Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 15 mars 2023, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal la requête présentée par Mme B..., enregistrée le 24 février 2023.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 15 mars 2023, 16 décembre 2024, 3 avril 2025 et 21 octobre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Delarue, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry à lui verser une indemnité compensatrice d’un montant de 4 948,50 euros, équivalant à trente-trois jours de congés annuels non pris au titre des années 2020 et 2021, assortie des intérêts à taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juin 2024 et 13 février 2025, présentés par Me Pareydt, la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B... la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que Mme B... ne peut plus prétendre à l’indemnisation de ses jours de congé annuel non pris au titre des années 2020 et 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;
- le décret n° 2025-564 du 21 juin 2025 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,
- les conclusions de Mme Leconte, rapporteure publique,
- les observations de Me Delarue, représentant la requérante, et celles de Me Corbel, substituant Me Pareydt, représentant la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry.
Considérant ce qui suit :
Mme B... a intégré les cadres d’emplois de la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry le 1er avril 2013, au grade d’attachée territoriale principale. A compter du 1er septembre 2014, elle a été détachée dans l’emploi fonctionnel de directrice générale des services de la collectivité, puis nommée au grade d’attachée territoriale hors classe le 12 décembre 2017. Son détachement a été renouvelé à compter du 1er septembre 2019 pour une durée de cinq ans. L’intéressée a été placée en congé pour motif médical du 8 septembre 2020 au 31 mars 2022, et a été mutée au sein d’une autre collectivité à compter du 1er novembre 2022. Par un courrier reçu le 28 octobre 2022, Mme B... a demandé au maire de Saint-Fargeau-Ponthierry à être indemnisée des jours de congé annuel non pris au titre des années 2020 et 2021. Cette autorité a implicitement refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry à lui verser une indemnité compensatrice d’un montant de 4 948,50 euros, équivalant à trente-trois jours de congé annuel non pris au titre des années 2020 et 2021, assortie des intérêts à taux légal et de leur capitalisation.
Sur les conclusions tendant au versement d’une indemnité compensatrice de congés annuels :
Aux termes de l’article 5 du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux : « Sous réserve des dispositions de l'article précédent, le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par l'autorité territoriale. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. ». Et aux termes de l’article 5-1 du même décret, issu du décret du 21 juin 2025 relatif aux régimes dérogatoires de report et d'indemnisation des droits à congé annuel dans la fonction publique : « Par dérogation aux dispositions du premier alinéa de l'article 5, lorsque le fonctionnaire est dans l'impossibilité, du fait d'un congé pour raison de santé, ou du fait d'un congé lié aux responsabilités parentales ou familiales, de prendre son congé annuel au cours de l'année au titre de laquelle il lui est dû, il bénéficie d'une période de report de quinze mois, dont la durée peut être prolongée sur autorisation exceptionnelle de l'autorité territoriale. La période de report débute à compter de la date de reprise des fonctions. Pour les congés annuels acquis pendant un congé pour raison de santé ou un congé lié aux responsabilités parentales ou familiales, elle débute, au plus tard, à la fin de l'année au titre de laquelle le congé annuel est dû. /(…)/ ». Et enfin, au terme de l’article 5-2 du décret du 26 novembre 1985 précité : « Par dérogation aux dispositions du second alinéa de l'article 5, lorsque le fonctionnaire n'a pas été en mesure de prendre son congé annuel avant la fin de la relation de travail, les droits non-utilisés donnent lieu à une indemnité compensatrice. A l'exclusion des droits non-consommés du fait d'un congé lié aux responsabilités parentales ou familiales, cette indemnité ne compense que les droits non-utilisés relevant des quatre premières semaines de congé annuel par période de référence. ».
