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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204939

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204939

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204939
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2022 sous le n° 2204939, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision référencée 48 SI en date du 13 avril 2022 par laquelle le ministre de l'Intérieur a constaté la fin de validité de son permis de conduire pour défaut de points ;

- les décisions de retraits de points figurant sur cette décision 48 SI ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de rejeter la demande de l'Etat présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que les décisions litigieuses violent les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dès lors qu'il conteste avoir reçu pour chacune des infractions querellées les informations prévues par ces dispositions lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document 48 SI querellé .

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que l'unique moyen soulevé est infondé ; de plus, la réalité des infractions querellées est établie dans les conditions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 26 août 2022, M. B conclut aux mêmes fins que la requête.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Van Daele, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni le requérant, ni le défendeur, ne sont présents ou représentés.

Mme Van Daele, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

DatesInfractionsCNT/TPPointsRIIRestitutionRemarques06-06-2018Inter-distancePVE-3AF12-08-2018V ( 30 km/hCNT-CSA-2AF25-08-2018V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFOUI le 16-04-2019Irrecevable06-10-2019V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFOUI le 20-04-2020Irrecevable20-02-2020Stat. dangereuxPVE-3AMSans interpellation22-02-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMOUI le 02-03-2022Irrecevable19-11-2021V ) 50 km/hTGI Melun-67223-02-2022V ( 50 km/hPVE-4AFTOTAL-21+3

1. Il résulte de l'instruction que M. A B, né le 14 juin 1996, s'est successivement vu retirer 3, 2, 1, 1, 3, 1, 6 et 4 points (soit 21 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 6 juin 2018, 12 août 2018, 25 août 2018, 6 octobre 2019, 20 février 2020, 22 février 2021, 19 novembre 2021 et 23 février 2022. Constatant que, suite à ces retraits, le solde de points de M. B était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 13 avril 2022, constaté qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision 48 SI ainsi que des 8 décisions de retrait de points y figurant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte du relevé d'information intégral (R2I) relatif à la situation du requérant au 13 juin 2022 et produit par le ministre de l'Intérieur en défense que les3 points retirés suite aux infractions commises les 25 août 2018, 6 octobre 2019 et 22 février 2021 ont été restitués respectivement les 16 avril 2019, 20 avril 2020 et 2 mars 2022, soit antérieurement à la date d'enregistrement de la requête. Ces 3 décisions doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces 3 décisions de retrait de points doivent être rejetées comme irrecevables.

3. Restent donc en litige les décisions de retraits de 18 points consécutives aux 5 infractions constatées les 6 juin 2018, 12 août 2018, 20 février 2020, 19 novembre 2021 et 23 février 2022.

4. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M. B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même c3ode : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

6. En application de ces dispositions, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

S'agissant de l'infraction du 19 novembre 2021 :

7. Il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 19 novembre 2021 représentant une perte de 6 points a donné lieu à une condamnation pénale par jugement du tribunal de grande instance de Melun en date du 3 février 2022, dont le requérant ne justifie pas avoir fait appel et qui est donc devenue définitive le 4 mars 2022. La réalité de cette infraction doit donc être regardée comme établie ; dans ce cas, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité d'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit être écarté comme inopérant s'agissant de l'infraction du 19 novembre 2021.

S'agissant des 3 infractions des 6 juin 2018, 12 août 2018 et 23 février 2022 :

8. Il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation de M. B et produit par le ministre en défense que les 3 infractions des 6 juin 2018, 12 août 2018 et 23 février 2022 totalisant 9 points ont été acquittées par le requérant au stade de l'amende forfaitaire, ainsi qu'il ressort de la mention " AF " figurant au R2I de M. B. Ainsi, celui-ci a nécessairement reçu les courriers du ministre de l'Intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements, courriers qui comportent l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que le requérant n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant des 3 infractions des 6 juin 2018, 12 août 2018 et 23 février 2022.

S'agissant de l'infraction du 20 février 2020 :

9. Il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 20 février 2020 ayant entrainé la perte de 3 points a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", mais sans interpellation du conducteur ainsi qu'il ressort de la copie du procès-verbal d'infraction produit par le ministre en défense. Il ressort également du R2I de M. B que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis de contravention puis un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. B. Toutefois, le ministre ne rapporte pas en défense la preuve de la réception par le requérant de ces courriers ; il s'ensuit que l'administration ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant de l'infraction du 20 février 2020 ; par suite, la décision de retrait de 3 points consécutive à cette infraction est illégale et doit être annulée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le capital de points de M. B s'établit, après la restitution des 3 points mentionnée au point 2 et l'annulation du retrait de 3 points prononcée au point précédent, à 0 (12 - 21 + 3 + 3 = -3 points, soit un solde nul). Par suite, la décision ministérielle 48 SI du 11 avril 2022 constant le solde de points nul et invalidant le permis de conduire de la requérante reste légale et n'encourt pas l'annulation.

Sur les conclusions accessoires :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " L'annulation prononcée au point 9 implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. B les 3 points illégalement retirés suite à l'infraction du 20 février 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais d'instance non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 20 février 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. B les 3 points illégalement retirés suite à l'infraction du 20 février 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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