernant la prise en charge d'une patiente et des touchers rectaux injustifiés et inexpliqués pratiqués sur des patients mineurs.

5. M. B soutient que la décision du 1er juillet 2021 constitue un licenciement qui méconnaît les dispositions l'article R. 6152-715 du code de la santé publique faute d'être motivée et d'avoir été prise à l'issue de la procédure prescrite par ces dispositions. En outre, M. B qui soutient qu'il n'a commis aucune faute justifiant son licenciement, doit être regardé comme faisant valoir que cette décision est également entachée d'erreur d'appréciation.

6. En premier lieu, d'une part, en l'absence de mention des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, la décision du 1er juillet 2021 par laquelle le directeur du CH Léon Binet a procédé au licenciement de M. B est entachée d'un défaut de motivation. D'autre part, il est constant que M. B n'a pas eu communication des griefs qui lui étaient reprochés dans le délai de huit jours précédant la décision de licenciement et n'a ainsi pas pu formuler d'observations. Enfin, le CH Léon Binet ne conteste pas que la commission médicale d'établissement n'a pas été préalablement consultée. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le CH Léon Binet a commis une faute en prenant la décision du 1er juillet 2021 en dehors des formes et procédures prévues par les dispositions de l'article R. 6152-715 du code de la santé publique.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du témoignage du responsable qualité et gestion des risques du CH Léon Binet que M. B n'a pas respecté le protocole Fluimucil, dans sa prise en charge, dans la nuit du 14 au 15 juin 2021, d'une patiente de 15 ans hospitalisée pour intoxication volontaire au Paracetamol et n'a pas contacté le centre de pharmacovigilance, prenant ainsi des risques pour la santé de cette patiente. Il ressort également du témoignage du chef de service pédiatrie du CH Léon Binet que le requérant " a montré des comportements inappropriés, de fait, plusieurs plaintes ont été déposées à son égard pour attouchements inexpliqués par toucher rectal répétitif sur plusieurs enfants. Il a montré également une incompétence sur des prises en charge médicales qui auraient pu nous amener à des incidents graves. ". Les témoignages de la sage-femme coordinatrice de la maternité et de la pédiatrie et celui de la cadre de pôle du centre hospitalier attestent également que M. B pratiquait des touchers rectaux sur des jeunes enfants alors que la situation clinique ne le justifiait pas et notamment sur un nourrisson âgé d'une semaine en ayant recours à un coton tige et sur un autre enfant en utilisant une crème utilisée pour soulager les érythèmes fessiers. Enfin, et contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des termes de la décision du 16 septembre 2021 de la chambre disciplinaire de l'ordre des médecins des Hauts-de-France que les faits reprochés auraient été justifiés en l'état des connaissances de la médecine. Dans ces circonstances et eu égard à la gravité des faits reprochés dont la matérialité n'est pas contestée ainsi qu'à leur caractère répétitif, M. B n'est pas fondé à soutenir que son licenciement pour faute grave est entaché d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à rechercher la responsabilité pour faute du CH Léon Binet à raison des illégalités de forme et de procédure entachant la décision du 1er juillet 2021.

En ce qui concerne les préjudices :

9. S'il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le directeur des affaires médicales du CH Léon Binet a entaché sa décision du 1er juillet 2021 de vices de forme et de procédure au regard de l'article R. 6152-715 du code de la santé publique, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le directeur aurait pris la même décision à l'issue d'une procédure régulière, la mesure de licenciement étant justifiée eu égard à la gravité des faits reprochés. Dès lors, le lien de causalité entre les vices de forme et de procédure entachant cette décision de licenciement et les préjudices financier et moral dont M. B demande réparation n'est pas établi. Il s'ensuit que les illégalités entachant la décision du 1er juillet 2021 ne sont pas de nature à ouvrir au requérant un droit à indemnité et que ses conclusions indemnitaires ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CH Léon Binet, qui n'est pas, dans le cadre de l'instance, la partie perdante, la somme dont M. B demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CH Léon Binet et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera au centre hospitalier Léon Binet une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Léon Binet.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

M. Demas, conseiller,

M. Dessain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

Le rapporteur,

C. DEMAS

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2202879

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