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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210214

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210214

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210214
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTOUATI - LA MOTTE ROUGE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, la SCI du Moulin, prise en la personne de son représentant légal M. D E, représentée par Me Sara Clavier, demande au juge des référés d'ordonner une mission classique d'expertise, en application des dispositions de l'article

R. 532-1 du code de justice administrative, au contradictoire de la communauté d'agglomération Melun Val de Seine, aux fins de déterminer la responsabilité de celle-ci, de déterminer le lien de causalité entre les fuites d'eau potable et les dégâts subis par la société avec chiffrage des préjudices subis par elle.

Elle soutient que :

- elle a constaté en 2019 des fissures, occasionnées par la fracturation d'une canalisation d'eau potable, sur le bâtiment en pierre à destination de salle polyvalente dont elle est propriétaire sur la commune de Voisenon ;

- la canalisation endommagée a été réparée le 25 août 2020, tandis que le sinistre a été déclaré le 26 novembre 2020 à son assureur Axa Assurances ;

- la communauté d'agglomération, compétente en matière d'eau potable depuis

le 1er janvier 2020, prétend que les fissures constatées étaient antérieures à la rupture de la canalisation ;

- l'expert en dommages du cabinet Saretec, mandaté par l'assureur Axa Assurance, a constaté que le réseau électrique a été enterré en 2012-2013 et qu'une fuite sur la voirie a été réparée le 25 août 2020 ; il a conclu que l'origine de l'événement demeure indéterminée et qu'un phénomène de tranchée drainante peut être la cause des désordres affectant le bâtiment ;

- l'expert mandaté à titre privé par la SCI du Moulin a conclu que des fuites de réseau pouvaient être à l'origine du sinistre comme une mauvaise méthodologie d'ouverture de tranchée à proximité du bâtiment ;

- la société Pnas Assurances, assureur de la communauté d'agglomération, a rejeté le recours indemnitaire amiable présenté par la SCI du Moulin ;

- le bâtiment en pierre lui appartenant ne cesse de se dégrader du fait des fissures.

Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2022, la communauté d'agglomération Melun Val de Seine, représentée par Me Phelip, conclut à ce que le juge des référés :

1° à titre principal, rejette la requête de la SCI du Moulin en constatant que la mesure d'instruction sollicitée ne présente pas d'utilité ;

2° à titre subsidiaire, ordonne que les opérations d'expertise se tiennent au contradictoire de la société des Eaux de Melun ;

3° en tout cas, mette à la charge de la SCI du Moulin le versement d'une somme

de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la mesure d'instruction n'est pas utile, en l'absence de lien de causalité entre les fissures apparues en 2019 et la fuite d'eau intervenue en 2020 de l'autre côté de la rue et à 30 mètres du mur fissuré ;

- les fuites pourraient provenir d'un chéneau du bâtiment dont la reprise a eu lieu entre

juin 2013 et août 2019 à l'aplomb immédiat de la naissance des fissures ;

- la société des eaux de Melun, délégataire du service public de l'eau potable, doit être appelée à la cause.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Melun a délégué M. C, premier vice-président, pour statuer sur les référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ".

2. En application de ces dispositions, et à condition, d'une part que la demande ne soit pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, et, d'autre part, qu'elle apparaisse utile, le juge des référés peut désigner un expert chargé de procéder à l'expertise demandée. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur ce fondement doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de cette personne.

3. La SCI du Moulin sollicite du juge des référés la désignation d'un expert, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de constater les désordres, en particulier des fissures, affectant le bâtiment en pierre à destination de salle polyvalente dont elle est propriétaire, chemin du Moulin à Voisenon, et qu'elle attribue à la fracturation d'une canalisation d'eau potable.

4. La demande d'expertise présentée par la SCI du Moulin n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.

5. La communauté d'agglomération Melun Val de Seine conclut à l'inutilité de la mesure d'expertise demandée par la SCI du Moulin, au motif de l'absence de lien de causalité entre les fissures litigieuses et les fuites d'eau résultant de la rupture d'une canalisation d'eau. Toutefois, l'absence alléguée n'apparaît pas manifeste à l'aune des pièces produites devant le juge des référés, en particulier le rapport d'expertise privée remis le 17 juin 2022 par l'expert Romain Descheemaekere, lequel constate le phénomène de fissuration et formule des préconisations, et le procès-verbal de constat établi le 6 octobre 2022 par un commissaire de justice. Ces seuls éléments ne permettent pas de disqualifier l'intérêt de la mesure d'expertise demandée au juge des référés, laquelle présente donc un caractère utile.

6. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à cette demande sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.

7. A la demande de la communauté d'agglomération Melun Val de Seine, il y a lieu d'appeler à la cause la société des eaux de Melun, délégataire du service public de l'eau potable.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération Melun Val de Seine tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B est désigné comme expert. Il aura pour mission :

1° de convoquer les personnes mentionnées à l'article 2 aux réunions d'expertise contradictoires ;

2° de se rendre sur les lieux, d'entendre les parties et tout sachant et de prendre connaissance de tous éléments nécessaires sinon utiles à sa compréhension des faits de la cause ;

3° de se faire communiquer tous documents et pièces nécessaires sinon utiles à l'accomplissement de sa mission d'expertise ;

4° de constater et décrire précisément les désordres affectant le bâtiment en pierre à destination de salle polyvalente dont la SCI du Moulin est propriétaire, chemin du Moulin à Voisenon ;

5° de déterminer la date de survenance, l'origine et les causes ainsi que l'étendue et les conséquences des désordres constatés ;

6° de fournir tous éléments techniques et de fait permettant à la juridiction du fond ultérieurement saisie de se prononcer sur les responsabilités et imputabilités respectives des parties, sur les dommages matériels et sur les préjudices subis ;

7° de formuler toutes observations utiles ;

8° de déposer son rapport au greffe du tribunal administratif de Melun au terme de la mission d'expertise.

Article 2 : L'expertise se déroulera contradictoirement en présence, outre de l'expert désigné, de la SCI du Moulin, de la communauté d'agglomération Melun Val de Seine et de la société des Eaux de Melun.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9.

Article 4 : La première réunion d'expertise interviendra à la diligence de l'expert qui convoquera les personnes mentionnées à l'article 2.

Article 5 : L'expert peut prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une médiation.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires complets, dont un devra être rendu sous une forme numérisée, au greffe du tribunal dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Conformément à l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies numériques seront établies par l'expert et, sauf désaccord express de leur part, afin de limiter les frais de reproduction, leur notification devra être opérée sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par le demandeur et les personnes intéressées au moyen d'un procédé certifiant la réception de ces documents par son destinataire.

Article 7 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.

Article 8 : Le surplus des conclusions présentées est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI du Moulin, à la communauté d'agglomération Melun Val de Seine, à la société des Eaux de Melun et à M. A B, expert.

Fait à Melun, le 22 mars 2023.

Le juge des référés

B. C

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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