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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205122

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205122

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205122
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2022 sous le n° 2205122, M. A B, représenté par Me Sabatakis, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision référencée 48 SI en date du 12 mars 2022 par laquelle le ministre de l'Intérieur a constaté la fin de validité de son permis de conduire pour défaut de points ;

- les décisions de retraits de points figurant sur cette décision 48 SI ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de rejeter la demande de l'Etat présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que les décisions litigieuses violent les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dès lors qu'il conteste avoir reçu pour chacune des infractions querellées les informations prévues par ces dispositions lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document 48 SI querellé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que l'unique moyen soulevé est infondé ; de plus, la réalité des infractions querellées est établie dans les conditions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Van Daele, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni le requérant, ni le défendeur, ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques15-12-2017TéléphonePVE-3AF02-10-2019TéléphonePVE-3AF31-08-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF25-10-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF17-12-2021StopPVE-4AFTOTAL-11. Il résulte de l'instruction que M. A B, né le 9 mai 1986, s'est successivement vu retirer 3, 3, 1, 1, et 4 points (soit 12 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 15 décembre 2017, 2 octobre 2019, 31 août 2021, 25 octobre 2021 et 17 décembre 2021. Constatant que, suite à ces retraits, le solde de points de M. B était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 12 mars 2022, constaté qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision 48 SI ainsi que des 5 décisions de retrait de points y figurant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M. B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même c3ode : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

4. En application de ces dispositions, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

5. Il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation de M. B et produit par le ministre en défense que les 5 infractions en litige ont été relevées soit, pour les 3 infractions constatées les 15 décembre 2017, 2 octobre 2019 et 17 décembre 2021, au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", mais sans interpellation du conducteur, soit, pour les 2 infractions des 31 août et 25 octobre 2021, par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Dans un cas comme dans l'autre, en l'absence d'interpellation du conducteur, un avis de contravention comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route est adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. B. De plus, il ressort du R2I du requérant que les 5 infractions litigieuses ont toutes été acquittées par le requérant au stade de l'amende forfaitaire, ainsi qu'il ressort de la mention " AF " figurant au R2I de M. B. Ainsi, celui-ci a nécessairement reçu les avis de contravention du ministre de l'Intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements, courriers qui comportent l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que le requérant n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant des 5 infractions des 15 décembre 2017, 2 octobre 2019, 31 août 2021, 25 octobre 2021 et 17 décembre 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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