mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302810 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | BROCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mars 2023 et le 7 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Brochard demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 72 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec intérêt à compter de la réception de la demande préalable d'indemnisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme
de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- par une décision du 13 février 2020, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par une ordonnance du 30 juin 2021, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; l'intéressée confirme avoir été relogée le 4 juillet 2023 ;
- s'agissant du refus de la proposition de relogement de janvier 2021 à Villejuif, la préfète n'établit pas que l'intéressée a été informée des conséquences de son refus sur la déchéance de son droit reconnu par la commission de médiation par la seule production de la fiche " Syplo " ; ce logement situé au deuxième étage d'un immeuble sans ascenseur ne lui était pas accessible en raison d'un " handicap moteur d'un membre " pourtant signalé dans la demande de logement social ; par ailleurs, ce refus ne saurait être opposé à l'intéressée compte tenu de l'ordonnance du 30 juin 2021 par laquelle le juge a enjoint à la préfète de reloger la requérante ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; son hébergement en résidence sociale ne doit pas être assimilé à un logement autonome ; elle est mère isolée avec un enfant, né le 28 décembre 2016 ; l'enfant a été reconnu handicapé et il fait l'objet d'un retard de développement ; elle a vécu dans un studio de 32 mètres carrés dans une résidence sociale Adoma pour une redevance de 117,74 euros, une fois déduite l'allocation logement ; ce logement est insalubre, dès lors qu'il a été infesté par des nuisibles et est affecté d'humidité ; l'enfant a été incommodé par les punaises ; cette situation a de lourdes répercussions sur sa vie quotidienne ; sa demande de logement social a une ancienneté de plus de six ans ; la crise de la covid-19 a aggravé l'intensité de son préjudice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête de Mme A.
Elle fait valoir que :
- l'intéressée occupait un logement d'une surface de 32 mètres carrés dans une résidence sociale ; la redevance correspondait à un taux d'effort de 12 pour cent ;
- l'intéressée a été relogée le 4 juillet 2023 dans un logement de type T3, pour un montant de 667 euros à Villejuif ; la candidature de la requérante a été présentée à trois reprises en commission d'attribution des logements ; la proposition de relogement le 15 décembre 2020 à Arcueil n'a pu aboutir faute d'attribution du logement à un tiers ;
- la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée pour une période postérieure
au 19 février 2021 ; la proposition de relogement en janvier 2021 à Villejuif a été refusée par la requérante, en raison de ce que l'appartement était au 2ème étage sans ascenseur ; ce refus n'est pas légitime car la demande de logement social indique seulement qu'elle a besoin d'une baignoire adaptée, et mentionne qu'elle peut monter les marches à plus d'un étage et qu'elle n'a pas besoin d'aide technique
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T2-T3, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 13 février 2020 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, par une ordonnance n° 2008246 du 30 juin 2021, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer son relogement, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er septembre 2021. En l'absence de relogement, Mme A a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue
le 11 janvier 2023, par la préfecture du Val-de-Marne. Le silence conservé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par la requête susvisée, Mme A demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 72 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressée ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A s'est vue reconnaître le 13 février 2020 un droit au logement opposable de type T2-T3 par la commission de médiation pour le motif suivant : " logée dans un logement de transition, dans un logement foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ". Par suite, la circonstance que Mme A et son fils ont été hébergés dans un studio d'une surface mesurant 32 mètres carrés au sein d'une résidence sociale Adoma pour une redevance représentative du coût d'occupation et du coût des prestations annexes ne constituant pas un taux d'effort excessif ne saurait délier l'administration de sans objet obligation à exécuter la décision de la commission de médiation en lui attribuant un logement autonome.
4. En deuxième lieu, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que la candidature de la requérante a été présentée à trois reprises en commission d'attribution des logements
(15 décembre 2020 à Arcueil, 16 février 2021 à Villejuif, 12 janvier 2022 à Villejuif) avant l'attribution effective d'un logement social le 4 juillet 2023. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que, postérieurement aux propositions retenues par les commissions d'attribution des logements du 15 décembre 2020 et du 16 février 2021, et par une ordonnance n° 2008246 du 30 juin 2021, le tribunal a enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'attribuer à Mme A avant le 1er septembre 2021 un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités. Dans ces conditions, il n'est pas possible de considérer que la préfète était déliée, à ces deux dates, de son obligation de relogement. D'autre part, la préfète du Val-de-Marne soutient en particulier que la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée pour une période postérieure
au 19 février 2021 dès lors que la proposition de relogement à Villejuif a été refusée par la requérante sans qu'elle justifie d'un motif impérieux. En l'espèce, il ressort du compte-rendu d'imagerie par résonnance magnétique du genou gauche de la requérante, établi
le 17 juillet 2020 par un praticien du centre d'imagerie médicale de Paris 13, que le compartiment fémoro-tibial médial de cette articulation fait apparaître une fissure horizontale du segment moyen de la corne postérieure du ménisque interne ainsi qu'un œdème en coin du plateau tibial interne témoignant d'une chondropathie focale. Il ressort du certificat médical établi le 19 novembre 2020 que le médecin traitant de Mme A, destinataire du compte-rendu précité, en conclut que l'intéressée doit pouvoir bénéficier d'un logement avec ascenseur compte tenu de sa pathologie de l'appareil locomoteur. Or, la préfète ne conteste pas que l'appartement en litige fût situé au deuxième étage dans un immeuble dépourvu d'ascenseur. Ainsi, la proposition de relogement adressée le 19 février 2021 à Mme A ne peut être regardée comme étant adaptée à ses capacités et à ses besoins. Par suite, la requérante doit être regardée comme ayant opposé un motif impérieux justifiant son refus de cette proposition de relogement. Enfin, il ne ressort pas de l'extrait de l'application " SYPLO " versé au débat que la requérante aurait refusé la proposition de relogement à Villejuif examinée par la commission d'attribution des logements du 12 janvier 2022 pour laquelle sa candidature a été classée en rang de priorité n° 2.
5. En troisième lieu, la préfète du Val-de-Marne verse aux débats un extrait de l'application " SYPLO " qui indique que Mme A a signé un bail le 4 juillet 2023 dans le cadre d'un relogement au sein d'un appartement de type T3 situé à Arcueil, ce que confirme la requérante dans son mémoire complémentaire qui précise avoir été relogée à cette date. Dans ces conditions, si Mme A est fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 4 juillet 2023.
6. En quatrième lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit trente-quatre mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat, née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total deux personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à Mme A une somme de 1 450 euros (mille quatre cent cinquante euros).
Sur les intérêts et la capitalisation :
7. Mme A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 11 janvier 2023, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
Sur les frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 1 450 euros au titre des dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 11 janvier 2023.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
C. RICHEFEU La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2302810
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026