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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203816

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203816

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203816
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET LANDOT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2022, la commune de Meaux, représentée par Me Landot, demande au tribunal :

1°) d'ordonner l'expulsion de M. B du logement qu'il occupe sans droit, ni titre au 70 avenue Dunant, groupe scolaire Saint-Exupéry sur la commune de Meaux, des personnes, de leurs biens et de tous occupants de son chef, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'assortir la présente condamnation du concours de la force publique en tant que de besoin ;

3°) de fixer le montant d'indemnité d'occupation mensuelle à la somme de

607, 32 euros ;

4°) de condamner M. B à payer à la commune de Meaux la somme de

7 507, 12 euros au titre de l'indemnité d'occupation du domaine public, allant du mois de mars 2021 jusqu'à ce jour, sauf à parfaire ;

5°) d'assortir la présente condamnation des intérêts légaux de retard à compter de la date d'introduction de la présente requête ;

6°) d'ordonner la capitalisation desdits intérêts dans le respect des conditions posées par l'article 1343-2 du code civil ;

7°) de condamner M. B au versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître du présent litige dès lors que le logement occupé par M. B appartient à son domaine public ;

- M. B occupe le logement sans droit ni titre depuis le 1er aout 2018 ;

- l'intéressé n'a pas payé les redevances prévues par la convention d'occupation précaire depuis mars 2021 et au 8 avril 2022, il était débiteur d'une somme totale de

7 507,12 euros ;

- la commune est fondée à demander la condamnation de M. B à lui verser une indemnité mensuelle de 607,32 euros en réparation du préjudice résultant de l'occupation irrégulière de son domaine public depuis le mois d'avril 2022 jusqu'à la libération effective des lieux.

Une mise en demeure a été adressée le 7 juillet 2022 à M. B.

Une ordonnance du 31 janvier 2023 a fixé la clôture de l'instruction au 2 mars 2023 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lalande,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,

- et les observations de Me Polubocsko, représentant la commune de Meaux.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Meaux demande au tribunal, notamment, d'ordonner l'expulsion de M. A B du logement qu'il occupe dans l'enceinte du groupe scolaire Saint-Exupéry situé à Meaux (Seine-et-Marne).

Sur la demande d'expulsion sous astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous / () ". Aux termes de l'article L. 1 de ce code : " Le présent code s'applique aux biens et aux droits, à caractère mobilier ou immobilier, appartenant à l'Etat, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux établissements publics ". L'autorité propriétaire ou gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier du domaine public.

3. Il résulte de l'instruction qu'en vertu d'un arrêté municipal en date du 28 avril 2016, notifié le 19 septembre 2016, le conseil municipal de Meaux a autorisé M. B à occuper, à titre précaire et révocable, du 1er mai 2016 au 1er mai 2017, un logement de 76 m2 situé

70 avenue Henri Dunant à Meaux, dans l'enceinte du groupe scolaire Saint-Exupéry, destiné au gardien du groupe scolaire. M. B a fait valoir ses droits à la retraite à compter du

1er aout 2017. A sa demande, une convention d'occupation à titre précaire et révocable a été signée le 8 juin 2017 pour la période allant du 1er aout 2016 au 31 juillet 2018. Une seconde convention d'occupation a été transmise à M. B le 25 juin 2018, dont il a accusé réception le 26 juin 2018. La convention n'a jamais trouvé à s'appliquer, M. B n'ayant pas renvoyé la convention à la commune de Meaux. Ainsi, M. B doit être regardé comme ayant occupé irrégulièrement le logement à compter du 1er août 2018. Par conséquent, M. B, dont il n'est pas contesté qu'il n'a pas quitté les lieux à la date du présent jugement, doit être regardé comme étant, depuis le 1er août 2018, occupant sans droit ni titre d'un logement qui appartient au domaine public de la commune de Meaux. Ainsi, la commune de Meaux est fondée à solliciter l'expulsion de M. B.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B et à tous occupants de son chef de libérer dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, le logement qu'il occupe dans l'enceinte du groupe scolaire Saint-Exupéry situé à Meaux. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer à l'encontre de M. B, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution. A l'issue de ce délai de quinze jours, il appartiendra, s'il y a lieu, à la commune de Meaux de demander directement à l'Etat le concours de la force publique, sans qu'il soit besoin pour le juge de l'y autoriser spécialement.

