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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206460

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206460

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206460
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. C A B, représenté par Me Hug , demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 7 057,20 euros en réparation du préjudice matériel subi, dont la somme de 5 907,20 euros sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

2°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui verser la somme de 12 000 euros en réparation des préjudices moraux, de jouissance et de troubles dans les conditions d'existence ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application des dispositions du 2ème aliéna de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration voit sa responsabilité engagée en raison de l'illégalité fautive de sa décision implicite ayant suspendu ses conditions matérielles d'accueil et en cessant de lui verser l'allocation de demande d'asile entre le 1er novembre 2017 et le 21 janvier 2019 ;

- les fautes commises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui ont causé des préjudices matériels ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il a exécuté la décision du tribunal administratif de Melun du 16 décembre 2021 et a versé les sommes dues au requérant ;

- les préjudices invoqués par M. B ne sont pas établis.

Par ordonnance du 20 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juillet 2023 à midi.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin,

- et les conclusions de M. Lacote, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant soudanais, né le 9 avril 1995, a présenté une demande d'asile en France le 17 mai 2016 et a obtenu le versement des conditions matérielles d'accueil des mois de juin 2016 à octobre 2017. Le 30 juillet 2018, M. B a formé un recours gracieux, reçu le 8 août suivant, contre la décision implicite suspendant leur bénéfice et a sollicité, en outre, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, auquel il n'a pas reçu de réponse. Par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 décembre 2018, M. B s'est vu octroyer la qualité de réfugié. Par jugement en date du 16 décembre 2021, le tribunal administratif de Melun a annulé les décisions implicites par lesquelles la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Melun a suspendu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 1er novembre 2017 et a refusé de le rétablir dans les conditions matérielles d'accueil, a enjoint à l'OFFI sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de rétablir le requérant dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er novembre 2017 jusqu'au 21 décembre 2018 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Par courrier daté du 11 janvier 2022 reçu par l'OFII le 14 janvier suivant, M. B a demandé l'indemnisation des préjudices matériels, moral et de ses troubles dans les conditions d'existence résultant de l'illégalité de la décision ayant suspendu les conditions matérielles d'accueil à son profit. Par la requête susvisée, M. B demande l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de la décision ayant suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il est constant que par décision du 16 décembre 2021, le tribunal administratif de Melun a annulé les décisions implicites par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Melun a suspendu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 1er novembre 2017 et a refusé de le rétablir dans les conditions matérielles d'accueil et a enjoint à l'OFII de rétablir le requérant dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er novembre 2017 jusqu'au 21 décembre 2018. Or, dans le cadre de la présente instance, M. A B demande le versement de la somme de 5 907,20 euros en exécution de l'injonction prononcée par jugement du 16 décembre 2021. Toutefois, l'OFII justifie avoir procédé au versement dues en application du jugement du 16 décembre 2021. M. B à qui le mémoire en défense a été communiqué, n'a formulé aucune contestation en réplique sur le montant ainsi versé pour la période du 1er novembre 2017 au 21 décembre 2018 qui tient compte des périodes au cours desquels le requérant était hébergé. Par suite, il convient de constater que la requête est devenue sans objet pour les montants dus au titre de l'aide au demandeur d'asile pour la période du 1er novembre 2017 au 21 décembre 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. En premier lieu, en principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité mais découlent directement et exclusivement de la situation irrégulière dans laquelle la victime s'est elle-même placée, indépendamment des faits commis par la puissance publique, et à laquelle l'administration aurait pu légalement mettre fin à tout moment

