mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211407 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAUTREDOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, Mme C B, M. A B et Mme D B, représentés par Me Lautredou, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser la somme totale de 100 300 euros en réparation des conséquences de la prise en charge dont E a été l'objet entre le 20 et le 29 juillet 2020 à l'hôpital Henri-Mondor ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée en raison d'une prise en charge inadaptée et d'un défaut d'information des proches de la victime ;
- la responsabilité de l'AP-HP est également engagée en l'absence de réalisation de l'autopsie médico-légale prévue par les dispositions de l'article 81 du code civil ;
- ils sont ainsi fondés à demander réparation du préjudice subi par F B, à hauteur de 300 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et de 30 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- ils sont fondés à demander réparation du préjudice d'affection subi par
Mme C B et par Mme A B à hauteur de 30 000 euros et du préjudice d'impréparation subi à hauteur de 25 000 euros ;
- ils sont fondés à demander réparation du préjudice d'affection subi par D B à hauteur de 15 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 5 juillet 2024, l'AP-HP, représentée par son directeur général, conclut à ce que la condamnation prononcée à son encontre n'excède pas 85 % des préjudices indemnisables et au rejet du surplus des conclusions des requérants.
Elle fait valoir que :
- elle ne conteste pas la faute tirée de la prise en charge inadaptée ;
- l'absence de réalisation d'une autopsie médicale ne constitue pas une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- elle ne conteste pas le taux de perte de chance évaluée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France à hauteur de 85 % ;
- il y a lieu de réduire à de plus justes proportions l'indemnisation des préjudices de la victime directe et des victimes indirectes.
Un mémoire produit par la caisse primaire d'assurance maladie de Paris a été enregistré postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2004-800 du 6 août 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère
- les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Roblot, substituant Me Lautredou, avocate de
M. et de Mmes B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 20 juillet 2020, F B, alors âgé de 36 ans, a été admis au service des urgences de l'hôpital Henri-Mondor, en raison de troubles de la parole et de propos incohérents. Le 21 juillet 2020, F B a été victime d'un arrêt cardiovasculaire et le 29 juillet 2020, il est décédé au sein du service de réanimation de l'hôpital Henri-Mondor. Après avoir saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France dans le cadre de la procédure de règlement amiable prévue par l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, les ayants droit
F B demandent au tribunal de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser diverses indemnités en réparation des conséquences dommageables résultant des manquements commis dans la prise en charge médicale dont F B a été l'objet.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du collège d'experts désigné par la CCI d'Ile-de-France, qu'Olivier B a bénéficié d'une prise en charge tardive, dès lors qu'il s'est écoulé un délai de dix heures entre son arrivée au service des urgences et la réalisation d'une scanographie alors que son état constituait une urgence psychiatrique. En outre, il n'a pas bénéficié d'un bilan complémentaire complet, en l'absence notamment de dosage de son alcoolémie et de dépakinémie. Enfin, F B n'a pas fait l'objet d'une surveillance de ses paramètres vitaux toutes les heures, de sa température toutes les six heures et de sa contention. Dans ces conditions, la prise en charge F B constitue une faute, qui n'est d'ailleurs pas contestée en défense, de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP dont dépend l'hôpital Henri-Mondor.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 81 du code civil : " Lorsqu'il y aura des signes ou indices de mort violente, ou d'autres circonstances qui donneront lieu de le soupçonner, on ne pourra faire l'inhumation qu'après qu'un officier de police, assisté d'un docteur en médecine ou en chirurgie, aura dressé procès-verbal de l'état du cadavre et des circonstances y relatives, ainsi que des renseignements qu'il aura pu recueillir sur les prénoms, nom, âge, profession, lieu de naissance et domicile de la personne décédée ". Aux termes de l'article R. 1112-73 du code de la santé publique : " Dans les cas de signes ou d'indices de mort violente ou suspecte d'un hospitalisé, le directeur, prévenu par le médecin chef du service, avise l'autorité judiciaire, conformément à l'article 81 du code civil ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 1211-2 du code de la santé publique : " () Les autopsies sont dites médicales lorsqu'elles sont pratiquées, en dehors du cadre de mesures d'enquête ou d'instruction diligentées lors d'une procédure judiciaire, dans le but d'obtenir un diagnostic sur les causes du décès. Elles doivent être pratiquées conformément aux exigences de recherche du consentement ainsi qu'aux autres conditions prévues au chapitre II du titre III du présent livre. Toutefois, à titre exceptionnel, elles peuvent être réalisées malgré l'opposition de la personne décédée, en cas de nécessité impérieuse pour la santé publique et en l'absence d'autres procédés permettant d'obtenir une certitude diagnostique sur les causes de la mort () ".