De plus, aux termes de l’article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l’aménagement du temps de travail : « 1. Les Etats membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d’un congé annuel payé d’au moins quatre semaines, conformément aux conditions d’obtention et d’octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ». Il résulte de ces dispositions, telles qu’interprétées par la Cour de justice de l’Union européenne, notamment dans ses arrêts du 20 janvier 2009, Schultz-Hoff (C-350/06), du 6 novembre 2018, Max Planck-Gesellschaft zur Förderung der Wissenschaften (C-684/16) et du 22 septembre 2022, Fraport (C‑518/20 et C‑727/20), que, pour ce qui concerne la période minimale de quatre semaines par an qu’elles prévoient, le droit au congé annuel payé qu’un travailleur n’a pas pu exercer pendant une certaine période parce qu’il était placé en congé de maladie, en congé de maternité, en congé de paternité et d’accueil de l’enfant ou en congé d’adoption pendant tout ou partie de la période en cause, ne peut s’éteindre à l’expiration de celle-ci et que le travailleur qui n’a pu, pour cette raison, exercer son droit au congé annuel payé a droit à une indemnité financière en fin de relation de travail. En outre, l’extinction de ces droits à l’expiration de la période de référence ou d’une période de report fixée par le droit national n’étant possible qu’à la condition que le travailleur ait effectivement été mis en mesure d’exercer son droit au congé annuel payé, il incombe à l’employeur de l’informer, de manière précise et en temps utile, des conditions dans lesquelles il risque de perdre ses droits à congés.
Mme B... soutient qu’elle peut prétendre à une indemnisation à raison des jours de congés annuels non utilisés au cours des années 2020 et 2021 en raison de son placement en congé de maladie du 8 septembre 2020 au 31 mars 2022. Il résulte des dispositions et principes précités que les droits à congés annuels de l’intéressée devaient être regardés comme éteints à l’expiration d’une période de quinze mois à compter du premier jour de l’année suivant l’année au cours de laquelle lesdits droit à congé ont été générés, à condition toutefois qu’elle ait été effectivement mise en mesure d’exercer ses droits. A cet égard, la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry ne produit aucune pièce permettant d’établir que l’intéressée aurait été informée, après sa reprise de fonctions le 31 mars 2022, de manière précise et en temps utile, de ses droits à congés restant au titre des années 2020 et 2021 et des conditions dans lesquelles elle risquait de les perdre. Par suite, Mme B... ne peut être regardée comme ayant été mise en mesure d’exercer son droit au congé annuel payé et avait droit, à la fin de la relation de travail, à une indemnité compensatrice des droits à congés annuels non utilisés relevant des quatre premières semaines de congés annuels pour chacune des deux années concernées.
Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry doit être condamnée à verser à Mme B... l’indemnité compensatrice des droits à congés annuels qu’elle n’a pas utilisés au titre des années 2020 et 2021, relevant des quatre premières semaines de congés annuels pour chacune de ces deux périodes. En l’absence d’éléments précis permettant au juge de fixer le montant de ladite indemnité, il y a lieu de renvoyer Mme B... devant la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry pour que celle-ci liquide et lui verse cette indemnité.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
D’une part, Mme B... a droit aux intérêts à taux légal, à compter du 28 octobre 2022, date de réception par la collectivité de sa demande indemnitaire, sur la somme qui sera déterminée par la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry.
D’autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d’une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu’à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois le 24 février 2023, date d’enregistrement de la requête. À cette date, ils n’étaient pas dus au moins une année d’intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 28 octobre 2023, date à laquelle était due pour la première fois une année d’intérêts, ainsi qu’à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font, en revanche, obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry demande au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B... est renvoyée devant la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry afin que celle-ci liquide et lui verse l’indemnité compensatrice des droits à congés annuels qu’elle n’a pas utilisés au titre des années 2020 et 2021, relevant seulement des quatre premières semaines de congés annuels pour chacune de ces deux périodes. La somme ainsi fixée sera assortie des intérêts à taux légal à compter du 28 octobre 2022. Les intérêts échus à la date du 28 octobre 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Saint-Fargeau-Ponthierry versera à Mme B... une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 novembre 2025.
La rapporteure,
C. MASSENGOLa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,