jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209635 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SADOUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 1er septembre 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable deux ans portant mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et les dispositions de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache cette décision ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
La requête a été transmise à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les observations de Me Sadoun, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né en 1990, est entré en France en 2018 en qualité d'époux d'une ressortissante française et a obtenu des titres de séjour en cette qualité dont le dernier expirait le 18 janvier 2022 et dont il a sollicité le renouvellement. Par arrêté du 1er septembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par la requête précitée, l'intéressé sollicite l'annulation de ces deux décisions. Par ordonnance n° 2209868 du 28 novembre 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de ces décisions.
Sur la légalité des décisions contestées :
2. Selon l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L.433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 et n'a pas manifesté de rejet des valeurs essentielles de la société française et de la République ; 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire ".
3. Il résulte des termes de l'arrêté contesté que la préfète du Val-de-Marne a indiqué que, d'une part, l'intéressé n'avait demandé le renouvellement de son titre de séjour que le 29 juillet 2022, soit six mois après son expiration, de sorte qu'il devait être regardé comme primo-demandeur et, d'autre part, qu'il avait été condamné, par jugement du tribunal correctionnel de Créteil du 21 juillet 2020, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sur conjoint et qu'il ne respectait pas ainsi l'intégration républicaine et les valeurs essentielles de la société française et de la République.
4. Toutefois, M. A justifie avoir demandé le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle le 11 janvier 2022, soit avant son expiration, et qu'il ne pouvait donc s'agir d'une première demande de titre de séjour. Par ailleurs, le requérant établit qu'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il a été précédemment titulaire, dès lors que nonobstant la condamnation précitée, il est toujours marié à une ressortissante française, avec laquelle il continue de vivre et avec laquelle il a eu deux enfants nés en juillet 2019 et mars 2022. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne a méconnu les dispositions de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision de refus de renouvellement du titre de séjour doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, donc être annulée, ainsi par voie de conséquence, que la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée au requérant. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent de délivrer un tel titre à M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de justice :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français contenues dans l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 1er septembre 2022 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,
Signé : I. BILLANDON
Le greffier,
Signé : G. NGASSAKI
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,2
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