4. L'illégalité des décisions annulées par le jugement du 16 décembre 2021 tel que visé au point 2 est de nature à engager la responsabilité de l'administration pour les préjudices résultant directement de cette faute. En outre, si le requérant se prévaut de la carence de l'OFII à lui faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil, les préjudices invoqués sont en seul lien avec l'illégalité des décisions annulées par le jugement du tribunal administratif de Melun en date du 16 décembre 2021.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction antérieure au 1er mai 2021 : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. Pour les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L. 711-1 ou le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 712-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. / () Un décret définit le barème de l'allocation pour demandeur d'asile, en prenant en compte les ressources de l'intéressé, son mode d'hébergement et, le cas échéant, les prestations offertes par son lieu d'hébergement. Le barème de l'allocation pour demandeur d'asile prend en compte le nombre d'adultes et d'enfants composant la famille du demandeur d'asile et accompagnant celui-ci. ()". Aux termes de l'article L. 744-5 du code précité, dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2019 : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 744-3 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. Cette mission prend fin à l'expiration du délai de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou à la date de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat, si sa demande relève de la compétence de cet Etat () ". Il résulte en outre de l'annexe 7-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure au 1er mai 2021, que le montant journalier de l'ADA est de 6,80 euros pour une personne, auquel un montant journalier additionnel de 7,40 euros est versé à chaque demandeur d'asile ayant accepté l'offre de prise en charge qui a manifesté un besoin d'hébergement et qui n'a pas accès gratuitement à un logement à quelque titre que ce soit.

6. M. B sollicite le versement de l'allocation pour demandeur d'asile du 22 décembre 2018 au 21 janvier 2019 à hauteur de 440,20 euros, en faisant valoir qu'il devait bénéficier du montant journalier additionnel de l'allocation pour demandeur d'asile. Or, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant n'aurait pas été notifié le jour même de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, comme il est d'usage au sein de cette juridiction. Dès lors, la mission d'hébergement confiée aux lieux d'hébergement prévus à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pris fin dès le 21 décembre 2018, en application des dispositions de l'article L. 744-5 précité. Par suite, le requérant est uniquement fondé à demander le versement de l'allocation des demandeurs d'asile au seul montant journalier de 6,80 euros pendant 31 jours et l'OFII sera condamné à lui verser la somme de 210,80 euros à ce titre.

7. En troisième lieu, si en principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain, la responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité mais découlent directement et exclusivement de la situation irrégulière dans laquelle la victime s'est elle-même placée, indépendamment des faits commis par la puissance publique, et à laquelle l'administration aurait pu légalement mettre fin à tout moment.

8. En l'espèce, le requérant invoque un préjudice matériel de 710 euros au titre des contraventions dont il a fait l'objet pour défaut de titre de transport. Toutefois, il ne saurait se prévaloir de la situation irrégulière dans laquelle il s'est lui-même placé en prenant les transports en commun sans titre de transport. Par suite, ce chef de préjudice ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, M. B se prévaut du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant des décisions annulées le 16 décembre 2021. Il produit comme justificatif de sa situation médicale un certificat en date du 8 août 2020 mentionnant qu'il est suivi mensuellement depuis le 21 février 2018 pour une consultation de psycho-traumatologie en raison d'angoisses et d'idées noires que l'intéressé met en lien avec la précarité de sa situation et la précarité de sa situation dans son pays d'origine. Il résulte, toutefois, des pièces du dossier qu'il est suivi médicalement mensuellement et qu'il a pu bénéficier d'un accompagnement social notamment de l'association Empreinte dans le courant de l'année 2018 et qu'il a bénéficié d'un hébergement au CHUM de Pontault Combault du 14 décembre 2017 au 15 novembre 2018. Au regard de ces éléments et de la durée de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un peu plus de 11 mois, il sera fait une juste appréciation du préjudice invoqué à hauteur de 1 000 euros.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'OFII à lui verser la somme de 1 210,80 euros, correspondant à la somme de 210,80 euros au titre de son préjudice matériel et à la somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.

Sur les frais du litige :

11. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Hug, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Hug de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y plus lieu de statuer sur les conditions tendant au versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 1er novembre 2017 au 21 décembre 2018 ;

Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration est condamné à verser à M. B la somme de 1210,80 euros au titre des préjudices subis.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Hug une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Hug et au directeur général d l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023 , à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcet , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023 .

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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