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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306218

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306218

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306218
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre DALO
Avocat requérantCHAMPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2023, M. A D, représenté par Me Champain, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- par une décision du 28 août 2014, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par un jugement du 30 novembre 2015, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement de type T5, sous une astreinte de 600 euros par mois de retard ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'intéressé a droit à l'indemnisation des préjudices subis, évalués à 10 000 euros, notamment du fait que, demandeur d'un logement social depuis le 30 octobre 2009, il vit, avec son épouse et leurs deux enfants mineurs, dans un logement de type T2 de 42 mètres carrés, qui est inadapté à ses besoins et capacités ; par sa superficie, il est trop petit pour loger quatre personnes ; l'état de détérioration du logement a été évalué par deux rapports de constatations de l'inspection Hygiène et Salubrité de la ville de Maisons-Alfort, établis le 2 juin 2015 et le 24 juin 2022 ;

- reconnu avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80% par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne dans une décision du 6 février 2024, l'intéressé, qui a été diagnostiqué d'un cancer en avril 2023, souffre d'un état de santé précaire dont les causes sont multifactorielles, à savoir un traumatisme nécessitant un traitement conséquent, une dépression, des séquelles articulatoires multiples et des troubles respiratoires, rendant ainsi son logement inadapté à son état de santé ; situé dans le parc privé, le loyer, fixé à 950 euros, en sus d'une facture énergétique s'élevant à 204 euros par mois, est inadapté à ses capacités financières dont les ressources reposent, en l'absence d'activité salariée en raison de son handicap, sur l'allocation pour adultes handicapés et les allocations de logement et familiales pour un montant mensuel de 1 600 euros.

La requête de M. D a été communiqué à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense ni de bordereau de pièces.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement de type T5, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 28 août 2014 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressé, le tribunal a, par un jugement du 30 novembre 2015, prise sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressé, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 30 avril 2016, sous une astreinte. En l'absence de relogement, M. D a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 2 mars 2023, par la préfète du Val-de-Marne. Le silence conservé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par la requête susvisée, M. D demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

3. Il résulte de l'instruction que M. D s'est vu reconnaître le 28 août 2014 un droit au logement opposable par la commission de médiation pour les motifs suivants : " Logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapé(e) " ; " Attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ".

4. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence. Ainsi, pour pouvoir prétendre à une indemnisation, il appartient à M. D de démontrer que le logement qu'il occupe est inadapté à ses capacités financières ou aux besoins de son foyer familial.

5. D'une part, M. D, qui a été reconnu avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80% par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées

du Val-de-Marne dans une décision du 6 février 2024, soutient avoir été diagnostiqué d'un cancer en avril 2023 et souffrir d'un état de santé précaire dont les causes sont multifactorielles, à savoir un traumatisme nécessitant un traitement conséquent, une dépression, des séquelles articulatoires multiples et des troubles respiratoires, rendant ainsi son logement inadapté à son état de santé. Toutefois, il ressort du contrat de bail produit que l'appartement se situe au premier étage et qu'il est desservi par ascenseur. Ainsi, le requérant ne démontre pas que les handicaps résultant de ses pathologies rendraient son logement inadapté à son usage. En outre, M. D fait valoir que le logement qu'il occupe est dans un état de détérioration avancé. Toutefois, les rapports de constatations de l'inspection Hygiène et Salubrité de la ville de Maisons-Alfort précités, établis le 2 juin 2015 et le 24 juin 2022, notamment ce dernier, se bornent à constater une vétusté du système électrique et de certaines huisseries ainsi que l'état dégradé de certaines peintures liées à un dégât des eaux dans le local sus-jacent. Cependant, ils ne relèvent aucun problème d'humidité, ni ne pointent une situation de danger. Dans ces conditions, et par les seules pièces produites à l'instance, M. D ne peut être regardé comme ayant établi que son logement serait non décent, insalubre, indigne ou dangereux. Par suite, M. D ne démontre pas par les seules pièces qu'il produit que le logement qu'il occupe serait inadapté aux besoins de son foyer familial.

6. D'autre part, M. D soutient que le loyer excède ses capacités financières. Toutefois, il résulte de l'instruction que le loyer du logement occupé par le requérant, ainsi que ses charges locatives, s'élèvent à 950 euros par mois, auquel s'ajoute une consommation d'électricité. En outre, il ressort de l'attestation établie le 27 février 2023 par le directeur de la caisse des allocations familiales du Val-de-Marne que l'intéressé perçoit une allocation de logement pour un montant de 507 euros. Enfin, il ressort de cette même attestation que l'intéressé, qui ne peut travailler en raison de son handicap, perçoit l'allocation aux adultes handicapés pour un montant de 965,65 euros et des allocations familiales avec conditions de ressources pour un montant de 139,83 euros. Dans ces conditions, et compte tenu des éléments produits par le requérant, il résulte de l'instruction que le ratio entre le coût du logement et les ressources du ménage constitue un taux d'effort excessif. Par suite, M. D démontre que le logement qu'il occupe serait inadapté à ses capacités financières. Dans ces conditions, M. D doit être regardé comme ayant établi l'existence d'un trouble dans les conditions d'existence du fait de son non-relogement par l'Etat dans le délai imparti.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à le reloger.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

8. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit cent huit mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation en ce qui concerne M. D, son épouse et le jeune B, et soit quatre-vingt-dix-sept mois en ce qui concerne la jeune C née

le 24 janvier 2016, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence de M. D en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 8 800 (huit mille huit cents) euros.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D une somme de 8 800 (huit mille huit cents) euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. E

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