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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203940

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203940

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203940
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2022 et le 26 mai 2023, Mme B C, représentée par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 13 mai 2019, 17 avril 2018, 12 juin 2019, 9 novembre 2019, 28 février 2020, 5 juin 2020, 30 octobre 2020, 28 décembre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter les conclusions reconventionnelles visant à mettre à sa charge une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation d'information préalable résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue s'agissant de infractions commises les 13 mai 2019, 12 juin 2019, 9 novembre 2019, 28 février 2020, 5 juin 2020, 30 octobre 2020, 28 décembre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021 ;

- la décision portant retrait de 3 points consécutivement à l'infraction commise le 17 avril 2018 est insuffisamment motivée ;

- la décision 48 SI est insuffisamment motivée ;

- le 26 juillet 2013, elle a procédé à un échange de permis de conduire français contre un permis de conduire portugais, pays dans lequel elle réside plus de 185 jours par an, ce qui rend la décision 48 SI invalide et ne permettait pas à l'autorité administrative de lui retirer les points afférents aux infractions commises les 13 mai 2019, 17 avril 2018, 12 juin 2019, 9 novembre 2019, 28 février 2020, 5 juin 2020, 30 octobre 2020, 28 décembre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a commis les 13 mai 2019, 17 avril 2018, 12 juin 2019, 9 novembre 2019, 28 février 2020, 5 juin 2020, 30 octobre 2020, 28 décembre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de 15 points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retraits de points antérieures, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressée du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, Mme C demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points prises à la suite des infractions commises les 13 mai 2019, 17 avril 2018, 12 juin 2019, 9 novembre 2019, 28 février 2020, 5 juin 2020, 30 octobre 2020, 28 décembre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de trois points consécutives aux infractions relevées les 9 novembre 2019, 5 juin 2020 et 28 décembre 2020 :

2. Il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de Mme C édité le 10 juin 2022 que les trois points retirés sur son permis de conduire suite aux infractions constatées les 9 novembre 2019, 5 juin 2020 et 28 décembre 2020 lui ont été restitués les 21 juillet 2020, 13 février 2021 et 19 août 2021 avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C dirigées contre ces trois décisions et, par voie de conséquence, les conclusions tendant à la restitution des points retirés, sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

Sur le cadre juridique :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 223-10 du code de la route : " I. - Tout conducteur titulaire d'un permis de conduire délivré par une autorité étrangère circulant sur le territoire national se voit affecter un nombre de points. Ce nombre de points est réduit de plein droit si ce conducteur a commis sur le territoire national une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / II. - La réalité d'une infraction entraînant un retrait de points, conformément au I du présent article, est établie dans les conditions prévues à l'avant-dernier alinéa de l'article L. 223-1. / Le retrait de points est réalisé dans les conditions prévues à l'article L. 223-2 et aux deux premiers alinéas de l'article L. 223-3. Il est porté à la connaissance de l'intéressé dans les conditions prévues au dernier alinéa du même article L. 223-3. / En cas de retrait de la totalité des points affectés au conducteur mentionné au I du présent article, l'intéressé se voit notifier par l'autorité administrative l'interdiction de circuler sur le territoire national pendant une durée d'un an. Au terme de cette durée, l'intéressé se voit affecter un nombre de points dans les conditions prévues au même I. / III. - Le fait de conduire un véhicule sur le territoire national malgré la notification de l'interdiction prévue au dernier alinéa du II du présent article est puni des peines prévues aux III et IV de l'article L. 223-5. / L'immobilisation du véhicule peut être prescrite dans les conditions prévues aux articles L. 325-1 à L. 325-3. / IV. - Le conducteur mentionné au I du présent article peut se voir affecter le nombre maximal de points ou réattribuer des points dans les conditions prévues aux premier à troisième et dernier alinéas de l'article L. 223-6. / Il peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans les conditions prévues à la première phrase de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 223-6. / V. - Les informations relatives au nombre de points dont dispose le conducteur mentionné au I du présent article ne peuvent être collectées que dans les conditions prévues à l'article L. 223-7. / VI. - Un décret en Conseil d'État fixe les modalités d'application du présent article ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de la route : " Tout permis de conduire national régulièrement délivré par un État membre de l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou par un État qui était membre de l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen à la date de sa délivrance, est reconnu en France sous réserve d'être en cours de validité./ [] / Tout titulaire d'un des permis de conduire considérés aux deux alinéas précédents, qui établit sa résidence normale en France, peut le faire enregistrer par le préfet du département de sa résidence selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre chargé des affaires étrangères ". Et aux termes de l'article R. 222-2 du même code : " Toute personne ayant sa résidence normale en France, titulaire d'un permis de conduire national délivré par un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen, en cours de validité dans cet État, peut, sans qu'elle soit tenue de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3, l'échanger contre le permis de conduire français selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. / L'échange d'un tel permis de conduire contre le permis français est obligatoire lorsque son titulaire a commis, sur le territoire français, une infraction au présent code ayant entraîné une mesure de restriction, de suspension, de retrait du droit de conduire ou de retrait de points. Cet échange doit être effectué selon les modalités définies par l'arrêté prévu à l'alinéa précédent, aux fins d'appliquer les mesures précitées. / Le fait de ne pas effectuer l'échange de son permis de conduire dans le cas prévu à l'alinéa précédent est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe ".

5. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que, d'une part, les dispositions précitées du code de la route n'interdisent pas aux autorités administratives de procéder au retrait de points d'une personne titulaire d'un permis de conduire d'un autre État de l'Union européenne et que, d'autre part, en cas de retrait de la totalité des points affectés au conducteur, ce dernier se voit notifier par l'autorité administrative l'interdiction de circuler sur le territoire national pendant une durée d'un an.

En ce qui concerne les décisions portant retrait de points :

En ce qui concerne le défaut de motivation de la décision consécutive à l'infraction commise le 17 avril 2018 :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. D'une part, les lettres référencées " 76 ", qui avisent les contrevenants qui ont fait l'objet d'une condamnation définitive par une autorité judiciaire au titre d'une infraction au code de la route impliquant un retrait de points, sont établies sur un formulaire type qui comporte systématiquement les considérations de droit et de fait constitutives du fondement du retrait de points opérés par l'administration sur leur permis de conduire. En outre, les mentions inscrites dans le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire, document nominatif dont l'accès est librement ouvert au titulaire du titre de conduite, récapitulent la date, le lieu, la qualification de l'infraction, les mentions relatives au caractère définitif de l'infraction par le paiement de l'amende forfaitaire, ainsi que l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou encore le prononcé d'une condamnation définitive et le nombre de points retirés.

8. En l'espèce, le relevé d'information intégral du permis de conduire de Mme C fait état d'une décision référencée " 76 " relative à l'infraction commise le 17 avril 2018 et indique à cet égard que la condamnation pénale de Mme C a été prononcée le 6 mai 2019 et est devenue définitive le 12 juillet 2019. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision référencée " 76 " portant retrait de points concernant l'infraction du 17 avril 2018 ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable des infractions commises les 13 mai 2019, 12 juin 2019, 28 février 2020, 30 octobre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021 :

9. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de l'infraction commise le 12 juin 2019 :

10. En ce qui concerne l'infraction commise le 12 juin 2019, le ministre de l'intérieur produit pour cette infraction une attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement, le 2 décembre 2019, de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'avis de contravention au code de la route. Dans ces conditions, Mme C doit être regardée comme ayant été destinataire de cet avis préalablement à l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que Mme C n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis à cette occasion, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende.

S'agissant des infractions commises les 13 mai 2019, 28 février 2020, 30 octobre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021 :

11. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

12. Il ressort des mentions " AF " portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme C, que l'intéressée s'est acquittée des amendes forfaitaires correspondant aux infractions constatées le 13 mai 2019, 28 février 2020, 30 octobre 2020, 14 juin 2021 et 21 octobre 2021 par radar automatique. Ainsi, la requérante a nécessairement reçu des courriers du ministre chargé de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que Mme C n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant invalidation du permis de conduire :

13. Eu égard à ce qui a été dit aux points 3 à 5, la décision contestée doit être regardée comme une décision interdisant à la requérante de circuler sur le territoire français durant un an.

14. Après avoir constaté que l'information requise par le code de la route a été délivrée au contrevenant et que la réalité de l'infraction est établie, le ministre de l'intérieur se trouve en situation de compétence liée lorsqu'il procède au retrait de points prévu par l'article R. 223-3 du code de la route et constate que ce retrait aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire. Dès lors, Mme C ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'insuffisance de motivation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points et de la décision 48 SI de Mme C doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

17. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

18. En second lieu, le ministre ayant agi sans ministère d'avocat, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme de 750 euros demandée par le ministre de l'intérieur au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'État au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La magistrate désignée,

N. MULLIE La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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