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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207065

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207065

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207065
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantFRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022 sous le n° 2207065, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;

- les décisions ministérielles de retrait de points figurant dans cette décision " 48 SI " ;

- la décision par laquelle le ministre de l'Intérieur a rejeté son recours gracieux du 12 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire affecté d'un solde de points non nul ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il n'a jamais reçu notification des retraits de points litigieux ;

- il conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions qui lui sont reprochées, notamment celles des 13 octobre 2010, 3 juin 2009, 10 mars 2006 constatées par procès-verbal électronique et celles 13 octobre 2010, 3 juin 2009 et 10 mars 2006 ayant donné lieu à interception du véhicule ;

- il conteste la réalité des infractions mentionnées dans la décision " 48 SI " querellée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le ministre de l'Intérieur conclut :

- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ;

- à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Le ministre de l'Intérieur fait valoir que :

- la décision " 48 SI " a été notifiée au requérant le 19 mars 2021 ; par suite, sa requête enregistrée le 19 juillet 2022 est tardive ;

- les différents moyens soulevés sont infondés.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 13 janvier 2023, M. B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, de plus, que les indications portées sur l'avis de passage du 19 mars 2021 sont insuffisantes pour établir la notification de la décision " 48 SI " querellée ; par suite, sa requête n'est pas tardive.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des postes et communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Deleplancque, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.

Ni le requérant, ni le ministre de l'Intérieur ne sont présents ou représentés.

1. Il résulte de l'instruction que M. A B, né le 26 août 1985, s'est vu successivement retirer 1, 2, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 1, et 1 points (soit 15 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 22 juillet 2017, 14 août 2017, 5 août 2017, 8 août 2017 à 2 heures 56, 8 août 2017 à 4 heures 08, 28 mars 2018, 8 mai 2019, 12 mai 2019, 12 octobre 2019, 10 février 2020, 14 février 2020, 29 décembre 2019, 18 février 2020 et 29 février 2020. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 5 mars 2021, constaté que son permis était devenu invalide et qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par ailleurs, M. B a constaté, à la lecture de son relevé d'information intégral (R2I) relatif à son permis de conduire, qu'il s'étai vu également retirer 3, 2, 3, 1, 1, 2 et 1 point (soit 13 points en tout) à la suite d'infractions constatées les 10 mars 2006, 3 juin 2009, 10 octobre 2010, 24 avril 2011, 19 avril 2011, 9 mai 2013 et 26 août 2016.

2. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 5 mars 2021, des 21 décisions de retrait de points mentionnées au point précédent et totalisant une perte de 28 points et de la décision par laquelle le ministre de l'Intérieur a rejeté son recours gracieux du 12 mai 2022.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du R2I afférent au permis de conduire de M. B, édité le 22 décembre 2022 et produit par le ministre de l'Intérieur en défense, que ce dernier s'est vu affecter un solde de points égal à 12 le 21 août 2016 par reconstitution totale de son nombre de points initial. Les 6 décisions de retraits de points antérieures à cette date correspondant aux infractions des 10 mars 2006, 3 juin 2009, 10 octobre 2010, 24 avril 2011, 19 avril 2011, 9 mai 2013 (et totalisant une perte de 12 points) doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces 6 décisions doivent être rejetées comme irrecevables. De plus, il résulte du R2I de M. B que le point retiré suite à l'infraction du 26 août 2016 a été restitué à l'intéressé le 30 mai 2017. Cette décision doit donc être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent également être rejetées comme irrecevables.

4. Restent donc en litige les 14 décisions de retraits de points totalisant une perte de 15 points consécutives aux 14 infractions constatées les 22 juillet 2017, 14 août 2017, 5 août 2017, 8 août 2017 à 2 heures 56, 8 août 2017 à 4 heures 08, 28 mars 2018, 8 mai 2019, 12 mai 2019, 12 octobre 2019, 10 février 2020, 14 février 2020, 29 décembre 2019, 18 février 2020 et 29 février 2020 et figurant sur la décision " 48 SI " du 5 mars 2021.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le ministre en défense :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " ; aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Aux termes de l'article L. 410-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Pour l'application du présent titre, on entend par : () / 2° Recours gracieux : le recours administratif adressé à l'administration qui a pris la décision contestée () " ; aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. " En outre, aux termes de l'article L. 231-4 de ce code, une décision implicite de rejet naît du silence gardé pendant plus de deux mois par l'administration. Enfin, aux termes de l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques : " Lorsque la distribution d'un envoi postal recommandé relevant du service universel est impossible, le destinataire est avisé que l'objet est conservé en instance pendant quinze jours calendaires. A l'expiration de ce délai, l'envoi postal est renvoyé à l'expéditeur lorsque celui-ci est identifiable. "

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 5 mars 2021 a été notifiée à M. B par envoi d'un courrier recommandé n° LP 2C 155 361 7252 7 adressé à son domicile 5 Place du Hameau à Thiais (94320) le 18 mars 2021 et que ce courrier a été présenté à cette adresse le lendemain. Or, M. B n'est pas allé récupérer ce pli, laissé en instance à la Poste pendant 15 jours en application des dispositions de l'article R. 1-1-6 précité du code des postes et communications électroniques, puis retourné à l'expéditeur avec la mention " Pli avisé non réclamé ". De plus, la décision " 48 SI " contenait mention des voies et délais de recours. Il s'ensuit que, dans un tel cas, la date de notification est celle de présentation du pli, soit en l'espèce le 19 mars 2021, sans que le requérant puisse utilement faire valoir que les indications portées sur l'avis de passage du 19 mars 2021 sont insuffisantes pour établir la notification de la décision " 48 SI " querellée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B avait, en application des dispositions combinées des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative, deux mois à compter de la notification de la décision litigieuse, soit jusqu'au 19 mai 2021, pour présenter soit une requête contentieuse au tribunal compétent, soit un recours gracieux à l'auteur de la décision. Or, la présente requête n'a été enregistrée que le 19 juillet 2022 et le recours gracieux qui l'a précédée n'a été réceptionné que le 16 mai 2022, ainsi qu'il ressort des pièces produites par le requérant lui-même. Il s'ensuit que l'un comme l'autre ont été formulés bien au-delà de l'expiration du délai du recours contentieux. Par suite, c'est à bon droit que le ministre de l'Intérieur soulève en défense une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 5 mars 2021 notifiée le 19 mars 2021 et des 14 décisions de retraits de points qu'elle mentionne. Il s'ensuit que celles-ci doivent être rejetées comme irrecevables.

8. Il résulte de ce qui précède que toutes les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête de M. B sont irrecevables et doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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