Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mai 2023 et le 9 décembre 2023,
Mme B... C... doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de
l’année 2021.
Elle soutient que l’administration a méconnu la garantie prévue par l’article L. 80 B du livre des procédures fiscales dès lors qu’elle a pris, dans deux courriers électroniques du
21 avril 2021 et du 30 avril 2021, une position formelle écrite, non équivoque sur sa situation de fait en lui indiquant que le taux de 7,5 % et non le barème progressif de l’impôt sur le revenu était applicable à sa situation.
Par deux mémoires en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 17 novembre 2023, 25 mars 2024 et 13 janvier 2026, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le moyen soulevé par la requérante n’est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Teste,
- et les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Mme C... a déposé sa déclaration de revenus de l’année 2021 en portant la somme de 16 653 euros en case AI « Pension en capital des nouveaux PER », correspondant, selon elle, au déblocage anticipé d’un plan d’épargne Prefon. A la suite d’un rôle établi le 6 juillet 2022, le service a imposé les fonds de Mme C... débloqués au titre du plan d’épargne retraite en lui appliquant le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Après avoir adressé une première réclamation le 19 décembre 2022, reçue le 23 décembre suivant, qui aurait été égarée par le service, Mme C... a transmis une nouvelle réclamation le 15 mars 2023. Par une décision du
27 mars 2023, l’administration a rejeté la réclamation présentée par Mme C.... Par la présente requête, Mme C... doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2021 en tant qu’il lui est appliqué le barème progressif de l’impôt sur le revenu et non le taux d’imposition annoncé par l’administration de 7,5 %.
Aux termes de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales : « Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. (…) ». L’article L. 80 B du livre des procédures fiscales dispose que : « La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. (…) ». Aux termes de l’article 350 terdecies de l’annexe III du code général des impôts : « I. Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. ».
Tout d’abord, si Mme C... se prévaut d’une prise de position de l’administration quant à l’imposition des fonds débloqués au titre de son plan d’épargne retraite, l’imposition contestée est une imposition primitive de sorte que la requérante ne peut utilement se prévaloir d’une prise de position de l’administration qui concerne exclusivement les rehaussements d’une imposition antérieure.
En tout état de cause, il résulte de l’instruction, d’une part, que Mme D..., contrôleure principale des finances publiques, a adressé un courrier électronique à la requérante le 21 avril 2021 aux termes duquel elle lui reproduisait des informations émanant d’une brochure fiscale relatives au rachat de la PREFON, à savoir que le rachat de ces prestations de retraite en capital devait être déclaré aux lignes « 1at à 1dt », de source française ou étrangère, pour lesquelles elle optait pour l’imposition au taux forfaitaire de 7,5 %. Ce courrier électronique ajoutait que cette option pouvait notamment être exercée lorsque le contribuable demande le versement de la totalité de son PERP sous forme de capital pour l’affecter à l’acquisition d’une résidence principale en première accession ou lorsqu’il demande le versement de 20 % de la valeur de rachat de son PERP ou de son contrat PREFON. Enfin, le courrier électronique détaillait les conditions à remplir pour obtenir l’imposition forfaitaire au taux de 7,5 %, à savoir que le versement du capital ne doit être fractionné et que les cotisations versées pendant la phase de constitution des droits doivent avoir été déductibles du revenu imposable ou être afférentes à un revenu exonéré de droits dans l’Etat où il doit être imposé. Dans ces conditions, par ce courrier électronique, l’administration ne peut être regardée comme ayant pris explicitement une position formelle sur la situation de fait de
Mme C..., celle-ci se bornant à rappeler des informations figurant dans une brochure fiscale. En tout état de cause, ce courrier électronique ne prend pas position au regard d’un texte fiscal, celui-ci ne citant aucune disposition du code général des impôts permettant de bénéficier d’un taux de 7,5% en cas de déblocage du capital issu d’un PREFON.
D’autre part, à la suite du courrier électronique adressé le 22 avril 2021 par
Mme C... ayant pour objet de demander à l’administration fiscale explicitement si le taux de 7,5 % était bien applicable, Mme A..., agent administratif principal, lui a répondu, par un courrier électronique du 30 avril 2021, que son capital PREFON serait bien imposé au taux de 7,5 % et que, pour cela, la requérante devait inscrire son montant dans la ligne « 1AT » de sa déclaration de revenus. Néanmoins, cette réponse a été apportée par un agent de catégorie C qui ne peut engager l’administration fiscale, seuls les agents de catégorie A ou B étant compétents pour fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications en application des dispositions précitées de l’article 350 terdecies de l’annexe III du code général des impôts. Dès lors, Mme C... n’est pas fondée à soutenir que l’administration fiscale aurait pris une position formelle explicite dans ses deux courriers, qui constituerait une garantie opposable en application de l’article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
Il résulte de tout ce qui précède, alors que Mme C... ne conteste pas le bien-fondé de l’application du barème progressif de l’impôt sur le revenu par l’administration, qu’elle n’est pas fondée à solliciter la décharge des cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Janicot, présidente,
M. Delamotte, conseiller,
M. Teste, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2026.
Le rapporteur,
Signé : H. TESTE
La présidente,
Signé : M. JANICOT
La greffière,
Signé : V. DAVID
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,