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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305304

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305304

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305304
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre DALO
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. B F et Mme J, agissant en leurs noms personnels et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs M. E F, Mme A F et M. C F, représentés par Me Partouche-Kohana, demandent au tribunal, de condamner l'Etat à leur verser une somme de 40 000 euros avec intérêts au taux légal en réparation de leur préjudice moral et des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence, et une somme de 60 000 euros avec intérêts au taux légal en réparation du préjudice moral et des troubles de toute nature subis par les jeunes E, A et C, résultant de la carence des services de l'Etat à assurer leur relogement bien que leur demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation.

Ils soutiennent que :

- par une décision du 28 novembre 2019, la commission de médiation a reconnu leur demande de logement comme prioritaire et urgente ;

- par une ordonnance du 9 juin 2021, le tribunal a enjoint, sous astreinte, à l'autorité préfectorale de leur attribuer un logement de type T4 ;

- ils sont demandeurs de logement social depuis le 29 décembre 2014 ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré leur relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- ils ont droit à l'indemnisation des préjudices subis en raison des troubles dans ses conditions d'existence, notamment du fait qu'ils vivent, avec leurs quatre enfants mineurs, dans un logement suroccupé dans lequel des moisissures et des cafards sont présents ;

- aucune offre de relogement ne lui a été proposée.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Delmas ;

- et les observations de Me Cousin G substituant Me Partouche-Kohana, représentant M. F et Mme D absents, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F a été reconnu prioritaires et devant être relogé en urgence dans un logement de type T4, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 28 novembre 2019 de la commission de médiation du droit au logement opposable. Saisi par M. F, le tribunal a, par une ordonnance du 9 juin 2021, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du

Val-de-Marne d'assurer le relogement des intéressés, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er août 2021, sous une astreinte de 250 euros par mois de retard. En l'absence de relogement, M. F et Mme D ont adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 26 janvier 2023, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par leur requête, M. F et Mme D demandent au tribunal la condamnation de l'Etat à leur verser une somme totale de 100 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis, avec leurs enfants mineurs, du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

En ce qui concerne les demandes indemnitaires de Mme D :

3. Il résulte de l'instruction que M. F s'est vu reconnaître le droit au logement opposable par une décision du 28 novembre 2019 par la commission de médiation du

Val-de-Marne. A cet égard, dans la mesure où cette décision n'assigne au préfet une obligation de résultat qu'au bénéfice de M. F, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les demandes indemnitaires de M. F :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. F s'est vu reconnaître le 28 novembre 2019 un droit au logement opposable par la commission de médiation pour les motifs suivants : " Logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec un enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé " et " Attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ". Or, ils n'ont pas été relogés avec leurs enfants, à la date du présent jugement.

5. En second lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit quarante-six mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total 5 personnes puis 6 personnes à compter du 18 avril 2022, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser aux requérants une somme de 5 300 (cinq mille trois cents) euros.

Sur les intérêts légaux :

6. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal à compter du 26 janvier 2023, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. F une somme de 5 300 euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 26 janvier 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F et de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et Mme J, à Me Cousin G, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. I

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. I

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