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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305421

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305421

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305421
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre DALO
Avocat requérantMATIATOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2023 et 13 mars 2024, Mme C B A, représentée par Me Matiatou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 74 000 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des

articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- par une décision du 10 octobre 2019, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;

- elle est demandeuse de logement social depuis le 18 mai 2017 ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle a droit à l'indemnisation des préjudices subis en raison des troubles dans ses conditions d'existence, notamment du fait que son absence de relogement avec ses trois enfants a entrainé leur placement à l'aide sociale enfance tandis qu'elle est hébergée chez un

particulier ;

- aucune offre de relogement ne lui a été proposée.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 11 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requérante a été relogée avec sa famille, le 6 décembre 2022, dans un logement de type T4 adapté à ses besoins et capacités, dont le loyer est de 528 euros, situé à Brétigny-sur-Orge ;

- Mme B A a eu une proposition de relogement à Ulis, pour un logement de type T4 qui n'a pas abouti du fait du dossier incomplet fourni par la requérante ; l'Etat est délié de son obligation à compter du 17 décembre 2021 ;

- il n'y a pas lieu de prendre en charge les enfants de la requérante dans le calcul de l'indemnité, dès lors que par un jugement du 5 janvier 2021, le juge des enfants a ordonné leur placement à l'aide sociale enfance.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B A a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T4-T5, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 10 octobre 2019 de la commission de médiation du droit au logement opposable. En l'absence de relogement, Mme B A a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 30 janvier 2023, par

la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par la requête susvisée, Mme B A demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 74 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables () ". Aux termes de l'article L. 100-3 de ce code : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : 1° Administration : () les organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 114-5 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ". Les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration sont applicables dans le cadre de la procédure régissant les commissions d'attribution de logements et d'examen de l'occupation des logements, dès lors que les bailleurs sociaux sont des personnes, de droit public ou de droit privé, chargées du service public du logement social, lequel constitue un service public administratif (Conseil d'Etat, 23 février 1979, n°09663).

4. La préfète du Val-de-Marne oppose que l'Etat est délié de son obligation de relogement à l'égard de Mme B A, dès lors qu'elle a bénéficié d'une proposition de relogement à Unité localisée pour l'inclusion scolaire et que cette proposition n'a pas abouti du fait du caractère incomplet de son dossier. Toutefois, la préfète n'établit pas que la commission d'attribution des logements du bailleur social ayant statué le 17 décembre 2021 aurait effectivement été précédée d'un appel de pièce. Par suite, ce moyen de défense ne saurait être accueilli.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que par une décision du 10 octobre 2019 Mme B A s'est vue reconnaître un droit au logement opposable par la commission de médiation pour le motif suivant : " Dépourvue de logement / Hébergée chez un particulier " et " Hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement ".

6. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que Mme B A a été relogée avec sa famille, le 6 décembre 2022, dans un logement de type T4 adapté à ses besoins et capacités, dont le loyer est de 528 euros, situé au 2 allée des ormeaux à Brétigny-sur-Orge. Dans son mémoire en réponse, la requérante n'oppose aucun démenti à cette information. Dans ces conditions, Mme B A est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive jusqu'au 6 décembre 2022.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de plusieurs décisions judiciaires en date des 5 mars 2019, 10 mars 2020, 26 mai 2020 et 6 juillet 2020, le juge des enfants du D de grande instance de Créteil a tout d'abord prescrit une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert à l'égard des trois enfants de Mme B A compte tenu de ce que l'intéressée apparaissait en capacité de répondre aux besoins primaires de ses enfants. Après deux années d'assistance éducative en milieu ouvert, le juge des enfants a prononcé le placement des enfants de Mme B A à l'aide sociale à l'enfance

du Val-de-Marne aux motifs que des conditions de précarité sociale de la famille et de ce qu'ils étaient exposés à des carences éducatives et relationnelles en lien avec le positionnement hostile de leur mère vis-à-vis des institutions par un jugement du 5 janvier 2021. Ce jugement a également reconnu à Mme B A un droit de visite accompagné une fois par semaine. Par un jugement du 2 décembre 2021, le juge des enfants a prolongé la mesure de placement en confirmant le droit de visite hebdomadaire de la mère, en lui accordant un droit de sortie pour les congés de Noël 2021, et en lui reconnaissant un droit d'hébergement une fois par mois au sein d'une association. S'il ressort des différentes décisions judiciaires précitées que le juge des enfants a maintenu le versement à la requérante des prestations familiales, y compris pendant les périodes de placement des enfants à l'aide sociale enfance, il n'en ressort pas que ce placement aurait principalement été motivé par l'exiguïté du logement occupé par la famille et que la requérante pourrait être regardée comme ayant la charge des enfants au sens de la législation fiscale pendant cette période. En outre, si la requérante dispose d'un droit d'hébergement à l'égard de ses enfants en vertu du jugement du 2 décembre 2021, ce droit doit être exercé au sein d'une association et non au domicile de l'intéressée. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de prendre en compte ces trois enfants pendant les périodes de leur placement à l'aide sociale enfance dans le cadre de l'appréciation de l'indemnité en application des dispositions.

8. En second lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 31 mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total quatre personnes à compter du 10 avril 2020, puis une personne à compter du 6 janvier 2021, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à la requérant une somme de 1 200 (mille deux cents) euros.

Sur les intérêts légaux :

9. La requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 30 janvier 2023, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.

Sur les frais d'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B A une somme de 1 200 euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 30 janvier 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, à Me Matiatou, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. E

N°2305421

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