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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205030

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205030

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205030
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022 sous le n° 2205030, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 24 janvier 2022 ;

- la décision de retrait de 1 point consécutive à l'infraction commise le 4 janvier 2021 ;

- la décision de retrait de 4 points consécutive à l'infraction commise le 3 février 2021 ;

- la décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction commise le 16 août 2020 ;

- la décision de retrait de 4 points consécutive à l'infraction commise 31 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer les points illégalement retirés, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

M. B soutient que :

- il conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document 48 SI querellé ;

- il conteste la réalité des infractions susmentionnées en violation des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le ministre de l'Intérieur conclut à titre principal au non-lieu à statuer partiel s'agissant des conclusions à fin d'annulation des retraits de points consécutifs aux infractions des 16 août 2020 et 4 janvier 2021 et au rejet du surplus des conclusions de la requête, en faisant valoir que :

- les mentions afférentes à l'infraction du 16 août 2020 ont été supprimées du relevé d'information intégral de M. B ; de plus, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, le point retiré suite à l'infraction relevée le 4 janvier 2021 a été restitué au requérant le 5 janvier 2022 ;

- les moyens soulevés doivent être écartés comme infondés.

Par deux mémoires en réplique des 19 août 2022 et 25 janvier 2023, M. B maintient les conclusions de sa requête par les mêmes moyens.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Van Daele, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni le requérant, ni le défendeur, ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsRIIRestitutionRemarques04-01-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMOUI le 05-01-2022Irrecevable03-02-2021Feu rougeCNT-CSA-4AMPli d'AFM avisé non réclamé16-08-2020Stat. dangereuxPVE-3AMMention supprimée : NLS31-10-2020Feu rougeCNT-CSA-4AMTOTAL-12+1+3

1. Il résulte de l'instruction que M. A B, né le 28 septembre 1987, s'est successivement vu retirer 1, 4, 3 et 4 points (soit 12 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 4 janvier 2021, 3 février 2021, 16 août 2020 et 31 octobre 2020. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces 4 décisions de retraits de points ainsi que de lé décision par laquelle le ministre de l'Intérieur a implicitement rejeté son recours gracieux du 18 janvier 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, l'infraction du 16 août 2020 ayant donné lieu à un retrait de 3 points a été supprimée du dossier du permis de conduire du requérant, ainsi qu'il résulte du relevé d'information intégral (R2I) du requérant établi le 29 juin 2022, soit postérieurement à l'introduction de la requête. Il s'en déduit que cette décision de retrait de 3 points doit donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l'Intérieur postérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

3. D'autre part, il résulte du R2I relatif à la situation du requérant au 29 juin 2022, et produit par le ministre de l'Intérieur, que le point retiré suite à l'infraction constatée le 4 janvier 2021 a été restitué le 5 janvier 2022, soit antérieurement à la date d'enregistrement de la requête. Cette décision doit donc être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées comme irrecevables.

4. Restent donc en litige les décisions de retraits de 8 points consécutives aux 2 infractions constatées les 3 février 2021 et 31 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M. B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " ; qu'aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

7. Il résulte des dispositions précitées que, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

S'agissant de l'infraction du 3 février 2021 :

8. Primo, M. B conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction du procès-verbal relatifs à l'infraction du 3 février 2021. Or, il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 3 février 2021 ayant entrainé la perte de 4 points a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmise au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il ressort également du R2I qu'elle a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. B. La preuve de l'envoi de ce courrier est rapportée par le ministre qui produit en défense l'avis recommandé de ce pli portant la mention " pli avisé non réclamé ". Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points sera écarté comme infondé s'agissant de l'infraction du 3 février 2021.

9. Secundo, M. B conteste la réalité de l'infraction du 3 février 2021. Toutefois, il résulte du R2I afférent à son permis de conduire que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Or, le requérant ne soutient ni n'établit avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre exécutoire. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ladite infraction est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 31 octobre 2020 :

10. Il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 31 octobre 2020 ayant entrainé la perte de 4 points a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmise au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il ressort également du R2I qu'elle a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis de contravention puis un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. B. Toutefois, contrairement au cas précédent, le ministre ne rapporte pas la preuve de la réception par l'intéressé de ces courriers. Il s'ensuit que l'administration ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant de l'infraction du 31 octobre 2020 ; par suite, la décision de retrait de 4 points consécutive à cette infraction est illégale et doit être annulée.

Sur les conclusions accessoires :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " L'annulation prononcées au point précédent implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. B les 4 points illégalement retirés suite à l'infraction du 31 octobre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de 4 points consécutive à l'infraction du 31 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. B les 4 points illégalement retirés suite à l'infraction du 31 octobre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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