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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204223

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204223

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204223
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantBOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 avril et 27 juillet 2022, et le 13 novembre 2024, la fondation Apprentis d'Auteuil, représentée par Me Boyer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Villeneuve-le-Comte à lui verser, à titre principal, une somme de 154 726 euros ou, subsidiairement, une somme de 103 502 euros, augmentée des intérêts de droit à compter du 28 décembre 2021 et capitalisée dans les conditions prescrites par les dispositions de l'article 1343-2 du code civil ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-le-Comte une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 24 février 2022 n'est pas confirmative de la décision du 10 décembre 2018 ;

- la commune de Villeneuve-le-Comte a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle a sous-évalué le montant de sa contribution aux dépenses de fonctionnement des classes maternelles et primaires de l'école Saint-Pierre pour les années 2016 à 2021 en méconnaissance des dispositions législatives et réglementaires applicables ;

- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice évalué à un montant de 154 726 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juin et 29 août 2022, et les 5 octobre et 18 novembre 2024, la commune de Villeneuve-le-Comte, représentée par la AARPI Tejas Avocat conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la fondation Apprentis d'Auteuil.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que la décision implicite de rejet du 24 février 2022 est seulement confirmative de la décision du 10 décembre 2018 qui comportait les voies et délais de recours et est devenue définitive ;

- la responsabilité de la commune ne peut être engagée dès lors que la fondation Apprentis d'Auteuil a bénéficié d'une contribution financière de la commune même supérieure à celle qui pouvait être exigée au titre des dispositions de l'article L. 442-5 du code de l'éducation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutour, conseillère,

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,

- et les observations de Me Doumichaud, représentant la fondation Apprentis d'Auteuil.

Considérant ce qui suit :

1. La fondation Apprentis d'Auteuil est en charge de la gestion de l'école Saint Pierre, établissement privé sous contrat d'association avec l'État situé sur territoire de la commune de Villeneuve-le-Comte en Seine-et-Marne. Elle conteste le montant des contributions que lui a versées la commune de Villeneuve-le-Comte pour les années scolaires 2016-2017 à 2020-2021. Par une réclamation préalable du 24 décembre 2021, la fondation Apprentis d'Auteuil a demandé à la commune le versement d'un montant de 115 701 euros en réparation du préjudice résultant d'une insuffisante contribution pour les années scolaires 2016-2017 à 2020-2021. Sa demande ayant été rejetée, la fondation Apprentis d'Auteuil demande la condamnation de la commune de Villeneuve-le-Comte, au paiement de la somme de 154 726 euros ou subsidiairement une somme de 103 502 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Villeneuve-le-Comte :

2. La commune fait valoir que la requête est tardive dès lors que la décision implicite de rejet du 24 février 2022 est seulement confirmative d'une précédente décision du 10 décembre 2018 par laquelle elle a rejeté la première demande préalable indemnitaire formée par la fondation Apprentis d'Auteuil en ce qui concerne les années scolaires 2013-2014 à 2017-2018 qui comportait les voies et délais de recours et est devenue définitive. Toutefois, si la décision du 10 décembre 2018 du maire de Villeneuve-le-Comte comporte bien la mention des voies et délais de recours et la date à laquelle elle a été notifiée à la fondation Apprentis d'Auteuil, il ressort des pièces du dossier que les circonstances de fait ont évolué entre les deux décisions dès lors que, par un courrier du 11 août 2021, la commune a transmis les informations sollicitées par la Fondation requérante et, en particulier, les comptes administratifs et les comptes de gestion de la commune pour les cinq années écoulées, comptes qui permettaient à la fondation requérante d'apprécier le bien-fondé de sa demande. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Villeneuve-le-Comte doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 442-5 du code de l'éducation : " Les établissements d'enseignement privés du premier et du second degré peuvent demander à passer avec l'État un contrat d'association à l'enseignement public, s'ils répondent à un besoin scolaire reconnu qui doit être apprécié en fonction des principes énoncés aux articles L. 141-2, L. 151-1 et L. 442-1. () Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l'enseignement public ". Aux termes de l'article R. 442-44 du même code : " En ce qui concerne les classes élémentaires, la commune siège de l'établissement est tenue d'assumer, pour les élèves domiciliés dans la commune et dans les mêmes conditions que pour les classes élémentaires publiques, les dépenses de fonctionnement (matériel) des classes sous contrat, sous réserve des charges afférentes aux personnels enseignants rémunérés directement par l'État ".

