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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300453

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300453

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300453
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL SAMSON & WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier et 9 février 2023 sous le n° 2300453, M. A B, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler :

- la décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 8 mars 2022 ;

- la décision de retrait de 1 point consécutive à l'infraction du 5 juillet 2019 ;

- la décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 21 août 2020 ;

- la décision de retrait de 1 point consécutive à l'infraction du 12 septembre 2020 ; 8 mars 2022 ;

- la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur en date du 9 novembre 2022 constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire.

M. B soutient que :

- la réalité des infractions querellées n'est pas établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;

- il conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document " 48 SI " querellé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le ministre de l'Intérieur conclut :

- au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 21 août 2020 et de la décision " 48 SI " du 9 novembre 2022 ;

- au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre de l'Intérieur fait valoir que :

- les mentions relatives à l'infraction du 21 août 2020 ont été supprimées du relevé d'information intégral du requérant ; par suite, son solde de points n'est plus nul

- les différents moyens soulevés sont infondés.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 13 mars 2023, M. B se désiste de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 21 août 2020 et de la décision " 48 SI " du 9 novembre 2020.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Bouchet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 7 janvier 2025, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, le rapport de M. Freydefont.

Ni M. B, requérant, ni le ministre de l'Intérieur, requérant, ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsRIIRestitutionRemarques05-07-2019V ( 20 km/hContrôle automatisé-1AMOUI le 23-03-2020Irrecevable21-08-2020-3Supprimée du R2IDésistement le 13-03-202312-09-2020V ( 20 km/hContrôle automatisé-1AMOUI le 26-10-2021Irrecevable08-03-2022CeinturePVE-3AMSans interpellationTOTAL-8+5

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. A B, né le 29 septembre 1961, s'est vu successivement retirer 1, 3, 1 et 3 points (soit 8 points) à la suite d'infractions commises respectivement les 5 juillet 2019, 21 août 2020, 12 septembre 2020 et 8 mars 2022. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 9 novembre 2022, constaté que son permis était devenu invalide et qu'il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 9 novembre 2022 et des 4 décisions de retrait de points y figurant.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire enregistré le 13 mars 2023, M. B déclare se désister de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de 3 points consécutives à l'infraction du 21 août 2020 et de la décision " 48 SI " du 9 novembre 2022 ; ce désistement est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les 2 infractions des 5 juillet 2019 et 12 septembre 2020 :

3. Il résulte du relevé d'information intégral (R2I) relatif à la situation du requérant au 15 février 2023, et produit par le ministre de l'Intérieur en défense, que les points retirés suite aux 2 infractions constatées les 5 juillet 2019 et 12 septembre 2020 ont été restitués respectivement les 23 mars 2020 et 26 octobre 2021, soit antérieurement à la date d'enregistrement de la requête. Ces décisions doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'infraction du 8 mars 2022 :

4. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M. B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " ; qu'aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

6. Il résulte des dispositions précitées que, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

7. Il ressort du R2I afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l'infraction du 8 mars 2022 ayant entrainé la perte de 3 points a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", mais sans interpellation du conducteur ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'infraction produit par le ministre en défense qui ne fait pas mention de l'identité du conducteur. Il ressort également du R2I qu'elle a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis de contravention (ACO) puis un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce M. B. Toutefois, le ministre ne rapporte pas la preuve de la réception par l'intéressé de ces différents courriers. Il s'ensuit que l'administration ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant de l'infraction du 8 mars 2022 ; par suite, la décision de retraits de 3 points consécutive à cette infraction est illégale et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " L'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. B les 3 points illégalement retirés suite à l'infraction du 8 mars 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. B de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 21 août 2020 et de la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 9 novembre 2022.

Article 2 : La décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 8 mars 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'Intérieur de restituer à M. B les 3 points illégalement retirés suite à l'infraction du 8 mars 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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