Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2022, l’association Just Clean Services aux Particuliers, représentée par Me Soton, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations d’impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- c’est à tort que le service l’a assujettie aux impôts commerciaux, alors que sa gestion est désintéressée ;
- les sommes correspondant à des remboursements de courses ne peuvent être considérées comme des recettes ;
- sa présidente n’a pas bénéficié de revenus distribués.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
L’association Just Clean Services aux Particuliers, qui exerçait une activité d’aide à domicile, a fait l’objet d’une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, étendue au 31 décembre 2019 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à l’issue de laquelle elle a été rendue destinataire d’une proposition de rectification le 31 mai 2021. Des cotisations d’impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée ont été mis en recouvrement le 15 décembre 2021. Une réclamation d’assiette a été présentée le 20 janvier 2022 et rejetée partiellement par décision en date du 7 avril suivant. Par la requête susvisée, l’association demande la décharge de ces impositions.
Sur la charge de la preuve :
Aux termes de l’article L. 193 du livre des procédures fiscales : « Dans tous les cas où une imposition a été établie d’office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l’imposition ».
Les impositions en litige ayant été établies selon la procédure de taxation d’office, il incombe à l’association requérante, en application des dispositions précitées de l’article L. 193 du livre des procédures fiscales, de démontrer le caractère exagéré de ces impositions.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l’assujettissement aux impôts commerciaux :
D’une part, aux termes de l’article 206 du code général des impôts, alors en vigueur : « 1. Sous réserve des dispositions des articles 8 ter, 239 bis AA, 239 bis AB et 1655 ter, sont passibles de l’impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, (…) toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif. 1 bis. Toutefois, ne sont pas passibles de l’impôt sur les sociétés prévu au 1 les associations régies par la loi du 1er juillet 1901 (…), dont la gestion est désintéressée, lorsque leurs activités non lucratives restent significativement prépondérantes et le montant de leurs recettes d’exploitation encaissées au cours de l’année civile au titre de leurs activités lucratives n’excède pas 61 145 € (…) ».
D’autre part, aux termes du b du 1° du 7 de l’article 261 du même code, sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée « les opérations faites au bénéfice de toutes personnes par des œuvres sans but lucratif qui présentent un caractère social ou philanthropique et dont la gestion est désintéressée, lorsque les prix pratiqués ont été homologués par l’autorité publique ou que des opérations analogues ne sont pas couramment réalisées à des prix comparables par des entreprises commerciales, en raison notamment du concours désintéressé des membres de ces organismes ou des contributions publiques ou privées dont ils bénéficient (…) ».
Il résulte de l’instruction que la requérante a versé, le 12 avril 2018, une somme globale de 30 000 euros au profit de la SCI le Bois aux Violettes, dont la gérante, Mme B..., épouse A..., est également la présidente de l’association. Pour justifier ce versement, la requérante soutient que celui-ci a été effectué afin que la société achète un terrain en vue d’y construire une maison des associations et d’y transférer son siège social. Toutefois, elle se borne à produire une attestation de vente d’un terrain, des documents relatifs à la construction d’un pavillon sur ce terrain, un procès-verbal de l’assemblée générale de l’association, un extrait Kbis et les statuts de la société et une convention de trésorerie entre l’association et la société, sans fournir aucun contrat entre celles-ci justifiant de la raison et de l’utilité du versement précité de 30 000 euros à une société gérée par sa présidente. Par ailleurs, il résulte également de l’instruction que la présidente de l’association a bénéficié de virements au débit des comptes bancaires de l’association, de paiements de dépenses personnelles réglées avec la carte bancaire de l’association et de retraits d’espèces non justifiés, d’une somme globale de 92 070 euros en 2017 et de 155 182 euros en 2018.
Dans ces conditions, la requérante, à qui incombe la charge de la preuve de l’exagération des impositions, n’établit pas qu’au regard des avantages, directs et indirects, ainsi consentis à sa présidente, sa gestion pouvait être regardée comme désintéressée. Il s’ensuit que l’association n’est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait l’assujettir au titre des années en litige à l’impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée.
En ce qui concerne la reconstitution des recettes :
Il résulte de l’instruction que le service a reconstitué les recettes de l’association en prenant en compte les encaissements sur les comptes bancaires de l’association et de sa présidente, avant d’appliquer au titre du réalisme économique un taux de charges forfaitaire de 87 % pour les deux années d’imposition.
L’association soutient que l’administration aurait dû retirer du montant des recettes les remboursements de courses que l’association a payées. Toutefois, en se bornant à produire des tickets de caisse de supermarchés, la requérante, à qui incombe la charge de la preuve, n’établit pas l’existence d’un remboursement des sommes correspondantes en sa faveur.
En ce qui concerne les distributions :
Si l’association requérante conteste les distributions au profit de sa présidente, un tel moyen est inopérant dans le cadre d’un litige relatif à l’impôt sur les sociétés et la taxe sur la valeur ajoutée.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par l’association doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l’association Just Clean Services aux Particuliers est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l’association Just Clean Services aux Particuliers et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l’audience du 19 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025.
Le rapporteur,
Signé : P. MeyrignacLe président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne à la ministre de l’action et des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,