Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311494
mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2311494 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge ;
2°) d'annuler la décision du 5 février 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, après avis de la commission de recours amiable, a confirmé l'indu de prime d'activité mis à sa charge ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de rembourser le solde des deux indus ;
4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne et au département de Seine-et-Marne de lui restituer les sommes récupérées au titre des deux indus ;
5°) de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du jour où la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a cessé son versement ;
6°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne et de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, chacun en ce qui le concerne, la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la caisse d'allocations familiales ne démontre pas avoir saisi la commission de recours amiable pour statuer sur sa situation au regard de la prime d'activité ; par ailleurs, la caisse ne démontre pas que la commission de recours amiable s'est réunie dans des conditions régulières de convocation, de composition et de quorum, conformément aux exigences du paritarisme ;
- le département ne démontre pas avoir saisi la commission de recours amiable pour statuer sur sa situation au regard du revenu de solidarité active ;
- la preuve du versement effectif des sommes indues n'est pas apportée ;
- la décision attaquée ne mentionne aucun élément de nature à fonder l'indu ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait dès lors qu'elle remplit l'ensemble des conditions d'attributions du revenu de solidarité active et de prime d'activité.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête de Mme A.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;
- l'indu de revenu de solidarité active initialement détecté le 5 avril 2023 a fait l'objet d'une régularisation et toute contestation au fond n'a dès lors plus d'objet ;
- la demande de remboursement de la prime d'activité a fait l'objet d'une remise totale de dette.
La requête de Mme A a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 20 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés :
- de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant total de 2 390,13 euros en tant seulement qu'elles portent sur un montant de 2 128,16 euros dès lors que l'indu initial a été annulé pour un montant de 1 342,24 euros, le 18 avril 2023, et qu'une remise partielle d'un montant de 785,92 euros a été accordée le 5 juin 2023, soit avant l'introduction de la requête ;
- du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision expresse prise sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre de l'indu de prime d'activité mis à sa charge d'un montant total de 248,29 euros dès lors qu'une remise totale de cette dette a été accordée le 5 juin 2023.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Avirvarei, conseillère.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a bénéficié de plusieurs allocations et notamment du revenu de solidarité active et de la prime d'activité. A l'issue d'un contrôle réalisé par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne en février 2023, la caisse a demandé à Mme A, le 5 avril 2023, le reversement d'un trop-perçu de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant de 2 638,42 euros. Par un recours administratif préalable obligatoire du 13 avril 2023, Mme A a contesté le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité. Par une décision du 5 février 2024, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, après avis de la commission de recours amiable, a confirmé l'indu de prime d'activité mis à sa charge. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge et la décision explicite du 5 février 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de prime d'activité mis à sa charge.
Sur l'indu de prime d'activité :
2. Si une remise totale de dette de prime d'activité a été accordée à Mme A par une décision du 5 juin 2023, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne en a informé la requérante avant l'introduction de la requête. Cette information doit donc être regardée comme n'ayant été portée à la connaissance de Mme A qu'au cours de la présente instance. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 février 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, après avis de la commission de recours amiable, a confirmé l'indu de prime d'activité mis à la charge de Mme A.
Sur l'indu de revenu de solidarité active :
En ce qui concerne la somme en litige :
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des captures d'écran produites par Mme A, que si le montant de l'indu de revenu de solidarité active retenu initialement s'élevait à 2 390,13 euros, la caisse d'allocations familiales a procédé, en premier lieu, le 18 avril 2023, à une régularisation de l'indu sur la période de décembre 2022 à mars 2023 en annulant la somme de 1 342,24 euros, et en second lieu, le 5 juin 2023 à une remise partielle de dette d'un montant de 785,92 euros. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge étaient sans objet dès l'introduction de sa requête à concurrence d'un montant de 2 128,16 euros (1 342,24 + 785,92) et, dans cette mesure, irrecevables.
4. En revanche, la circonstance que le surplus de l'indu ait été prélevé sur ses prestations ne prive pas d'objet les conclusions du recours de Mme A relatives à ce surplus dès lors que l'annulation partielle de la décision implicite en litige confirmant l'indu serait de nature, le cas échéant, à entraîner la restitution des sommes retenues sur ses prestations.
5. Il résulte de ce qui précède que le montant de l'indu de revenu de solidarité active restant en litige s'élève à la somme de 261,97 euros (2 390,13 - 2 128,16).
En ce qui l'indu d'un montant de 261,97 euros :
6. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes du I de l'article L. 262-25 du même code : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale () ".
7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.
8. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
9. En l'espèce, il ne ressort pas de la convention de gestion signée entre le département de Seine-et-Marne et la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, publiée au recueil des actes administratifs le 24 décembre 2021 et applicable au cas d'espèce, que les contestations relatives au bien-fondé de l'indu et les demandes de remise de dette de revenu de solidarité active soient dispensées d'un avis de la commission de recours amiable conformément à l'article R. 262-89 précité. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence notamment de production en défense du département de Seine-et-Marne, que le département aurait donné suite à la demande de saisine de la commission de recours amiable formulée par Mme A le 20 avril 2023, l'intéressée est fondée à soutenir que la décision litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure qui l'a privée d'une garantie et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
10. Il s'ensuit que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au département de Seine-et-Marne de rembourser les sommes déjà recouvrées à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sauf à régulariser la décision de récupération d'indu dans ce délai.
En ce qui concerne la suppression du droit aux revenu de solidarité active :
11. Si Mme fine demande de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du jour où la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a cessé son versement, elle n'assortit ces conclusions d'aucun moyen spécifique. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 1 200 euros à verser au conseil de Mme A, Me Bapceres, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 5 février 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, après avis de la commission de recours amiable, a confirmé l'indu de prime d'activité.
Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge sont irrecevables en tant qu'elles concernent la somme de 2 128,16 euros.
Article 3 : La décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active est annulée en tant qu'elle confirme l'indu mis à la charge de Mme A à concurrence d'un montant de 261,97 euros.
Article 4 : Il y a lieu d'enjoindre au département de Seine-et-Marne de rembourser la somme déjà recouvrée à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sauf à régulariser la décision de récupération d'indu dans ce délai.
Article 5 : Le département de Seine-et-Marne versera une somme de 1 200 euros au conseil de Mme A, Me Bapceres, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bapceres renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département de Seine-et- Marne, à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
A. Avirvarei
Le président,
X. PottierLa greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne et à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2311494
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026