Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 18 mai 2022, 12 mars 2025 et 7 novembre 2025, M. C... A..., représenté par Me Lara, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de requalifier sa convention de stage en contrat à durée indéterminée ;
2°) d’enjoindre à l’université Gustave Eiffel de lui délivrer une attestation France Travail, une attestation ASSEDIC, un certificat de travail et des bulletins de paie de mars à juin 2014, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l’université Gustave Eiffel à lui verser la somme totale de 32 496,34 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu’il estime avoir subis, assortie des intérêts à taux légal à compter du 12 octobre 2015 et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l’université Gustave Eiffel une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Il soutient que :
- la convention de stage a été signée par une autorité incompétente ;
- le cumul, par une unique personne, des fonctions de responsable pédagogique au sein de l’établissement d’enseignement et tuteur de stage au sein de l’organisme d’accueil, méconnaît le principe du double encadrement prévu par les dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’éducation et par la charte des stages du 26 avril 2006 ;
- la convention de stage ne lui a pas été communiquée en début en stage, en méconnaissance des dispositions de l’article D. 612-50 du code de l’éducation et de la circulaire du 23 juillet 2009 ;
- ses missions ont été modifiées en cours de stage, sans qu’un avenant à la convention ne soit conclu, en méconnaissance des dispositions de l’article D. 612-50 du code de l’éducation ;
- la nature de ses missions, qui ont contribué à l’obtention d’un brevet européen, le lien de subordination qui existait avec son tuteur, l’amplitude horaire et l’absence de suivi pédagogique ont transformé son stage en emploi permanent, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’éducation ;
- les illégalités fautives entachant la convention de stage comme les fautes commises par l’UPMV dans déroulement de celui-ci, engagent la responsabilité de l’université Gustave Eiffel ;
- il a subi, de ce fait, des préjudices financiers et moraux qu’il convient d’indemniser à hauteur de 32 496,34 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 31 octobre et 19 novembre 2025, l’université Gustave Eiffel, représentée par Me Magnaval, conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce que soit mise à la charge de M. A... une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, d’une part, la requête est irrecevable à défaut de contenir des conclusions et moyens intelligibles et d’autre part, les conclusions tendant à la requalification de la convention de stage sont irrecevables, le juge administratif n’ayant pas compétence pour requalifier le contrat ;
- à titre subsidiaire, aucune faute n’est susceptible d’engager la responsabilité de l’université ; toutefois à supposer une faute établie, il n’existe pas de lien de causalité entre celle-ci et les préjudices allégués ; enfin, l’existence des préjudices n’est pas démontrée.
La clôture de l’instruction est intervenue, en dernier lieu, trois jours francs avant l’audience publique du 2 décembre 2025.
Trois mémoires enregistrés les 29 novembre, 1er décembre et 2 décembre 2025 pour M. A... n’ont pas été communiqués.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Seignat ;
- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Sagne, substituant Me Magnaval, représentant l’université Gustave Eiffel.
M. A... n’était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
M. C... A..., étudiant en Master 2 « ETG - Systèmes de communication hautes fréquences » au cours de l’année universitaire 2013/2014, au sein de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPMV), devenue l’université Gustave Eiffel, a conclu une convention de stage avec le laboratoire ESYCOM, unité de recherche sous la tutelle de l’UPMV, pour la période du 3 mars au 30 juin 2014, portant sur la « conception, réalisation et mesure de Tags RFID large bande fonctionnant sur des objets métallisés ou diélectriques ». Par courrier du 25 avril 2022, notifié le 27 avril suivant, M. A... a formé une réclamation indemnitaire préalable auprès du président de l’université Gustave Eiffel. Du silence gardé par l’administration est née une décision implicite de rejet le 27 juin 2022. M. A... sollicite l’indemnisation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de l’illégalité de sa convention de stage et des conditions fautives de déroulement de celui-ci.
Sur les conclusions à fin de requalification de la convention de stage :
Si M. A... demande au tribunal de requalifier sa convention de stage en contrat à durée indéterminée, à défaut d’être saisi de conclusions à fin d’annulation d’une décision de l’administration refusant de requalifier la convention, il n’appartient pas au juge administratif de se substituer à l’administration en requalifiant la convention de stage. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.
