Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205500

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205500
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP LETU ITTAH PIGNOT ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par M. A d’une demande d’indemnisation pour un choc anaphylactique subi le 6 mai 2020 à l’hôpital Henri-Mondor, suite à l’administration d’amoxicilline malgré une allergie connue. L’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a reconnu sa faute, mais contestait l’imputabilité du préjudice. Le tribunal a retenu la responsabilité de l’AP-HP sur le fondement de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique, estimant que les souffrances endurées (évaluées à 2/7) étaient imputables à cette faute. Il a condamné l’AP-HP à verser 1 000 euros à M. A en réparation de son préjudice, ainsi que 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 23 mai 2022, le premier président du tribunal administratif de Paris a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 24 mai 2022, M. A, représenté par Me Ittah, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme totale de 4 000 euros en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge médicale dont il a été l'objet à l'hôpital Henri-Mondor le 6 mai 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris est engagée dès lors que le choc anaphylactique qu'il a subi résulte d'une faute médicale dans l'administration d'un médicament auquel il est allergique ;

- il est fondé à demander réparation de son préjudice personnel à hauteur de 4 000 euros au titre des souffrances endurées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit ramenée à de plus justes proportions.

Elle soutient que :

- elle admet que l'administration médicamenteuse dont fait état le requérant est constitutive d'une faute dès lors que l'allergie était connue de l'équipe médicale ;

- le préjudice dont il est demandé réparation n'est pas imputable au choc anaphylactique mais à l'hospitalisation en réanimation de M. A en raison de l'aggravation de sa pneumopathie liée à l'infection à coronavirus ;

- la somme demandée doit être réduite à de plus juste proportions.

Par un mémoire, enregistré le 1er décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris déclare qu'elle n'a aucune créance à faire valoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique. ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marine Robin, conseillère,

- les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été hospitalisé cinq jours à compter du 31 mars 2020 en raison d'une dyspnée d'effort fébrile associée à une myalgie. Une infection à coronavirus lui a été diagnostiquée. Le 16 avril 2020, M. A a été hospitalisé en unité de réanimation en raison de l'aggravation de son état de santé. Un traitement par amoxicilline lui a été administré le 6 mai 2020 et a provoqué un choc anaphylactique. M. A demande au tribunal de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), dont relève l'hôpital Henri-Mondor, en réparation des conséquences dommageables à l'administration du traitement médical par amoxicilline le 6 mai 2020.

Sur la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

3. Il résulte de l'instruction que le 6 mai 2020, M. A a été victime d'un choc anaphylactique causé par l'administration d'un médicament contenant de l'amoxicilline auquel il est allergique. Il est constant que cette allergie était connue du requérant et de l'équipe soignante. Dans ces conditions, le fait d'avoir administré ce médicament à l'intéressé constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP. Si cette dernière ne le conteste pas, elle fait valoir que le préjudice dont se prévaut M. A n'est pas imputable au traitement médicamenteux qui lui a été administré. Toutefois, l'expert médical mandaté par l'assureur de ce dernier conclut à l'imputabilité des souffrances endurées durant une journée par M. A au choc anaphylactique dont il été victime, causé par l'administration du traitement par amoxicilline. L'AP-HP ne conteste pas sérieusement cette appréciation, n'apportant aucun élément de nature médicale pour la remettre en cause. Par suite, M. A est fondé à rechercher la responsabilité de l'AP-HP en réparation des souffrances qu'il a endurées du fait du choc anaphylactique dont il a été victime le 6 mai 2020.

Sur le préjudice :

4. Il résulte de l'instruction que les souffrances que M. A a endurées pendant une journée en raison du choc anaphylactique dont il a été victime peuvent être évaluées à 2 sur une échelle de 7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation du préjudice qui en a résulté pour l'intéressé en lui allouant une somme de 1 000 euros.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme de 1 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à M. A une somme de 1 000 euros.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

M. Robin

Le président,

T. GallaudLa greffière,

G. Aumond

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,