4. D'autre part, l'annexe à la circulaire n° 2012-025 du 15 février 2012 relative aux dépenses à prendre en compte pour le calcul de la contribution communale ou intercommunale prévoit, s'agissant des dépenses obligatoires parmi lesquelles les dépenses de fonctionnement d'une classe élémentaire sous contrat d'association, qu' " en l'absence de précisions législatives ou réglementaires, les communes ou les EPCI compétents en matière scolaire peuvent soit verser une subvention forfaitaire, soit prendre en charge directement tout ou partie des dépenses sous forme de fourniture de prestations directes (livraisons de fuel ou matériels pédagogiques, intervention de personnels communaux ou intercommunaux, par exemple), soit payer sur factures, soit combiner les différentes formes précitées ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que les communes, qui ont la charge des écoles élémentaires publiques, sont tenues de prendre en charge les dépenses de fonctionnement des classes des écoles élémentaires de l'enseignement privé sous contrat d'association. Le calcul de la contribution due par les communes à ce titre s'opère par référence au coût moyen d'un élève d'une classe équivalente dans les établissements de l'enseignement public, lequel doit prendre en compte les dépenses effectivement supportées par les communes pour assurer le fonctionnement de leurs écoles. Lorsque la commune refuse de verser à l'établissement d'enseignement privé, pour chaque élève des classes élémentaires domicilié dans la commune, une contribution égale au coût moyen d'un élève externe d'une école publique de la commune, elle commet une faute qui engage sa responsabilité. Dans ce cas, le préjudice dont l'établissement d'enseignement privé est en droit d'obtenir réparation pour les années scolaires concernées est égal à la différence entre les sommes que la commune aurait dû lui verser et celles qu'elle lui a effectivement versées au titre de la même période.

6. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'état du dossier ne permet pas au tribunal administratif de statuer sur le coût d'entretien moyen d'un élève scolarisé dans les écoles maternelles et élémentaires publiques de la commune de Villeneuve-le-Comte pour les années 2016 à 2021 et ainsi de se prononcer sur la responsabilité de la commune de Villeneuve-le-Comte et le cas échéant sur le préjudice subi par la fondation Apprentis d'Auteuil. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de la fondation Apprentis d'Auteuil, d'ordonner une expertise.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de la fondation Apprentis d'Auteuil, procédé à une expertise, l'expert ayant mission de :

- se faire communiquer par la commune de Villeneuve-le-Comte l'ensemble des documents budgétaires et comptables des années 2016 à 2021, ainsi que toutes pièces justificatives relatives aux dépenses de fonctionnement des écoles maternelles et primaires publiques de la commune ;

- déterminer les modalités de calcul par la commune de Villeneuve-le-Comte du coût par élève scolarisé dans une école maternelle et primaire de la commune pour chacune des années 2016 à 2021 ;

- déterminer en s'appuyant sur les documents budgétaires et comptables susmentionnés et en précisant la méthode de calcul employée, les dépenses de fonctionnement exposées annuellement par la commune de Villeneuve-le-Comte pour chaque élève scolarisé dans une école maternelle et primaire publique de la commune au cours de chacune des années 2016 à 2021, à l'exclusion des dépenses d'investissement immobilier ;

- déterminer le nombre d'élèves en maternelle et en primaire scolarisés à l'école Saint-Pierre pour les années 2016 à 2021 ainsi que leur commune de résidence ;

- déterminer la valeur de la mise à disposition de la salle des fêtes et du dojo de la commune de janvier 2016 à décembre 2021 ;

- de concilier les parties, si faire se peut, à l'issue des opérations d'expertise.

Article 2 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal ou par le magistrat désigné en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 3 : L'expert établira un pré-rapport adressé aux parties afin de permettre à celles-ci de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de sa désignation. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées conformément aux dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la fondation Apprentis d'Auteuil, à la commune de Villeneuve-le-Comte et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Dutour, conseillère,

M. Tom Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

L. DUTOURLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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