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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206494

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206494

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206494
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantFRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022 sous le n° 2206494, Mme A B, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision du ministre de l'Intérieur référencée " 48 SI " du 2 mai 2022, ayant prononcé l'annulation de son permis de conduire ;

- les 13 décisions ministérielles de retraits de points relatives aux infractions citées dans la décision référencée " 48 SI " ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions litigieuses violent l'obligation d'information incombant à l'administration en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les différents moyens soulevés sont infondés.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 12 septembre 2022, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Blanc, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.

Ni la requérante, ni le défendeur ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques13-08-2015V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF08-09-2015V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFOui le 14-04-201627-06-2015V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMAttestation paiement AFM : 15-10-201501-02-2017Feu rougeCNT-CSA-4AF22-07-2018V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFOui le 22-02-201909-07-2019V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMOui le 23-03-202022-04-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF31-08-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF27-10-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF30-11-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF12-02-2022V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF25-02-2022V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFTOTAL-15+3

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, née le 16 juillet 1963, s'est vu successivement retirer 1, 1, 1, 4, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 1 et 1 points (soit 15 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 13 août 2015, 8 septembre 2015, 27 juin 2015, 1er février 2017, 22 juillet 2018, 9 juillet 2019, 22 avril 2021, 31 août 2021, 27 octobre 2021, 30 novembre 2021, 12 février 2022 et 25 février 2022. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 2 mai 2022, constaté qu'elle avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation des 12 décisions de retraits de points et de la décision " 48 SI " du 2 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions des 8 septembre 2015, 22 juillet 2018 et 9 juillet 2019 :

2. Il résulte du relevé d'information intégral (R2I) relatif à la situation de la requérante au 31 août 2022 et produit par le ministre de l'Intérieur, que les 3 points retirés suite aux infractions commises les 8 septembre 2015, 22 juillet 2018 et 9 juillet 2019 ont été restitués respectivement les 14 avril 2016, 22 février 2019 et 23 mars 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Il s'ensuit qu'à la date de celle-ci, soit le 1er juillet 2022, ces décisions doivent être regardées comme ayant été retirées par le ministre. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les autres décisions :

3. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de Mme B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressée et de faire courir le délai dont dispose celle-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " ; qu'aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

5. Il résulte des dispositions précitées que, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

6. Primo, Mme B conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document 48 SI querellé. Toutefois, d'une part, s'agissant des 8 infractions des 13 août 2015, 1er février 2017, 22 avril 2021, 31 août 2021, 27 octobre 2021, 30 novembre 2021, 12 février 2022 et 25 février 2022 constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA), elles ont fait l'objet d'un paiement spontané au stade de l'amende forfaitaire ainsi qu'en atteste la mention " AF " figurant sur le relevé d'information intégral (R2I) de l'intéressée produit par le ministre en défense. Il en résulte que Mme B a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'Intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement, courrier qui comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que la requérante n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont nécessairement été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information.

7. D'autre part, s'agissant de l'infraction du 27 juin 2015, il ressort du R2I de la requérante produit par le ministre en défense, qu'elle a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il ressort également du R2I, et notamment de la mention " AM ", que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM). Par suite, un avis de contravention puis un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce Mme B. Cette réception est attestée par le paiement de l'AFM en date du 15 octobre 2015 ainsi que l'établit le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé (TCA) de Rennes. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les faits de l'espèce, comme apportant la preuve que les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont bien été portées à la connaissance de la requérante.

8. Secundo, Mme B conteste la réalité des infractions mentionnées dans la décision 48 SI querellée. Toutefois, s'agissant des 9 infractions encore en litige, il résulte de ce qui a été développé aux points précédents qu'elles ont fait l'objet soit d'un paiement spontané au stade de l'amende forfaitaire pour 8 d'entre elles, soit d'un paiement au stade de l'amende forfaitaire majorée pour celle du 27 juin 2015. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité desdites infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête de Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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