mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211018 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 15ème chambre |
| Avocat requérant | FAFOWORA DE LOMBARDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022 sous le n° 2211018, Mme B A, représentée par Me Fafowora de Lombardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler :
- la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur en date du 3 septembre 2022 constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;
- les décisions de retrait de 5 points consécutives aux 3 infractions des 9 juin 2021, 8 et 21 octobre 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer les 5 points illégalement retirés dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
elle n'a jamais reçu notification des retraits de points litigieux ;
- elle conteste la réalité des infractions constatées les 9 juin 2021, le 8 et 21 octobre 2021, réalité qui n'est pas établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;
- elle conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux 3 infractions susmentionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le ministre de l'Intérieur conclut :
- au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 3 septembre 2022 et du retrait de points consécutif à l'infraction du 8 octobre 2021 ;
- à l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du retrait de points consécutif à l'infraction du 21 octobre 2021 ;
- au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Le ministre de l'Intérieur fait valoir que :
- l'infraction du 8 octobre 2021 n'entraîne plus retrait de points en application de l'article L. 223-6 du code de la route ; par suite, le solde de points du permis de la requérante est redevenu positif et la décision " 48 SI " est réputée avoir été retirée ;
- le retrait de points consécutif à l'infraction du 21 octobre 2021 a été notifié le 3 mai 2022 à Mme A par décision " 48 N " du 3 avril 2022 ;
- les différents moyens soulevés sont infondés.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.
M. Grand, rapporteur public, a été, sur sa proposition, dispensé de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Freydefont a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience.
Ni la requérante, ni le ministre de l'Intérieur ne sont présents ou représentés.
DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques09-06-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM08-10-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMRetrait de point supprimé du R2I21-10-2021Stat. dangereuxPVE-3AMPVE sans interpellation
AR de la décision 48 N : présenté le 03-05-2022. " Pli avisé non réclamé "04-02-2022-4Non contestée05-02-2022-3Non contestéeTOTAL-12+1
1. Il résulte de l'instruction que Mme B A, née le 2 octobre 1992, s'est vu successivement retirer 1, 1, 3, 4 et 3 points (soit 12 points en tout) à la suite d'infractions constatées respectivement les 9 juin 2021, 8 octobre 2021, 21 octobre 2021, 4 et 5 février 2022. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 3 septembre 2022, constaté que son permis était devenu invalide et qu'elle avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 3 septembre 2022 2022 et des 3 décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 9 juin 2021, 8 octobre 2021 et 21 octobre 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de relevé d'information intégral (R2I) afférent au permis de conduire de la requérante, édité le 16 décembre 2022, soit postérieurement à l'introduction de la requête, et produit par le ministre en défense, que l'infraction du 8 octobre 2021 n'entraîne plus retrait de points. De ce fait, le solde de points du permis de la requérante est redevenu positif ainsi qu'il ressort du R2I édité le 16 décembre 2022 qui mentionne un solde de points égal à 1. Par suite, la décision ministérielle " 48 SI " du 3 septembre 2022 et le retrait de points consécutif à l'infraction du 8 octobre 2021 doivent donc être regardés comme ayant été retirés par le ministre de l'Intérieur postérieurement à l'introduction de la requête ; il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
3. Restent donc en litige les 2 décisions de retraits de 4 points consécutives aux 2 infractions constatées les 9 juin 2021 et 21 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'infraction du 21 octobre 2021 :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " ; aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites en défense, que le retrait de 3 points consécutif à l'infraction constatée le 21 octobre 2021 a fait l'objet d'une décision référencée " 48 N " du 13 avril 2022 qui a été adressée à Mme A par courrier recommandé n° 2C 155 5036323 9. Il ressort de l'avis de réception produit par le ministre que le pli contenant cette décision a été présenté à la requérante le 3 mai 2022 et qu'il a été retourné à l'expéditeur avec la mention " Pli avisé non réclamé ". Par suite, la décision " 48 N " est réputée avoir été notifiée à Mme A à la date de présentation, le 3 mai 2022. Par ailleurs, cette décision contenait mention des voies et délais de recours. Par suite, Mme A avait jusqu'au 3 juillet 2022 pour la contester, en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit que les conclusions de la requête du 16 novembre 2022 tendant à l'annulation du retrait de 3 points consécutif à l'infraction du 21 octobre 2021 sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables. La fin de non-recevoir opposée en défense sera donc accueillie.
S'agissant de l'infraction du 9 juin 2021 :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
6. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;
7. En application des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.
8. Il résulte du R2I afférent à la situation de la requérante et produit par le ministre en défense que l'infraction du 9 juin 2021 entraînant un retrait de 1 point a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). De plus, il résulte également du 2I qu'elle a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce Mme A. Toutefois, le ministre ne rapporte pas la preuve de la réception par l'intéressée de ce courrier. Il s'ensuit que l'administration ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant de l'infraction du 9 juin 2021 ; par suite, la décision de retrait de 1 point consécutive à cette infraction est illégale et doit être annulée.
Sur les conclusions accessoires :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " L'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de 12 points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de restituer à Mme A le point illégalement retiré suite à l'infraction du 9 juin 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il convient de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des dispositions précédentes.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle " 48 SI " du 3 septembre 2022 et du retrait de points consécutif à l'infraction du 8 octobre 2021.
Article 2 : La décision de retrait de 1 point consécutive à l'infraction du 9 juin 2021 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à Mme A le point illégalement retiré suite à l'infraction du 9 juin 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 4 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'Intérieur.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2024.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : C. FreydefontLa greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026