6. Il découle des dispositions des articles L. 1211-2, L. 1232-1 et L. 1232-4 du code de la santé publique, éclairées par les travaux parlementaires de la loi n° 2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique dont elles sont issues, que, d'une part, l'autopsie médicale constitue un acte médical soumis à la règle du consentement présumé, sur lequel les proches de la personne décédée sont interrogés si le défunt n'avait pas fait explicitement part de sa volonté, et que, d'autre part, le médecin responsable n'est pas tenu de faire droit à la demande des proches de pratiquer une telle autopsie, même lorsque la cause du décès est incertaine.
7. Il résulte de l'instruction, notamment du compte rendu d'hospitalisation, que la mort encéphalique F B a été constatée après deux électroencéphalogrammes plats, réalisés à quatre heures d'intervalle le 29 juillet 2020. Si les requérants soutiennent qu'il demeure un doute sur l'origine du décès F B et que le certificat de décès aurait dû comporter un obstacle médico-légal, ils n'apportent aucun élément de nature à démontrer qu'il existait des signes ou indices de mort violente. En outre, si les requérants soutiennent qu'ils auraient dû être informés de la possibilité de réaliser une autopsie médicale, il résulte des dispositions précitées que la décision de réaliser une telle autopsie appartient au médecin responsable, qui n'est pas tenu de faire droit à la demande des proches, même lorsque la cause du décès est incertaine. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en considérant qu'il n'y avait pas d'obstacle médico-légal et en ne les informant pas de la possibilité de réaliser une autopsie médicale.
8. En troisième lieu, aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 1110-4 du code de la santé publique : " En cas de diagnostic ou de pronostic grave, le secret médical ne s'oppose pas à ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à l'article L. 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part. Seul un médecin est habilité à délivrer, ou à faire délivrer sous sa responsabilité, ces informations ".
9. Il résulte de l'instruction que Mme C B, la mère F B, a été contactée par le médecin urgentiste de l'hôpital Henri-Mondor le 20 juillet 2020 à 18 heures 27 et par le psychiatre de garde le 21 juillet 2020 à 3 heures 54, pour évoquer l'état de santé de son fils. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'ont pas été informés de l'état de santé F B avant la survenue, le 21 juillet 2020, de son arrêt cardiovasculaire et que les dispositions citées au point 8 auraient été méconnues.
Sur le lien de causalité :
10. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du collège d'experts désigné par la CCI d'Ile-de-France qu'en l'absence d'autopsie, les causes du décès F B ne peuvent être formellement établies mais que seules deux causes alternatives peuvent être à l'origine de ce décès. D'une part, F B a pu décéder d'un arrêt respiratoire, puis d'un arrêt cardiaque à la suite d'une inhalation liée à une dépression respiratoire. Il résulte de l'instruction que dans cette hypothèse, les manquements retenus ont fait perdre à F B une chance d'éviter son décès qui a été évaluée à 90 % par les experts. D'autre part, F B a pu décéder d'un trouble du rythme cardiaque ventriculaire dans un contexte de prise de médicaments psychotropes et d'insuffisance rénale aigüe probablement fonctionnelle. Il résulte de l'instruction que dans cette hypothèse, les manquements retenus ont fait perdre à F B une chance d'éviter son décès qui a été évaluée à 80 % par les experts. Compte tenu de l'incertitude qui subsiste quant à la cause exacte du décès F B, il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation de cette perte de chance en fixant le taux à 80 %.
Sur le préjudice :
En ce qui concerne le préjudice subi par la victime directe :
12. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'Olivier B a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 21 au 29 juillet 2020. Il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté pour l'intéressé en fixant à 200 euros la somme devant les réparer.
13. En second lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par
F B du fait des conséquences auxquelles il a perdu une chance d'échapper peuvent être évaluées à 5 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 15 000 euros.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, compte tenu du taux de perte de chance de 80 %, l'AP-HP doit être condamnée à verser aux héritiers F B une somme de 12 160 euros.
En ce qui concerne le préjudice subi par les victimes indirectes :
15. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi, du fait du décès de leur fils, par Mme C B et par M. A B en l'évaluant à la somme de 10 000 euros chacun.
16. En deuxième lieu, si Mme C B et M. A B soutiennent qu'ils ont subi un préjudice d'impréparation du fait d'un défaut d'information sur l'état de santé de leur fils, il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'ils ne sont pas fondés à demander réparation au titre de ce préjudice.
17. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi, du fait du décès de son frère, par Mme D B en l'évaluant à la somme de 7 000 euros.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, compte tenu du taux de perte de chance de 80 %, l'AP-HP doit être condamnée à verser à une somme de 8 000 euros chacun à Mme C B et à M. A B et une somme de 5 600 euros à Mme D B.
Sur les frais liés au litige :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser aux héritiers F B une somme de 12 160 euros.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à
Mme C B une somme de 8 000 euros.
Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à
M. A B une somme de 8 000 euros.
Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à
Mme D B une somme de 5 600 euros.
Article 5 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme C B, à M. A B et à Mme D B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, première dénommée, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère.
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,
H. MathonLe président,
T. GallaudLe président,
T. Gallaud
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026