vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211917 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 décembre 2022, M. C F D, représenté par Me Aboukhater demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 12 600 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec intérêts à compter de la réception de sa demande préalable d'indemnisation par l'administration ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- par une décision du 21 décembre 2018, la commission de médiation a reconnu son droit au logement opposable ; la responsabilité de l'administration est engagée pour une double carence fautive ; si le 8 septembre 2022 sa candidature a été acceptée pour un logement de type T4, des travaux sont à réaliser dans cet appartement si bien qu'il a dû se maintenir dans son foyer Adoma où il fait l'objet d'une mesure d'expulsion ; l'intéressé ignore la date de libération du logement attribué ;
- l'intéressé a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; il est contraint d'héberger dans un foyer Adoma avec ses deux enfants mineurs qui ont 12 et 15 ans et qui sont demandeurs d'asile ; sa fille est en situation de handicap ; il fait l'objet d'une procédure d'expulsion du foyer Adoma car il n'a pas le droit de recevoir ses enfants mineurs ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'intéressé vivait dans un logement de transition pour un loyer mensuel de 323 euros, alors qu'il perçoit un salaire de 2 304 euros ; il résidait seul au foyer du 23 juin 2015 au 28 avril 2021, ses deux enfants mineurs n'ayant acquis le statut de demandeur d'asile que le 28 avril 2021 ;
- il s'est vu proposer un logement de type T2 le 12 novembre 2019, mais la commission d'attribution des logements du bailleur social n'a pas retenu sa candidature, en raison de ce que ses revenus excédaient le plafond de ressources ;
- il a finalement été relogé dans un logement de type T4 à Saint-Gratien le 15 novembre 2022 à Saint-Gratien pour un loyer de 715 euros ; l'intéressé a signé le contrat de bail le 15 novembre 2022, soit deux mois après que sa candidature ait été retenue.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement de type T3-T4, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 21 décembre 2018 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressé, le tribunal a, par un jugement n°1908055 du 11 décembre 2019, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer son relogement, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er mars 2020 sous une astreinte. En l'absence de relogement, M. D a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 17 février 2022, par l'unité territoriale de la direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement d'Ile de France. Le silence conservé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par la requête susvisée, M. D demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 12 600 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la décision du 21 décembre 2018 que la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a reconnu à M. D un droit opposable à bénéficier d'un logement de type T3-T4 pour les motifs suivants : " logé dans un logement de transition, un foyer-logement ou une résidence hôtelière à vocation sociale " et " attente d'un logement depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ". Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de résidence établie le 19 avril 2022 par le responsable de la résidence de Fontenay-sous-Bois, que l'intéressé résidait depuis le 23 juin 2015 dans un logement mesurant sept mètres carrés dépendant d'un foyer Adoma. Par suite, si M. D a bénéficié d'un logement de transition à un coût relativement faible par rapport à ses ressources, cette seule considération est sans incidence sur le droit de M. D à occuper un logement de type T3-T4 répondant aux exigences prévues à la décision du 21 décembre 2018 de la commission de médiation. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que les jeunes A et B n'auraient été recueillis par M. D que le 28 avril 2021, date de la première délivrance d'une attestation de demande d'asile par la préfecture du Val-de-Marne, ne saurait exonérer l'administration de son obligation de résultat à reloger le requérant.
4. En deuxième lieu, si la préfète du Val-de-Marne indique qu'elle a présenté la candidature de M. D à la commission d'attribution des logements de l'opérateur Plurial Novilia dès le 12 novembre 2019 pour un logement de type T2 le 12 novembre 2019, elle précise dans son mémoire que ce logement ne lui a pas été attribué par cette commission en raison de ce que les revenus du requérant excédaient le plafond réglementaire de ressources. Par suite, cette circonstance ne saurait libérer l'administration de son obligation de résultat de relogement de M. D.
5. En troisième lieu, M. D fait valoir qu'il a été destinataire le 8 septembre 2022 d'une proposition de relogement au 1 allée des commerces à Saint-Gratien et qu'il a dû se maintenir dans son foyer Adoma, où il fait l'objet d'une mesure d'expulsion, en raison de ce que le propriétaire avait des travaux à réaliser. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne verse aux débats un extrait de l'application " SYPLO " qui indique que le requérant a signé le 15 novembre 2022 un contrat de bail relatif à ce logement. En outre, M. D, auquel le mémoire en défense et ses pièces jointes ont été communiqués, n'a apporté aucun démenti à ces éléments d'information. Ainsi, le requérant doit être regardé comme étant entré dans les lieux au plus tard le jour de la signature du bail. Dans ces conditions, si M. D est fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 15 novembre 2022.
6. En second lieu, M. D verse au débat un avis de situation déclarative établi en 2021 relatif à son imposition sur les revenus 2020 indiquant que son quotient familial est de trois parts. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en dehors des jeunes A et B, le requérant est le représentant légal, d'autres personnes devraient être regardées comme vivant au foyer de M. D. En outre, la préfète soutient sans être contredite que le requérant n'établit pas qu'il aurait recueilli les jeunes A et B avant le 28 avril 2021, date de la première délivrance d'une attestation de demande d'asile par la préfecture du Val-de-Marne. Ainsi, si la durée de la carence de l'Etat à attribuer à M. D un logement est de quarante mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat, née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, elle n'est que de dix-huit mois concernant les jeunes A et B. Par suite, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur et aux membres de son foyer, de la durée de cette carence différenciée selon les membres du foyer dont la présence est établie, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à M. D une somme de 1 600 euros (mille six cent euros).
Sur les intérêts :
7. M. D a droit aux intérêts au taux légal à compter du 17 février 2022, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
Sur les frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D une somme de 1 600 euros au titre des dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 17 février 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F D, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. E La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2211917
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026