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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300273

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300273

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300273
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantLESAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023 sous le n° 2300273, M. A C B, représenté par Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur en date du 18 juillet 2022 constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;

- la décision de retrait de 6 points consécutive à l'infraction du 26 janvier 2022 ;

- la décision de retrait de 4 points consécutive à l'infraction du 2 mars 2021 ;

- la décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 16 juillet 2021 ;

- la décision explicite du 8 novembre 2022 par laquelle le ministre de l'Intérieur a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer les points correspondant aux trois infractions mentionnées sur la décision " 48 SI " et de de retirer sa décision d'invalidation du permis de son conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il conteste la réalité de l'infraction du 26 janvier 2022 ;

- il conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document " 48 SI " querellé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le ministre de l'Intérieur conclut :

- à titre principal, au non-lieu partiel à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision " 48SI " en date du 18 juillet 2022 et contre l'infraction du 26 janvier 2022 ;

- à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'infraction du 2 mars 2021 ;

- à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Le ministre de l'Intérieur fait valoir que :

- les mentions afférentes à l'infraction commise le 26 janvier 2022 ont été supprimées du dossier de permis de conduire de M. B et les 6 points correspondants lui ont été restitués ; en conséquence, la décision " 48 SI " a été supprimée du son dossier de permis de conduire ;

- le retrait de points consécutif à l'infraction du 2 mars 2021 a été notifié par le biais d'une décision " 48 N ", comportant la mention des voies et délais de recours, notifiée le 11 octobre 2021 comme en atteste la copie de l'accusé de réception NO 2C 1554 2404 940 signé par le requérant ;

- les différents moyens soulevés sont infondés.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Bouchet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 7 janvier 2025, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, le rapport de M. Freydefont.

Ni M. B, requérant, ni le ministre de l'Intérieur, défendeur, ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsRIIRestitutionRemarques02-03-2021Feu rougePVE-4AFDécision " 48 N " : AR signé le 11-10-2021 16-07-2021TéléphonePVE-3AMAvec interpellation26-01-2022-6Supprimée du R2ITOTAL-13+6

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. A C B, né le 1er janvier 1980, s'est vu successivement retirer 4, 3 et 6 points (soit 13 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 2 mars 2021, 16 juillet 2021 et 26 janvier 2022. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 18 juillet 2022, constaté que son permis était devenu invalide et qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 18 juillet 2022, des 3 décisions de retrait de points y figurant et de la décision du 8 novembre 2022 par laquelle le ministre de l'Intérieur a explicitement rejeté son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information (R2I) afférent au permis de conduire de M. B édité le 24 mars 2023 et produit par le ministre en défense que l'infraction du 26 janvier 2022 ayant donné lieu à un retrait total de 6 points a été supprimée du dossier du permis de conduire du requérant. Il s'en déduit que cette décision de retrait de 6 points doit donc être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'Intérieur postérieurement à l'introduction de la requête. De même, il résulte du même R2I que le solde de points affecté sur le permis de conduire de M. B est égal à 3 et n'est donc pas nul. Il s'en déduit que la décision " 48 SI " du 18 juillet 2022 constatant le solde de points nul du permis de conduire du requérant doit également être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'Intérieur postérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de 6 points consécutive à l'infraction du 26 janvier 2022 et de la décision " 48 SI " du 18 juillet 2022 sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

3. Restent donc en litige les 2 décisions de retraits de 7 points en tout consécutives aux 2 infractions constatées les 2 mars 2021 et 16 juillet 2021.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le ministre en défense :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " ; aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Aux termes de l'article L. 410-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Pour l'application du présent titre, on entend par : () / 2° Recours gracieux : le recours administratif adressé à l'administration qui a pris la décision contestée () " ; aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. "

5. Il ressort des pièces du dossier que le retrait de 4 points consécutif à l'infraction du 2 mars 2021 a été notifié à M. B par une lettre type référencée " 48 N " par courrier recommandé n° 2C 155 424 0494 0 réceptionné par l'intéressé le 11 octobre 2021 ainsi qu'il ressort des mentions figurant sur l'avis de réception. Par suite, M. B avait, en application des dispositions citées au point précédent jusqu'au 11 décembre 2021 pour contester ce retrait de points soit par requête, soit en adressant un recours au ministre. N'ayant fait ni l'un ni l'autre dans ce délai de deux mois, les conclusions à fin d'annulation de cette décision consécutive à l'infraction du 2 mars 2021 figurant dans le recours hiérarchique du 8 août 2022 puis dans la présente requête du 11 janvier 2023 sont donc tardives, ainsi que le fait valoir le ministre en défense. Par suite, il y a lieu d'accueillir cette fin de non-recevoir et de rejeter les conclusions à fin d'annulation du retrait de 4 points consécutif à l'infraction du 2 mars 2021 comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M. B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " ; qu'aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

8. Il résulte des dispositions précitées que, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

9. D'une part, il ressort du R2I afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 16 juillet 2021 ayant entrainé la perte de 3 points a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", avec interpellation du conducteur ainsi que le démontre le ministre qui produit copie des procès-verbaux d'infraction mentionnant l'identité du conducteur, en l'espèce M. A C B. Par suite, quand bien même le requérant n'a pas signé ce procès-verbal compte tenu des règles sanitaires en vigueur pour lutter contre la pandémie de covid-19, ainsi que le mentionne le procès-verbal électronique, les informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route lui ont bien été délivrées. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information en violation des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté comme infondé s'agissant de l'infraction du 16 juillet 2021.

10. D'autre part, il résulte du R2I afférent au permis de conduire de M. B que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l'indique la mention " AM " figurant sur ce R2I. Or, le requérant ne soutient ni n'établit avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, des réclamations ayant entraîné l'annulation de ces titres exécutoires. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ladite infraction est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Sur les conclusions accessoires :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " L'annulation prononcée au point précédent n'implique aucune mesure d'exécution particulière de la part du ministre de l'Intérieur ; les conclusions à fin d'injonction seront donc rejetées.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais d'instance non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de 6 points consécutive à l'infraction du 26 janvier 2022 ni sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 18 juillet 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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