Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206246
mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206246 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 2ème chambre, JU |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, la société AS Transport Fluvial, et conclut à ce que le tribunal :
1°) condamne la société AS Transport Fluvial au paiement d'une amende de 150 euros en application de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;
2°) enjoigne à la société AS Transport Fluvial de libérer le domaine public fluvial dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, autorise l'établissement public Voies navigables de France à procéder au déplacement d'office du bateau de la société AS Transport Fluvial, au besoin avec le concours de la force publique, aux frais et risques de la société contrevenante ;
4°) condamne la société AS Transport Fluvial au paiement de la somme de 250 euros correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification, à la charge de l'établissement public Voies navigables de France, du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France soutient que :
- le bateau de la société AS Transport Fluvial portant la devise " Noé ", immatriculé LI009907F, occupe sans autorisation le domaine public fluvial ;
- la présence de ce bateau est constitutive de la contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.
Par un mémoire enregistré le 2 octobre 2023, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France déclare se désister des conclusions de sa requête relatives à l'action domaniale.
Par un mémoire enregistré le 22 novembre 2023, la société AS Transport Fluvial, représentée par M. A, conclut au rejet de la requête comme étant infondée.
La société soutient que le bateau en litige ne lui a appartenu qu'entre les années 2018 et 2020 et que désormais elle loue un autre bateau.
Par ordonnance du 30 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
1er juillet 2024 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 4 mai 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des transports ;
- l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lalande, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un procès-verbal de contravention de grande voirie établi le 4 mai 2022, un agent assermenté de l'établissement public Voies navigables de France a constaté que le bateau de la société AS Transport Fluvial portant la devise " Noé " stationnait sur le domaine public fluvial, sans droit ni titre, depuis le 23 décembre 2020 sur le territoire de la commune de Saint-Mammès (Seine-et-Marne), sur la rive gauche de la Seine au point kilométrique 81. Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France demande au tribunal, notamment, de condamner la société AS Transport Fluvial au paiement d'une amende de 150 euros et d'enjoindre à celui-ci de libérer le domaine public fluvial dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur la contravention de grande voirie :
En ce qui concerne l'action publique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
3. D'autre part, il appartient au juge administratif de fixer le montant de l'amende mise à la charge du contrevenant compte tenu des circonstances de l'affaire et dans la limite des montants fixés par les textes, aucune disposition législative ou réglementaire applicable aux contraventions de grande voirie ne lui permettant cependant de décider qu'il n'y a pas lieu de prononcer cette amende.
4. Enfin, la personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.
5. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 4 mai 2022, à l'encontre de la société AS Transport Fluvial pour avoir stationné son bateau portant la devise " Noé " sur le domaine public fluvial, sans droit ni titre, depuis le 23 décembre 2020, sur le territoire de la commune de Saint-Mammès (Seine-et-Marne), sur la rive gauche de la Seine au point kilométrique 81. Ce procès-verbal fait foi jusqu'à preuve du contraire.
6. En défense, la société prévenue fait valoir qu'elle ne serait pas propriétaire du bateau en cause, qu'elle indique n'avoir utilisé qu'entre 2018 et 2020, et qu'à la suite d'un contrat de location-vente conclu le 27 avril 2020 en vue de la jouissance et de l'acquisition ultérieure du bateau " Mégane ", immatriculé P016963F, elle aurait " redonné le bateau Noé ". Toutefois, si la société produit le contrat de location précité, celui-ci ne concerne que le bateau " Mégane ", de sorte qu'elle n'établit pas n'avoir plus eu la propriété ou la garde du bateau " Noé ". Dans ces conditions, la société AS Transport Fluvial doit être regardée comme pénalement responsable des faits d'occupation irrégulière du domaine public qui lui sont reprochés et qui constituent un empêchement du domaine public au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la société AS Transport Fluvial à une amende de 150 euros.
En ce qui concerne l'action domaniale :
7. Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2023, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France déclare se désister des conclusions de sa requête relatives à l'action domaniale dans la mesure où le bateau de la société AS Transport Fluvial a quitté son emplacement. Ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et
D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du
2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du
1er juillet 2022.
10. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que la société AS Transport Fluvial a commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 4 mai 2022, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de la société AS Transport Fluvial la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société AS Transport Fluvial la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de l'établissement public Voies navigables de France de ses conclusions relatives à l'action domaniale ;
Article 2 : La société AS Transport Fluvial est condamnée à payer une amende de 150 euros.
Article 3 : La société AS Transport Fluvial versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera adressé au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France pour notification à la société AS Transport Fluvial dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le vice-président désigné,
D. LALANDE
La greffière,
C. BOURGAULT La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2206246
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