**Sujet principal** : La requête d'une société civile immobilière contestant une amende fiscale pour retard déclaratif de TVA et une saisie administrative à tiers détenteur, et demandant des dommages-intérêts.
**Juridiction** : Tribunal Administratif de Melun (3ème chambre).
**Solution retenue** : Le tribunal déclare qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes relatives à l'amende et à la saisie, car l'amende a fait l'objet d'une remise totale et les sommes saisies ont été remboursées. Il rejette les conclusions indemnitaires pour préjudice moral comme irrecevables, faute de demande préalable à l'administration. L'État est condamné à payer les intérêts légaux sur la somme remboursée et à verser 1000 euros au titre des frais exposés par la société.
**Textes appliqués** : Article R. 421-1 du Code de justice administrative (irrecevabilité de la demande indemnitaire sans demande préalable), article 1231-6 du Code civil (intérêts moratoires) et article L. 761-1 du même code (frais du litige).
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 1er, 6 et 17 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) du 5 place Galliéni à Melun, représentée par Me Guilbert, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l’amende fiscale de 450 euros relative à l’absence ou au retard déclaratif en matière de taxe sur la valeur ajoutée mise à sa charge au titre de l’année 2020 ;
2°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 421,35 euros correspondant à la saisie administrative à tiers détenteur pratiquée le 21 avril 2022, avec intérêts de droit à compter du dépôt de sa requête ;
3°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 500 euros à titre de dommages-intérêts en réparation de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- elle n’a pas reçu l’avis de mise en recouvrement relatif à l’amende fiscale contestée ;
- l’amende en cause est infondée, dès lors qu’elle était à jour des déclarations et des paiements de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l’année 2020 ;
- la notification de la saisie administrative à tiers détenteur lui a causé un préjudice financier et un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne conclut, d’une part, au non-lieu à statuer s’agissant des conclusions relatives à l’amende fiscale et à la saisie administrative à tiers détenteur, dès lors que l’amende a fait l’objet d’une remise totale, que la somme appréhendée par cet acte de poursuite a été remboursée et qu’il appartient à la société de fournir certains documents nécessaires au remboursement des frais bancaires et, d’autre part, au rejet des conclusions indemnitaires qui sont irrecevables en l’absence de présentation d’une demande préalable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Le comptable du service des impôts des entreprises de Montereau-Fault-Yonne a, le 19 avril 2022, notifié une saisie administrative à tiers détenteur à la société civile immobilière (SCI) du 5 place Galliéni à Melun afin d’obtenir le recouvrement d’une somme de 450 euros correspondant à une amende fiscale due au titre de l’année 2020. A la suite d’un échange de courriels avec ce comptable, la société en cause a présenté une réclamation préalable le 2 juin 2022, à laquelle la direction départementale des finances publiques de Seine-et-Marne n’a pas répondu. Par la requête susvisée, l’intéressée doit être regardée comme demandant la décharge de l’amende fiscale mise à sa charge, la décharge de l’obligation de payer résultant de la notification de la saisie précitée et l’octroi de dommages-intérêts.
Sur l’étendue du litige :
Il résulte de l’instruction que le comptable du service des impôts des entreprises de Montereau-Fault-Yonne a procédé le 6 décembre 2022, soit postérieurement à l’introduction de la requête, à la remise totale de l’amende fiscale en litige et au remboursement de la somme de 366,45 euros appréhendée à la suite de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 19 avril 2022. Par ailleurs, dans le cadre de son mémoire en défense, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne a précisé la procédure et les documents que la requérante doit fournir afin d’obtenir le remboursement des frais bancaires de 45 et 9,90 euros résultant de la notification de cette saisie. Les conclusions correspondantes de la requête étant devenues sans objet, il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle (…) ».
Si la requérante demande l’octroi d’une somme de 500 euros au titre de dommages-intérêts en réparation de son préjudice moral, de telles conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu’elles n’ont pas fait l’objet d’une demande préalable devant l’administration, ainsi que le soutient cette dernière en défense. Dans ces conditions, il y a lieu d’accueillir la fin de non-recevoir opposée par la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne à ces conclusions, qui doivent ainsi être rejetées.
Sur les intérêts :
En application de l’article 1231-6 du code civil, la requérante a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme précitée de 366,45 euros à compter du 1er octobre 2022, date d’enregistrement de la présente requête, jusqu’au 6 décembre suivant, date de remboursement de la somme en principal.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge de l’amende fiscale mise à la charge de la SCI 5 place Galliéni à Melun au titre de l’année 2020, à la décharge de l’obligation de payer résultant de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur du 19 avril 2022 et au remboursement des frais bancaires résultant de la notification de cette saisie.
Article 2 : L’État versera à la SCI 5 place Galliéni à Melun des intérêts au taux légal sur la somme de 366,45 euros pour la période du 1er octobre au 6 décembre 2022.
Article 3 : L’État versera la somme de 1 000 euros à la SCI 5 place Galliéni à Melun, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière 5 place Galliéni à Melun et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l’audience du 28 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.
Le rapporteur,
P. MeyrignacLe président,
N. Le Broussois
La greffière,
S. Chafki
La République mande et ordonne à la ministre de l’action et des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,