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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209542

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209542

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209542
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022 sous le n° 2209542, M. B A C, représenté par Me Jove Dejaiffe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur en date du 4 juillet 2022 et notifiée le 12 août suivant, constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre la restitution de son titre de conduite avec reconstitution de son capital de points initial, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A C soutient que :

- il n'a jamais reçu notification des retraits de points litigieux ;

- il conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document " 48 SI " querellé ;

- il conteste être l'auteur de l'infraction du 22 novembre 2021 en rapportant la preuve qu'il n'a pas commis cette infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le ministre de l'Intérieur conclut :

- au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 17 septembre 2019 ;

- au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre de l'Intérieur fait valoir que :

- le point retiré suite à l'infraction suite à l'infraction du 17 septembre 2019 a été restitué au requérant le 28 juillet 2020 ;

- les différents moyens soulevés sont infondés ; de plus, la réalité des infractions querellées est établie dans les conditions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 28 décembre 2022, M. A C conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Deleplancque, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.

Ni le requérant, ni le ministre de l'Intérieur ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques05-06-2015V ( 40 Km/hPVE-3AMAvec interpellation17-04-2017V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFOUI le 09-11-2017Irrecevable11-10-2017V ( 20 km/hCNT-CSA-1AFOUI le 14-06-2018Irrecevable30-09-2018V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMOUI le 22-07-2019Irrecevable16-07-2019V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMAFM payée le

16-10-201917-09-2019V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMOUI le 28-07-2020Irrecevable07-12-2019V ( 20 km/hCNT-CSA-1AF27-01-2021V ( 50 km/hCNT-CSA-4AM19-09-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM15-11-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM22-11-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMTOTAL-16+4

1. Il résulte de l'instruction que M. B A C, né le 23 juillet 1985, s'est vu successivement retirer 3, 1, 1, 1, 1, 1, 1, 4, 1, 1 et 1 points (soit 16 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 5 juin 2015, 17 avril 2017, 11 octobre 2017, 30 septembre 2018, 16 juillet 2019, 17 septembre 2019, 7 décembre 2019, 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 novembre 2021 et 22 novembre 2021. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 4 juillet 2022, constaté que son permis était devenu invalide et qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, A C demande l'annulation de cette décision ministérielle " 48 SI " du 4 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les 4 infractions des 17 avril 2017, 11 octobre 2017, 30 septembre 2018 et 17 septembre 2019 :

2. Il résulte du relevé d'information intégral (R2I) relatif à la situation du requérant au 8 novembre 2022, et produit par le ministre de l'Intérieur en défense, que les 4 points retirés suite aux 4 infractions des 17 avril 2017, 11 octobre 2017, 30 septembre 2018 et 17 septembre 2019 ont été restitués respectivement les 9 novembre 2017, 14 juin 2018, 22 juillet 2019 et 28 juillet 2020, soit antérieurement à la date d'enregistrement de la requête. Ces décisions doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les autres infractions restant en litige :

3. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M. A C est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

5. En application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

S'agissant de l'infraction du 7 décembre 2019 :

6. Il ressort du R2I afférent à la situation de M. A C et produit par le ministre en défense que l'infraction du 7 décembre 2019 a été acquittée par le requérant au stade de l'amende forfaitaire, ainsi qu'il ressort de la mention " AF " figurant sur son R2I. Ainsi, celui-ci a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'Intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement, courrier qui comporte l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que le requérant n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant de l'infraction du 7 décembre 2019.

S'agissant de l'infraction du 5 juin 2015 :

7. Il ressort du R2I afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 5 juin 2015 ayant entrainé la perte de 3 points a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", avec interpellation du conducteur ainsi que le démontre le ministre qui produit copie du procès-verbal d'infraction mentionnant l'identité du conducteur, en l'espèce M. A C. Par suite, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que les informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route lui ont bien été délivrées. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information en violation des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté comme infondé s'agissant de l'infraction du 5 juin 2015.

S'agissant de l'infraction du 16 juillet 2019 :

8. Il ressort du R2I afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 16 juillet 2019 ayant entraîné le retrait de 1 point, constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmise au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA), a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. A C. Et le ministre rapporte la preuve de la réception par le requérant de cet avis d'AFM en produisant l'attestation de paiement de l'AFM le 16 octobre 2019, attestation établie par le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé (TCA) de Rennes. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points sera écarté comme infondé s'agissant de l'infraction du 16 juillet 2019.

S'agissant des 4 infractions des 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 et 22 novembre 2021 :

9. Il ressort du R2I afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que les des 4 infractions des 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 et 22 novembre 2021 ayant entraîné une perte totale de 7 points, constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA), ont donné lieu chacune à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation pour chacune de ces 4 infractions, soit en l'espèce M. A C. Toutefois, le ministre ne rapporte pas la preuve de la réception par l'intéressé de ces différents courriers. Il s'ensuit que l'administration ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant des 4 infractions des 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 et 22 novembre 2021 ; par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, les décisions de retraits de points consécutives à ces infractions sont illégales et doivent être annulées.

S'agissant de la décision " 48 SI " :

10. Il résulte de tout ce qui précède que le capital de points de M. A C s'établit, après la restitution des 4 points mentionnée au point 2 et l'annulation des retraits de 7 points prononcées au point précédent, à 7 points (12 - 16 + 4 + 7 = +7 points), soit un solde positif. Par suite, la décision ministérielle " 48 SI " du 4 juillet 2020 constatant le solde de points nul et invalidant le permis de conduire du requérant est illégale et encourt également l'annulation.

Sur les conclusions accessoires :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Les annulations prononcées aux points 9 et 10 impliquent nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. A C les 7 points illégalement retirés suite aux 4 infractions des 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 et 22 novembre 2021, et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A C demande au titre des frais d'instance non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retraits de 7 points consécutives aux 4 infractions des 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 et 22 novembre 2021, et la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur en date du 4 juillet 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. A C les 7 points illégalement retirés suite aux 4 infractions des 27 janvier 2021, 19 septembre 2021, 15 et 22 novembre 2021, et de rétablir le capital de points de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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