Sur la demande indemnitaire :

5. Une personne publique est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public.

En ce qui concernant la période de mars 2021 à mars 2022 :

S'agissant du principal :

6. La commune de Meaux demande au tribunal de condamner M. B à lui verser, au titre de la période allant de mars 2021 à mars 2022, une somme de 7 507,12 euros, qui compte tenu de ce qui a été dit au point 3, doit être regardée comme correspondant à une indemnité d'occupation. Cette somme se réfère au montant des charges et redevances d'occupation prévues par les conventions d'occupation mentionnées au point 3, montant que M. B aurait dû payer s'il avait occupé régulièrement le logement en litige. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner M. B à verser à la commune de Meaux la somme de 7 507,12 euros à titre d'indemnité sans droit ni titre de la période allant de mars 2021 à mars 2022.

S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :

7. D'une part, la commune de Meaux a droit aux intérêts de la somme de

7 507,12 euros à compter du 19 avril 2022, date d'enregistrement de la requête.

8. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

9. La commune de Meaux a demandé la capitalisation des intérêts le

19 avril 2022, date d'enregistrement de sa requête. Cette demande prend effet à compter du

19 avril 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

En ce qui concerne la période d'avril 2022 à la date du présent jugement :

S'agissant du principal :

10. La commune de Meaux, qui est fondée à demander que M. B soit condamné à lui verser une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier depuis le mois d'avril 2022 jusqu'à la libération effective des lieux, demande qu'une somme mensuelle de 607,32 euros, qui correspond au montant mensuel de la redevance et des charges locatives prévues par les conventions d'occupation, soit mise à la charge de M. B. Dès lors que cette somme n'est pas contestée par le défendeur et qu'il n'est pas établi qu'il aurait libéré les lieux à la date du présent jugement, il y a lieu de condamner M. B à verser à la commune de Meaux, à titre d'indemnité d'occupation sans droit ni titre, la somme de

16 013 euros pour la période du 1er avril 2022 à la date du présent jugement.

S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :

11. D'une part, la commune de Meaux a droit aux intérêts de la somme de 16 013 euros à compter du 19 avril 2022, date d'enregistrement de la requête, pour la période du 1er avril 2022 à la date du présent jugement.

12. D'autre part, la commune de Meaux a demandé la capitalisation des intérêts le

19 avril 2022, date d'enregistrement de sa requête. Cette demande prend effet à compter du

19 avril 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

En ce qui concerne la période postérieure à la date du présent jugement :

S'agissant du principal :

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, il y a lieu de condamner

M. B à verser à la commune de Meaux, à titre d'indemnité d'occupation sans droit ni titre, une indemnité mensuelle de 607,32 euros à compter du lendemain de la date du présent jugement jusqu'à la libération effective des lieux.

S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :

14.D'une part, la commune de Meaux a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité mensuelle de 607, 32 euros à compter de sa date normale d'échéance.

15. D'autre part, à la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter la demande de la commune de Meaux tendant à la capitalisation des intérêts.

Sur les frais liés au litige :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Meaux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B et à tous occupants de son chef de quitter, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, le logement qu'il occupe, situé avenue Henri Dunant à Meaux, dans l'enceinte du groupe scolaire Saint-Exupéry.

Article 2 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de M. B s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai de quinze jours à compter de sa notification.

Article 3 : Sous déduction des sommes éventuellement déjà versées, M. B est condamné à verser à la commune de Meaux, au titre des indemnités d'occupation sans droit ni titre pour la période du mois de mars 2021 à mars 2022, la somme de 7 507,12 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 19 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Sous déduction des sommes éventuellement déjà versées, M. B est condamné à verser à la commune de Meaux, au titre des indemnités d'occupation sans droit ni titre pour la période du 1er avril 2022 à la date du présent jugement, la somme de 16 013 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2022. Les intérêts échus à la date du

19 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 5 : Sous déduction des sommes éventuellement déjà versées, M. B est condamné à verser à la commune de Meaux, au titre des indemnités d'occupation sans droit ni titre pour la période allant du lendemain de la date du présent jugement jusqu'à la date de libération effective des lieux, une somme mensuelle de 607,32 euros avec intérêts au taux légal à compter de sa date normale d'échéance.

Article 6 : M. B versera à la commune de Meaux une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de la commune de Meaux est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Meaux et à M. A B.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président-rapporteur,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,

M. DUMAS

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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