mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2303847 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | COUSIN MIKOWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 avril 2023, le 29 novembre 2023, le 4 décembre 2023, et le 6 décembre 2023, Mme E B, représentée par Me Cousin A, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers frais et dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 296 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- par une décision du 31 octobre 2013, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- par un jugement du 29 octobre 2018, le tribunal a condamné une première fois l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle avait subi du fait de son non relogement pour la période allant du 30 avril 2014 au 29 octobre 2018 ; par un jugement du 27 juillet 2021, le tribunal a condamné une deuxième fois l'Etat à lui verser la somme de 4 800 euros en réparation des préjudices qu'elle avait subi du fait de son non relogement pour la période allant du 29 octobre 2018 au 27 juillet 2021 ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis, notamment du fait de l'état de suroccupation qu'il y avait jusqu'au décès de sa sœur, de la difficulté pour son fils de vivre dans le logement où il a découvert le corps inanimé de sa tante, des désordres de son logement et du congé pour vente dont elle fait l'objet ; sa sœur est décédée le 16 novembre 2020 ; elle supportait un loyer trop élevé par rapport à ses ressources.
- elle a été relogée dans un logement de type T4 adapté à ses besoins et capacités le 12 juin 2023 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requérante a été relogée le 12 juin 2023 dans un logement de type T4 situé à L'Haÿ-les-Roses dont le loyer est de 799 euros mensuels ;
- la requérante a refusé une proposition de logement le 26 mai 2021 sans motifs alors que le logement était adapté à ses besoins et capacités et qu'elle avait été dument informée que le refus de cette proposition peut lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation lui reconnaissance le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ce qui a pour conséquence de délier l'Etat de son obligation de relogement à compter du 26 mai 2021 ;
- si la requérante invoque des désordres dans son logement, elle ne s'y est maintenue que de son choix et l'Etat a, de plus, mis en œuvre la procédure relative à la présence de plomb ;
- le loyer résiduel étant de 403 euros pour des ressources mensuelles de 2 199 euros, le préjudice financier n'est pas caractérisé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus à l'audience publique :
- le rapport de M. Delmas ;
- les observations de Me Cousin A, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Me Cousin A conteste les modalités du calcul des capacités financières de la requérante. Elle précise que le montant de 2 199 euros retenu par la préfecture dans ses écritures est artificiel car il résulte de l'addition du salaire de Mme B quand elle était dans l'emploi en 2016 et du revenu de solidarité active qu'elle a acquis après sa perte d'emploi en 2018. Me Cousin A appelle l'attention sur la pièce 12 qui établit les désordres du logement en litige, ainsi que sur l'arrêté du 9 février 2023 pris pour sa remise en état ;
- la préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T3, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 31 octobre 2013 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. En l'absence de relogement, Mme B a saisi le tribunal d'une requête indemnitaire. Par un jugement n°1802996 du 29 octobre 2018, le tribunal a condamné l'Etat à lui verser une indemnité de 10 000 euros en réparation du préjudice résultant de son absence de relogement du 30 avril 2014 au 29 octobre 2018. En l'absence de relogement, la requérante a de nouveau saisi le tribunal. Par un jugement n°2006696 du 27 juillet 2021, le tribunal a condamné l'Etat à lui verser une indemnité de 4 800 euros en réparation du préjudice résultant de son absence de relogement du 29 octobre 2018 au 27 juillet 2021. Compte tenu de la persistance de la situation, Mme B a adressé à la préfète du Val-de-Marne une demande préalable d'indemnisation, reçue le 3 février 2023. La préfète du Val-de-Marne l'a rejetée implicitement. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
3. Il résulte de l'instruction que Mme B s'est vue reconnaître le 31 octobre 2013 un droit au logement opposable pour un logement de type T4 par la commission de médiation pour les motifs suivants : " Dépôt d'une demande de logement social sans proposition adaptée " et " Logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé(e) ".
4. En premier lieu, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que Mme B a refusé une proposition de logement sans motif impérieux le 26 mai 2021. Or, il ressort du jugement n°2006696 du 27 juillet 2021, dont il n'est pas contesté qu'il est devenu définitif faute d'avoir été frappé d'appel, que le refus opposé par la requérante à la proposition de relogement qui lui avait été adressée le 18 mai 2021 n'avait pas mis fin à l'engagement de la responsabilité de l'Etat à l'égard de Mme B. Ce jugement ayant acquis l'autorité de la chose jugée, la préfète du Val-de-Marne ne saurait utilement soutenir qu'un tel refus pouvait encore délier l'Etat de sa responsabilité. Par suite, il n'y a pas lieu de limiter la période de carence fautive au 26 mai 2021.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que postérieurement au décès de la sœur de Mme B, la requérante doit être regardée comme occupant son logement avec ses deux enfants mineurs. Or, la surface habitable du logement de Mme B mesurant 32,50 mètres carrés, alors que le seuil de suroccupation fixé par les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation pour un foyer de trois personnes est de 25 mètres carrés. Dans ces conditions, le logement qu'occupait Mme B avant son relogement n'était plus, à compter de la date du décès de la sœur de la requérante, en état de suroccupation. Toutefois, d'une part, Mme B verse au dossier un arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 9 février 2023, qui atteste de ce que le logement qu'elle occupait présentait un risque d'intoxication par le plomb à cause des peintures de ce même logement. En outre, la requérante produit un rapport du 27 octobre 2022 établi par un expert de l'organisme Soliha qui relève l'existence d'un signalement en date du 27 octobre 2022 à l'agence régionale de santé pour suspicion de présence de plomb. L'expert constate que l'installation électrique remaniée n'est pas sécurisée, que les revêtements de certaines parties des murs de la chambre son dégradés, que les peintures écaillées sont susceptibles d'exposer les enfants aux sels de plomb, que le système de ventilation est manifestement déficient, et que le chauffe-eau est sous-dimensionné. Si la préfète en défense fait valoir que l'État a mis en œuvre la procédure relative à la présence de plomb, l'engagement d'une telle procédure ne suffit pas, à elle-seule, à supprimer le risque d'exposition au plomb relevé dans le rapport du 27 octobre 2022. D'autre part, il résulte de l'instruction que le logement ne comporte qu'une seule chambre alors que la requérante occupe le logement avec sa fille et son garçon. Dans ces conditions, Mme B doit être regardée comme ayant occupé avec ses deux enfants mineurs un logement à la fois inadapté et non-décent. Dès lors, la requérante est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à la reloger.
6. En troisième lieu, il est constant que Mme B a été relogée dans un logement de type T4 qui répond à ses besoins et capacités. Dans ces conditions, l'Etat doit être regardé comme ayant été délié de son obligation de relogement à l'égard de Mme B à compter du 13 juin 2023. Par suite, si la requérante est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à la reloger, la période de responsabilité de l'Etat doit être regardée comme s'achevant le 13 juin 2023.
En ce qui concerne la réparation du préjudice :
7. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 22 mois du précédent jugement n°2006696 du 27 juillet 2021 jusqu'au relogement de la requérante, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total 3 personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à Mme B une somme de 1 400 (mille quatre cents) euros.
Sur les frais d'instance :
8. En premier lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
9. En second lieu, en l'absence de justification de dépens exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une somme de 1 400 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026