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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308298

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308298

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY - BF2A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une protestation et un mémoire, enregistrés les 7 août 2023 et 12 avril 2024, le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne, représenté par Me Boussoum, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les opérations électorales qui se sont tenues le 8 décembre 2022 en vue de la désignation des représentants du personnel à la commission consultative paritaire du conseil départemental de Seine-et-Marne ;

2°) d'enjoindre au département de Seine-et-Marne d'organiser de nouvelles opérations électorales en vue de cette désignation ;

3°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision rejetant expressément son recours administratif préalable obligatoire est entachée d'un défaut de signature manuscrite de son auteure ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- seize agents inscrits sur la liste des votants par correspondance ont été empêchés de voter, faute de réception en temps utile du matériel de vote ;

- le procès-verbal du scrutin du 8 décembre 2022 n'a pas été régulièrement signé par deux personnes ayant tenu un bureau de vote.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 mars 2024 et 29 avril 2024, présentés par Me de Faÿ, le département de Seine-et-Marne, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la protestation et à ce que soit mise à la charge du syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la protestation est irrecevable en raison de sa tardiveté et du défaut d'intérêt à agir du syndicat ;

- à titre subsidiaire, aucun moyen n'est fondé.

Par une ordonnance du 16 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 avril 2024 à midi.

Un mémoire, présenté par le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne a été enregistré le 30 mai 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 ;

- le décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de Me Lejars-Riccardi, substituant Me Boussoum, représentant le requérant et celles de Me Belal-Cordebar, substituant Me de Faÿ, représentant le département de Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue des opérations électorales qui se sont déroulées le 8 décembre 2022 en vue de la désignation des représentants du personnel à la commission consultative paritaire du conseil départemental de Seine-et-Marne, la liste CGT a recueilli 90 suffrages et a obtenu 4 sièges, la liste CFDT a recueilli 51 suffrages et a obtenu 2 sièges, et enfin la liste CFE-CGC a recueilli 45 suffrages et a obtenu 1 siège. Le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne a contesté ce résultat en formant le 13 décembre 2022 un recours préalable auprès de la présidente du bureau central de vote du département. Cette autorité a rejeté expressément ce recours par courriel du 21 décembre 2022. Par la présente protestation, le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les opérations électorales du 8 décembre 2022.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la protestation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 du décret du 23 décembre 2016 relatif aux commissions consultatives paritaires de la fonction publique territoriale : " La désignation des représentants des commissions consultatives paritaires est régie par les articles 9, 10, 13 bis, 17-1, 17-2, 18 à 22 et 25 du décret du 17 avril 1989 susvisé et par les dispositions du présent chapitre ". Et aux termes de l'article 25 du décret du 17 avril 1989 modifié relatif aux commissions administratives paritaires des collectivités territoriales et de leurs établissements : " Sans préjudice des dispositions du dernier alinéa du I de l'article 9 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, les contestations sur la validité des opérations électorales sont portées dans un délai de cinq jours francs à compter de la proclamation des résultats devant le président du bureau central de vote puis, le cas échéant, devant la juridiction administrative. Le président du bureau de vote central statue dans les quarante-huit heures. Il motive sa décision. Il en adresse immédiatement une copie au préfet ". Il résulte de ces dispositions que le délai de cinq jours francs qu'elles prévoient ne s'applique qu'au recours préalable présenté devant le président du bureau de vote central. En cas de rejet de ce recours préalable, l'auteur de la protestation peut ensuite saisir la juridiction administrative dans le délai de droit commun de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

3. D'autre part, en vertu de son article L. 100-1, le code des relations entre le public et l'administration " régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables ". Et aux termes de l'article L. 100-3 de ce code, le " public " s'entend de " toute personne morale de droit privé, à l'exception de celles qui sont chargées d'une mission de service public lorsqu'est en cause l'exercice de cette mission ". De plus, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Et aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : /()/ 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ; /()/ ". Aucune disposition du décret du 17 avril 1989 susvisé ne prévoit de dérogations aux règles de droit commun fixées par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, applicables au présent litige. Dès lors, l'expiration du délai de quarante-huit heures imparti au président du bureau de vote central pour statuer sur la contestation portant sur la validité des opérations électorales n'emporte pas dessaisissement de cette autorité, et une décision implicite de rejet de ce recours n'est susceptible de naître qu'à l'expiration du délai de deux mois à compter de la réception de ladite contestation.

4. Il résulte de l'instruction que le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne a saisi la présidente du bureau de vote central d'une contestation du scrutin du 8 décembre 2022 par courrier du 13 décembre 2022, reçu le lendemain, soit dans le délai du cinq jours francs à compter de la proclamation des résultats, prescrit par l'article 25 du décret du 17 avril 1989 susvisé. Cette autorité a rejeté expressément ce recours administratif préalable par courriel du 21 décembre 2022, soit avant la naissance d'une décision implicite de rejet. Ainsi, la décision expresse de rejet du 21 décembre 2021, qui ne peut être regardée comme étant confirmative d'une décision implicite de rejet, est susceptible de recours.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision expresse du 21 décembre 2022 visée au point 4 ne comportait pas la mention des voies et des délais de recours. Par suite, le délai de recours contentieux de droit commun de deux mois n'était pas opposable au requérant.

7. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Ces règles sont également applicables à la contestation des décisions non réglementaires qui ne présentent pas le caractère de décisions individuelles, lorsque la contestation émane des destinataires de ces décisions à l'égard desquels une notification est requise pour déclencher le délai de recours.

8. La règle énoncée ci-dessus, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient, dès lors, au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.

9. Il résulte de l'instruction que le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne, informé par courriel du 21 décembre 2022 de la décision de la présidente du bureau de vote central rejetant sa contestation, n'a saisi le tribunal de la présente protestation que le 7 août 2023. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des impératifs de sécurité juridique attachés aux opérations électorales professionnelles justifiant que ne soit pas mise en péril la stabilité des situations individuelles réglées après avis obligatoire de la commission consultative paritaire mise en place à la suite des élections du 8 décembre 2022 et alors que le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, il y a lieu de regarder la présente protestation comme excédant le délai raisonnable durant lequel elle pouvait être exercée. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la protestation opposée par le département de Seine-et-Marne, doit être accueillie.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin s'examiner l'autre fin de non-recevoir soulevée en défense, tirée du défaut d'intérêt à agir du syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne, que la protestation doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Seine-et-Marne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne la somme demandée par le département de Seine-et-Marne sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La protestation du syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département de Seine-et-Marne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CFDT Interco de Seine-et-Marne et au département de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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