Les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint à l’université Gustave Eiffel de lui délivrer une attestation France Travail, une attestation ASSEDIC, un certificat de travail et des bulletins de paie de mars à juin 2014, sous astreinte, conclusions accessoires à la requalification de la convention de stage en contrat de travail à durée indéterminée, ne peuvent qu’être rejetées par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l’université du fait des fautes commises dans l’exécution de la convention de stage :
En premier lieu, M. A... soutient que l’exemplaire signé de sa convention ne lui a pas été transmis en début de stage, en méconnaissance des dispositions de l’article D. 612-50 du code de l’éducation et de la circulaire du ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, relative aux modalités d’accueil des étudiants de l’enseignement supérieur en stage dans les administrations et établissements publics de l’Etat ne présentant pas un caractère industriel et commercial, en date du 23 juillet 2009. Toutefois, ni les dispositions de l’article L. 612-50 précité, ni celles de la circulaire du 23 juillet 2009 ne prévoient de délai maximal de transmission de la convention de stage signée. Par conséquent, et alors qu’il est établi que M. A... a été destinataire de son exemplaire signé de la convention de stage, il n’est pas démontré que l’université a commis une faute en la lui transmettant après le commencement du stage.
En deuxième lieu, aux termes de l’article D. 612-50 du code de l’éducation, alors en vigueur : « Les conventions types précisent les clauses que comportent impérativement les conventions de stage au nombre desquelles : / 1° La définition des activités confiées au stagiaire en fonction des objectifs de formation (…) ».
M. A... soutient que ses missions ont été modifiées en cours de stage, sans qu’un avenant à la convention n’ait été conclu, en méconnaissance des dispositions de l’article D. 612-50 du code de l’éducation. Il résulte de l’instruction que la convention de stage prévoyait, comme sujet de stage la « conception, réalisation et mesure de Tags RFID large bande fonctionnant sur des objets métallisés et diélectriques » et qu’un deuxième projet lui a été confié en cours de stage, relatif à des mesures de Tags RFID au sein d’une poutre en béton. Toutefois, cette deuxième activité n’est pas sans lien avec le projet pédagogique du stage relatif aux technologies RFID. Par suite, en diversifiant les tâches confiées à M. A..., l’organisme d’accueil n’a pas méconnu les stipulations de la convention de stage. Le requérant n’est donc pas fondé à soutenir que l’UPMV a commis une faute en modifiant ses missions en cours de stage.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’éducation alors en vigueur : « (…) Les stages ne peuvent pas avoir pour objet l'exécution d'une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent de l'entreprise, de l'administration publique, de l'association ou de tout autre organisme d'accueil. (…) ». Aux termes de l’article D. 612-53 du même code, alors en vigueur : « Aucune convention de stage ne peut être conclue (…) pour exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent (…) ».
M. A... soutient que la nature de ses missions, qui ont contribué à l’obtention d’un brevet européen, le lien de subordination qui existait avec son tuteur, l’amplitude horaire et l’absence de suivi pédagogique révèlent que son stage s’apparentait en réalité à en emploi permanent. S’agissant de la nature de ses missions, à supposer que ses travaux de recherche aient contribué au dépôt d’un brevet, cette circonstance n’est pas de nature à démontrer que les tâches confiées à M. A... revêtaient un caractère de régularité correspondant à un poste de travail permanent. S’agissant du lien de subordination envers M. D..., son tuteur de stage au sein du laboratoire ESYCOM, il résulte de l’instruction que la convention prévoyait comme dispositions pratiques d’encadrement du stage un suivi hebdomadaire. En outre, dès lors que M. A... était placé sous la responsabilité de M. D... au sein de l’organisme d’accueil, un tel suivi, par le biais de comptes rendus, n’apparait pas inconciliable avec le déroulement normal d’un stage. S’agissant de l’amplitude horaire, il ne résulte pas de l’instruction que M. A... aurait dépassé le volume de trente-cinq heures hebdomadaires prévu par sa convention, alors que seuls trois courriels produits ont été transmis en dehors des horaires de travail collectifs et que certains courriels témoignent à l’inverse de ce que l’intéressé s’est parfois absenté sur ses horaires de travail. Enfin, si M. A... soutient ne pas avoir bénéficié d’un suivi pédagogique, il résulte de l’instruction et notamment des courriels produits, que de nombreuses réunions et appels téléphoniques étaient réalisés afin d’échanger sur les tâches qui lui étaient confiées, qu’il bénéficiait de retours sur son travail ainsi que de recommandations et que M. D... était impliqué dans la rédaction de son rapport de stage. Dans ces circonstances, M. A... ne démontre pas que les conditions d’exécution de son stage ont excédé le cadre posé par sa convention ni que l’UPMV l’aurait recruté par le biais d’une convention de stage pour exercer des tâches s’apparentant à un emploi permanent.
Il résulte de ce qui précède que l’existence de fautes commises par l’UPMV dans l’exécution de la convention de stage n’est pas démontrée. Par suite, la responsabilité de l’université ne peut être engagée sur ce fondement.
En ce qui concerne la responsabilité de l’université du fait de l’illégalité de la convention de stage :
Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant la décision litigieuse.
