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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307255

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307255

mercredi 26 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307255
TypeDécision
Formation7ème chambre
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, Mme C D A, représentée par Me Stephan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet de la Seine-et-Marne d'avoir communiqué l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne pourra pas bénéficier de manière effective d'un traitement approprié à son état de santé en Côte d'Ivoire.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence, faute pour son auteur de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, pour les mêmes motifs que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence, faute pour son auteur de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 21 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Prissette.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante ivorienne, est entrée sur le territoire français le 10 novembre 2018 munie d'un visa de court séjour. Elle a bénéficié d'un titre de séjour du 10 décembre 2021 au 9 décembre 2022. Par un arrêté du 7 avril 2023, le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de délivrance d'une carte de séjour sollicitée sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

4. En l'espèce, pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A, le préfet de la Seine-et-Marne a relevé, en se fondant sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration établi le 23 mars 2023, que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est suivie depuis 2019 par le service de maladies infectieuses et tropicales du Grand hôpital de l'Est francilien en raison d'une infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), décrite dans le certificat médical établi le 9 mai 2022 et versé au dossier comme une " pathologie longue durée pour laquelle des soins continus sont nécessaires et dont le défaut pourrait engager le pronostic vital ". En l'espèce, Mme A établit par les comptes-rendus de consultation qu'elle produit que son traitement actuel se compose de Delstrigo et Uvedose et elle verse au dossier deux certificats médicaux des 19 avril 2023 et 19 octobre 2023 établis par son infectiologue ainsi qu'une attestation du laboratoire pharmaceutique MSD France dont il ressort que le Delstrigo n'est pas commercialisé en Côte d'Ivoire, sans que ces éléments ne soient contredits par le préfet de la Seine-et-Marne. En outre, Mme A, qui produit des résumés des caractéristiques de ces médicaments extraits de la base " Vidal ", soutient également sans être contredite que la trithérapie Delstrigo est un nouvel antirétroviral composé notamment de Doravirine, molécule présente dans seulement deux médicaments, le Delstrigo et le Pifeltro, tous deux non commercialisés en Côte d'Ivoire. Enfin, il ressort des comptes-rendus médicaux versés au dossier que si l'intéressée a suivi un autre traitement du 15 juin 2011 au 12 décembre 2019, composé de la trithérapie Efavirenz, Emtricitabine et Ténofovir (Atripla), l'administration de ces thérapeutiques a dû être arrêtée en raison d'un risque de toxicité. Dans ces conditions Mme A doit être regardée comme apportant des éléments suffisants pour remettre en cause l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel elle pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision par laquelle le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, et par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. Par application de ces dispositions, il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Stephan, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Stephan de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-et-Marne du 7 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Me Stephan une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Stephan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D A, à Me Stephan et au préfet de la Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, ministre d'Etat.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Combier, conseiller,

Mme Prissette, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2025.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,1

N° 230232121

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