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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302623

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302623

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302623
TypeDécision
FormationChambre DALO
Avocat requérantABEBERRY XAVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mars 2023 et le 13 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Abeberry demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 800 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme

de 1 296 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- par une décision du 20 septembre 2020, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- contrairement à ce que soutient la préfète, la proposition de relogement

du 17 mai 2023 n'était en réalité qu'une candidature spontanée de l'intéressé présentée

le 27 mars 2023 sur le site d'Action Logement, et non une candidature réservataire émanant de la préfecture ; à la vue des photographies révélant le mauvais état du logement (moisissures), l'intéressé a retiré sa candidature ; la lettre de proposition de logement mentionnant que le refus de relogement entraîne la perte du droit au logement opposable n'a pas été produite par la préfecture ; le bon de visite du logement n'a pas fait référence aux dispositions

de l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- la circonstance que l'intéressé réside dans un logement situé dans l'Aveyron est sans incidence sur sa demande de logement social ; il est arrivé en France à l'âge de 9 ans et a vécu une vingtaine d'année en région parisienne ; son père réside à Alfortville ;

- l'intéressé a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; il souffre de voir ses espérances légitimes de relogement non suivies d'effet ; ses candidatures ont été classées à des rangs ne lui permettant pas d'obtenir l'attribution d'un logement ; son indemnisation inclut notamment 1 850 euros de frais d'hôtel au Kremlin-Bicêtre du 10 septembre au

10 décembre 2020 ; elle inclut 1 174,04 euros de frais de box de stockage au Kremlin-Bicêtre du 6 octobre 2020 au 1er novembre 2021

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'intéressé est logé actuellement dans un logement social de type T2 à Rodez avec une superficie de 49 mètres carrés pour un loyer ne représentant qu'un taux d'effort de 28 pour cent ; il n'a pas d'attache en région parisienne ;

- l'intéressé s'est vu adresser une première proposition en novembre 2021 pour un logement de type T2 à Sucy-en-Brie ; il s'est vu adresser une deuxième proposition en 2022 pour un logement de type T1 à Saint-Maur-des-Fossés ; ces logements ont été attribués à d'autres solliciteurs ;

- l'intéressé s'est vu adresser une troisième proposition re relogement le 17 mai 2023 pour un logement de type T1 à Ivry-sur-Seine, qu'il a refusé sans opposer de motif légitime.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Une décision du 15 novembre 2023 portant admission de M. B à l'aide juridictionnelle totale a été enregistrée le 22 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement de type T1, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 24 septembre 2020 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. En l'absence de relogement, M. B a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 16 janvier 2023, par l'administration. Le silence conservé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 4 800 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

4. En premier lieu, la seule circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait pas d'attache en Ile-de-France est sans incidence sur son droit à déposer une demande de logement social dans le département du Val-de-Marne. De même, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit, que solliciteur de logement social ne pourrait déposer une demande de logement social dans plusieurs départements français de manière simultanée. Enfin, la préfète du Val-de-Marne fait valoir qu'elle a entrepris des efforts de relogement de M. B en Ile-de-France depuis 2021. Toutefois, il ressort de l'extrait de l'application " SYPLO " que si le requérant s'est vu proposer une offre de relogement à Sucy-en-Brie par la commission d'attribution des logements de l'opérateur Seqens le 13 novembre 2021, sa candidature a été classée en deuxième position et la proposition de relogement a finalement été attribuée à un tiers. Par suite, l'administration, qui est astreinte à une obligation de relogement de résultat, ne saurait se prévaloir de cette proposition pour se libérer de son obligation de relogement bénéficiant à M. B.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B s'est vu reconnaître

le 24 septembre 2020 un droit au logement opposable par la commission de médiation du Val-de-Marne pour les motifs suivants : " attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral " et " dépourvu de logement/hébergé chez un particulier ". Or, il résulte de l'instruction que M. B a déposé une demande de logement social dans le département du Val-de-Marne et une autre demande de logement social dans le département de l'Aveyron. De plus, il ressort du contrat de bail versé au débat par le requérant que depuis

le 11 janvier 2022 M. B occupe un logement de type T2 situé au 1 avenue Boscary Monsservin à Roder, d'une surface habitable de 49,84 mètres carrés et pour un loyer mensuel de 450,41 euros. Ainsi, le requérant doit être regardé comme bénéficiant en Aveyron d'un logement social répondant à ses besoins et à ses capacités financières depuis le 11 janvier 2022. Par suite, les échecs de relogement survenus en novembre 2022 (Saint-Maur-des-Fossés) et en mai 2023 (Ivry-sur-Seine) sont sans incidence sur l'engagement responsabilité de l'Etat. En outre, dans de telles conditions, si M. B est fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 11 janvier 2022.

6. En troisième lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit neuf mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat, née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à M. B une somme de 200 (deux cents) euros.

Sur les frais d'instance :

7. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 200 euros au titre des dommages et intérêts.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

C. RICHEFEU La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2302623

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