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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2401489

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401489

mardi 4 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401489
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation11ème chambre, JU
Avocat requérantBENAZETH-GREGOIRE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun rejette la requête de M. E... contestant le refus de délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement ». Le juge estime que les conditions fixées par l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles et l’arrêté du 3 janvier 2017 ne sont pas remplies, le requérant ne justifiant pas d’une réduction importante et durable de sa capacité de déplacement à pied ni de la nécessité d’être accompagné. La décision du 5 décembre 2023 du président du conseil départemental de Seine-et-Marne est donc confirmée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2024 sous le n° 2401489, et un mémoire complémentaire enregistré le 23 octobre 2024, M. A... E..., représenté par Me Benazeth-Grégoire :

1°) conteste la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a maintenu sa décision initiale de refus de délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement » ;

2°) demande d’enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement ».

M. E... soutient que sa pathologie le handicape fortement au quotidien, et le met en état de stress et autocontrôle permanent, ce qui est très invalidant et rend très complexe le moindre déplacement ; il est, du fait de cette hypocondrie envahissante, qui se traduit par un trouble de la personnalité et des attaques de panique entraînant une réduction importante de sa capacité de déplacement à pied, dans l’impossibilité de suivre des soins dentaires et optiques.


Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, la directrice de la maison départementale des personnes handicapées de Seine-et-Marne (MDPH 77) conclut au rejet de la requête de M. E... en faisant valoir que les conditions d’octroi d’une carte de mobilité inclusion, mention « stationnement », fixées dans l’arrêté du 3 janvier 2017, ne sont pas remplies dès lors que le périmètre de marche du requérant est normal, qu’il n’a pas besoin de pauses ni d’accompagnement pour ses déplacements en extérieur et qu’il est autonome en ce qui concerne ses capacités motrices.
Vu :
- la décision du 5 décembre 2023 prise sur recours préalable obligatoire de M. E... ;
- la pièce complémentaire, enregistrée le 3 octobre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241‑12‑1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.


En application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensé de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 21 octobre 2025, en présence de Mme Darnal, greffière d’audience :
- le rapport de M. Freydefont, magistrat désigné ;
- et les observations de Mme C..., représentant la maison départementale des personnes handicapées de Seine-et-Marne, défendeur, qui reprend les conclusions de son mémoire en défense par les mêmes moyens.

M. E..., requérant, n’est ni présent, ni représenté.

L’instruction a été close à l’issue des débats.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article R. 241-17-1 du code de l’action sociale et des familles : « Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est formé (…) devant le président du conseil départemental (…) ». L’institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d’arrêter définitivement la position de l’administration. Il s’ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d’être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.

2. Il résulte de l’instruction que M. A... E..., né le 13 janvier 1967, a sollicité le 27 juin 2022 la délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement », ce qui lui fut refusé par décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne en date du 17 mai 2023. L’intéressé a alors introduit le 8 juin 2023 contre cette décision initiale le recours administratif préalable obligatoire de l’article R. 241-17-1 précité du code de l’action sociale et des familles, recours rejeté par décision expresse du 5 décembre 2023. Par la requête susvisée, M. E... demande l’annulation de cette décision du 5 décembre 2023.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. Aux termes des dispositions de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. - La carte « mobilité inclusion » destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du Conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. (…) 3° La mention « stationnement pour personnes handicapées » est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. (…) ». L’article R. 241-12 du même code prévoit que : « I. - La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au premier alinéa du I de l’article L. 241-3 est adressée à la maison départementale des personnes handicapées. Elle est constituée des pièces suivantes : 1° Un formulaire de demande et un certificat médical conformes aux modèles fixés par un arrêté du ministre chargé des personnes handicapées ; 2° Une copie de la carte d’identité ou du passeport ou, pour la personne de nationalité étrangère, de l’une des pièces mentionnées à l’article 1er du décret n° 94-294 du 15 avril 1994. (…) III. - Le demandeur et le bénéficiaire de l’allocation prévue à l’article L. 232-1 peut solliciter la carte mobilité inclusion ou son renouvellement, au moyen du formulaire de demande conforme au modèle figurant à l’annexe 2-9 au présent code ou, si la demande est jointe à une demande d’allocation personnalisée d’autonomie, au moyen du formulaire conforme au modèle de l’annexe 2-3. La demande est adressée au Conseil départemental et, le cas échéant, instruite par l’équipe médico-sociale mentionnée à l’article L. 232-6 ». L’article R. 241-12-1 du même code dispose que : « IV. - Pour l’attribution de la mention « stationnement pour personnes handicapées », un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ». Enfin, aux termes de l’annexe 1 de l’arrêté susvisé du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou - la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d’un accompagnement s’impose dès lors que la personne risque d’être en danger ou a besoin d’une surveillance régulière. Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. S’agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l’accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s’imposer par le risque d’une mise en danger. Cette condition n’est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée. 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la mention « stationnement pour personnes handicapées » de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n’est cependant pas nécessaire que l’état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l’origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d’attribution de cette carte tient compte de l’évolutivité potentielle de ceux-ci ».

4. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d’une personne en matière d’aide ou d’action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d’emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner les droits de l’intéressé, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l’article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l’intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l’administration afin qu’elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d’un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées », c’est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.

5. M. E... soutient que sa pathologie le handicape fortement au quotidien, et le met en état de stress et autocontrôle permanent, ce qui est très invalidant et rend très complexe le moindre déplacement ; il est, du fait de cette hypocondrie envahissante, qui se traduit par un trouble de la personnalité et des attaques de panique entraînant une réduction importante de sa capacité de déplacement à pied, dans l’impossibilité de suivre des soins dentaires et optiques. Toutefois, le certificat médical du Dr D... du 16 juin 2022 rédigé à la demande de l’intéressé mentionne un périmètre de marche normal, sans ralentissement moteur de M. E..., sans besoin de pauses ni d’accompagnement pour les déplacements extérieurs. C certificat ne fait également mention d’aucune aide humaine ni d’aucun besoin d’appareillage de la part du requérant dans ses déplacements en intérieur ou en extérieur. Si le requérant soutient, dans son mémoire complémentaire du 23 octobre 2024 que ce certificat ne tient pas compte de son état de stress tel que décrit par le Dr B... et le Dr D..., spécialiste en psychiatrie, les certificats de ces médecins ne font état d’aucun périmètre de marche limité à moins de 200 mètres ni de la nécessité pour le requérant de se déplacer avec une canne ou tout autre appareillage manipulé à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs comme un déambulateur. Par suite, en refusant d’attribuer à M. E... la carte mobilité inclusion mention « stationnement » qu’il sollicitait, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne n’a pas commis d’erreur d’appréciation dans l’application qu’il a faite des dispositions précitées du code de l’action sociale et des familles et de l’arrêté du 3 janvier 2017. Par suite, M. E... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée en date du 5 décembre 2023.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E... et au département de Seine-et-Marne.


Copie en sera adressée à la Maison départementale des personnes handicapées de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2025.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 4 novembre 2025.


Le président,





C. FreydefontLa greffière,





L. Darnal


La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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