mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2304124 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | BAGUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Baguet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 42 600 euros sauf à parfaire en réparation des préjudices elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec intérêts depuis le 23 février 2023 et capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- par une décision du 11 janvier 2018, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par un jugement du 11 février 2019, le tribunal a enjoint sous astreinte à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement adapté ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis, notamment du fait de l'ancienneté de sa demande de logement social et de l'humidité de son logement actuel depuis un dégât des eaux ; elle a fait l'objet d'un jugement d'expulsion le 16 février 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée dans la mesure où Mme A ne fait pas valoir qu'elle vit dans un logement inadapté à ses capacités car celle-ci ne fait état que d'un taux d'effort de 1% au vu des ressources dont elle bénéficie réellement ;
- Mme A a été relogée le 13 juin 2023 ;
- Mme A a refusé un logement qui lui a été proposé le 20 avril 2023 sans motif impérieux.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T3-T4, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 11 janvier 2018 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, par un jugement n° 1809049 du 11 février 2019 pris sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée avant le 1er mai 2019. En l'absence de relogement, Mme A a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 23 février 2023 par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme A demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 42 600 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
3. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.
4. Il résulte de l'instruction que par une décision du 11 janvier 2018, Mme A s'est vu reconnaître un droit au logement opposable par la commission de médiation du Val-de-Marne pour le motif suivant : " attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ". Ainsi, pour pouvoir prétendre à une indemnisation, il appartient à Mme A de démontrer que le logement qu'elle occupe est inadapté à ses capacités financières ou aux besoins de son foyer familial.
5. En premier lieu, il est constant que le délai d'attente d'un logement social par Mme A a excédé le délai de trois ans, fixé par arrêté préfectoral. En outre, il ressort de son contrat de bail que son logement ne comporte, outre l'entrée, une salle d'eau, des sanitaires et une cuisine, qu'un séjour et deux chambres. Or il résulte de l'instruction que Mme A a la charge de trois enfants, de genre différent et âgés respectivement de 17 ans, de 19 ans et de 20 ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'âge des enfants, de leur genre et de leur degré d'autonomie, le logement occupé par l'intéressé doit être regardé comme générant une promiscuité non compatible avec le bon développement des enfants. Ainsi, et pour ce seul motif, le logement occupé par Mme A et sa famille est inadapté à ses besoins familiaux et ceux des membres de son foyer familial. Si la préfète fait valoir que le logement de l'intéressée n'est pas suroccupé au sens des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation et que compte tenu de ses ressources, le coût du loyer ne constitue pas un taux effort excessif, cette double circonstance est dans les circonstances de l'espèce sans incidence sur l'appréciation de la responsabilité de l'Etat. Dès lors, Mme A est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat au titre de la carence fautive à la reloger ainsi que sa famille.
6. En second lieu, le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre au demandeur de logement social le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
7. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que Mme A a accepté une proposition de logement et qu'elle a signé un contrat de bail le 13 juin 2023. Cependant, la préfète soutient également que la requérante a préalablement refusé une proposition de relogement qui lui a été adressée le 20 avril 2023 sans opposer de motif impérieux. Au soutien de son moyen, la préfète verse un extrait de l'application " Syplo " qui précise que la candidature de l'intéressée a été retenue en rang de priorité n° 1 par la commission d'attribution des logements de l'opérateur Sa Hlm Immobilière 3F du 22 mai 2023 pour un logement de taille T4 et un loyer de 671 euros à Savigny-sur-Orge que Mme A a refusé. Mme A à laquelle le mémoire en défense et ses pièces jointes ont été communiqués n'a apporté aucun démenti à cette information et à ces pièces. Ainsi, la requérante doit être regardée comme ayant refusé une proposition de relogement sans avoir justifié un tel refus par un motif impérieux. En outre, la requérante a bénéficié d'une première information au bas de la décision de la commission de médiation selon laquelle " le refus d'une proposition adaptée " peut " faire perdre le caractère de priorité et d'urgence " du " relogement qui est reconnu commission de médiation ". Elle n'indique pas ne pas avoir reçu du bailleur social la mise en garde prévue à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, il n'y a pas lieu d'opposer à l'administration le défaut d'information préalable cité au point 6 du présent jugement. Dès lors, si Mme A est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à la reloger, la période d'engagement de la responsabilité de l'Etat doit être regardée comme s'achevant le 20 avril 2023.
En ce qui concerne la réparation du préjudice :
8. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 57 mois, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total 4 personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 4 750 (quatre mille sept cents cinquante) euros.
Sur les intérêts et la capitalisation :
9. En premier lieu, la requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 23 février 2023, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
10. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Toutefois, il n'y a pas lieu de faire droit à cette demande dans la mesure où la capitalisation des intérêts ne sera due qu'à une date postérieure à la date de lecture du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 4 750 euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 23 février 2023.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026