M. A... soutient que l’illégalité de la convention de stage conclue avec l’UPMV lui a causé des préjudices financiers et moraux.
En premier lieu, M. A... soutient que M. D... a signé la convention de stage, le 14 février 2014, en tant que directeur du laboratoire ESYCOM, alors qu’il a pris ses fonctions postérieurement, le 1er janvier 2015, et que ladite convention est ainsi entachée d’incompétence. Il résulte toutefois de l’instruction, que M. D... n’a pas signé la convention en qualité de « directeur du laboratoire ESYCOM » mais en qualité de représentant de l’UPMV, organisme d’accueil du stage et donc comme « responsable du suivi de stage dans la structure d’accueil ». Il résulte également de l’instruction que la convention a été signée par Mme B..., dont il est constant qu’elle occupait les fonctions de directrice du laboratoire ESYCOM au 14 février 2014. Par conséquent, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la convention doit être écarté comme manquant en fait.
En second lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’éducation, dans sa rédaction applicable : « Les stages en milieu professionnel (…) font l'objet d'une convention entre le stagiaire, l'organisme d'accueil et l'établissement d'enseignement, dont les modalités sont déterminées par décret. ». Aux termes de l’article D. 612-56 du même code, alors en vigueur : « Les stages organisés dans les administrations et les établissements publics de l'Etat ne présentant pas un caractère industriel et commercial font l'objet d'une convention conclue entre le stagiaire, l'établissement préparant un diplôme de l'enseignement supérieur et l'administration ou l'établissement d'accueil. (…) ». Aux termes de l’article D. 612-57 du même code, alors en vigueur : « La convention de stage mentionnée à l'article D. 612-56 précise notamment : / (…) / 5° Les conditions dans lesquelles les responsables de stage, l'un représentant l'établissement d'enseignement, l'autre l'administration ou l'établissement public d'accueil, assurent l'encadrement du stagiaire ; (…) ». Enfin, aux termes du 4° du III de la charte des stages des étudiants en entreprise du 26 avril 2006 : « Tout stage fait l’objet d’un double encadrement par : / - un enseignant de l’établissement ; / - un membre de l’entreprise. / (…) ».
M. A... soutient que M. D... cumulait les fonctions d’enseignant référent au sein de l’UPMV et de tuteur de stage au sein du laboratoire ESYCOM, organisme d’accueil, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’éducation et des dispositions du 4° du III de la charte des stages étudiants en entreprise.
D’une part, il résulte de l’instruction que le stage de M. A... a été réalisé auprès du laboratoire ESYCOM, unité mixte de recherche sous la tutelle conjointe du conservatoire national des arts et métiers, du centre national de recherche scientifique et de l’UPMV, établissements publics de l'Etat ne présentant pas un caractère industriel et commercial. Les dispositions de la charte des stages étudiants en entreprise ne s’appliquant pas aux stages organisés dans les administrations et les établissements publics de l'Etat ne présentant pas un caractère industriel et commercial, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de cette charte. Le moyen doit être écarté comme inopérant en cette première branche.
D’autre part, s’il ne résulte pas des dispositions du code de l’éducation citées au point 13, une interdiction explicite du cumul de fonctions entre les responsables du stage au sein de l’organisme d’accueil et de l’établissement d’enseignement, un tel cumul méconnaît le principe d’une convention tripartite posé par ces mêmes dispositions et est de nature à empêcher l’enseignant référent d’exercer sa mission de contrôle sur les conditions de déroulement du stage au sein de l’organisme d’accueil. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit aux points 4 à 8, aucune faute de l’université dans l’exécution de la convention n’est démontrée. Il s’en suit que ce cumul de fonctions, à le supposer illégal, n’a pas eu pour effet de permettre à l’organisme d’accueil de s’affranchir des stipulations de la convention de stage. Dans ces conditions, M. A... ne démontre pas l’existence d’un lien de causalité direct et certain entre l’illégalité du cumul de fonctions et les préjudices financiers et moraux qu’il estime avoir subis.
Il résulte de ce qui précède que la convention de stage n’est entachée d’aucune incompétence de son signataire et qu’il n’existe aucun lien de causalité direct et certain entre le cumul de fonctions et les préjudices allégués par M. A.... Le requérant ne peut, dès lors, prétendre à la réparation des préjudices qu’il invoque, sur ce fondement de responsabilité.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au versement d’intérêts moratoires et à leur capitalisation.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’université Gustave Eiffel, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à l’université Gustave Eiffel.
Délibéré après l’audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Iffli, conseillère,
Mme Seignat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.
La rapporteure,
D. SEIGNAT
Le président,
S. DEWAILLY
La greffière,
L. LE GRALL
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
La greffière,