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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211008

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211008

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211008
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Formation6ème chambre
Avocat requérantJULIE HOLLARD AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement n° 1800906 du 28 mai 2019 le Tribunal administratif de Melun a, d'une part, annulé la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Val-de-Marne sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A et, d'autre part, a enjoint au préfet du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de prendre une nouvelle décision statuant sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, après réexamen de la situation de celui-ci, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, et ce, sous astreinte de 20 euros par jour de retard.

Par une lettre et un mémoire enregistrés les 21 février 2020 et 25 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Tagne demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne ou tout autre préfet territorialement compétent de prendre les mesures qu'impliquent l'exécution du jugement du 28 mai 2019 en procédant au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

2°) de liquider l'astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet du Val-de-Marne n'a pas exécuté le jugement lui enjoignant de procéder au réexamen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour;

- l'inexécution du jugement lui cause un préjudice dès lors qu'il ne peut ni voyager à l'étranger et se déplacer librement par défaut de titre de séjour, ni travailler, malgré les opportunités d'embauche.

Par une ordonnance du 9 novembre 2022, le vice-président du tribunal administratif de Melun a ouvert une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement n°1800906 rendu le 28 mai 2019.

Par un mémoire, enregistré le 2 décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, d'une part, que la commission du titre de séjour a été régulièrement saisie de la demande du requérant et a rendu un avis défavorable le 15 novembre 2018, d'autre part que suite à cet avis, un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours lui a été notifié le 8 janvier 2019.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement n°1800906 du 28 mai 2019

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dewailly, président-rapporteur

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

Sur la demande tendant à l'exécution du jugement du 28 mai 2019 :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ".

2. Il appartient au juge, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 précité, d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la situation de M. A a été réexaminée avant le jugement du 28 mai 2019 dont l'exécution est demandée, et qu'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours lui a été notifié le 8 janvier 2019. En outre, il ressort clairement des motifs du jugement que l'annulation prononcée est liée au défaut de saisine, par le préfet du Val-de-Marne, de la commission du titre de séjour. Or, il ressort des termes de la décision du 8 janvier 2019, qu'elle a été prise après que la commission du titre de séjour ait été saisie. Cette dernière ayant émis un avis défavorable sur la situation du requérant, le 15 novembre 2018. Dès lors cette décision expresse de rejet du 8 janvier 2019, purge le vice entachant la décision implicite de rejet dont l'annulation était demandée.

4. Dès lors, si le jugement, dont il a été dit qu'il est intervenu postérieurement à cette décision explicite de rejet du 8 janvier 2019 la circonstance qu'une nouvelle décision ait été prise, après un réexamen de sa situation personnelle dans le respect des règles de procédure, prive la demande d'exécution de tout effet utile. Le préfet du Val-de-Marne n'ayant pas à prendre une nouvelle décision après examen de la situation du requérant, en saisissant la commission du titre de séjour, puisqu'il l'a déjà fait. En outre, le requérant ne fait valoir, devant le juge de l'exécution pas plus qu'à un autre stade de la procédure contentieuse postérieure au jugement du 28 mai 2019, aucun élément nouveau de nature à justifier qu'un nouveau réexamen de sa situation doive être ordonné, si nécessaire sous astreinte. Enfin, la circonstance qu'une décision expresse ait été prise, après qu'une décision implicite de rejet soit née, constitue une nouvelle décision, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait demandé l'annulation. Ainsi, du fait de l'intervention d'une décision expresse répondant par anticipation aux critiques du tribunal dans les motifs de son jugement précité, aucune mesure d'exécution n'est désormais susceptible d'être ordonnée pour assurer l'exécution du jugement du 28 mai 2019. Par suite, les conclusions à fin d'exécution doivent être rejetées.

Sur la liquidation de l'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. () Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. ".

5. Il n'y a plus lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point 4, de liquider l'astreinte prononcée à l'encontre du préfet Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement par le jugement n° 1800906 du 28 mai 2019.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le président,

S. DEWAILLY

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

S. BOURDIN

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne ministère de l'Intérieur et des Outre-Mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 221008

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