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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402776

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402776

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBESSAA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis avait obligé M. A, ressortissant sri-lankais, à quitter le territoire français. La solution retenue est fondée sur le fait que M. A s'était vu reconnaître la qualité de réfugié par la Cour nationale du droit d'asile le 23 novembre 2023, antérieurement à l'arrêté contesté. Le tribunal applique les articles L. 611-1 et L. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui interdisent d'obliger un réfugié à quitter le territoire et imposent l'abrogation de toute décision antérieure en ce sens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro le 2402776 le 7 mars 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français.

M. A soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire est illégale dès lors qu'il bénéfice de la qualité de réfugié.

Par un mémoire, enregistré le 3 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bessaa, doit être considéré comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A doit être considéré comme soutenant que l'arrêté :

- est entaché d'une erreur de fait ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit tiré de ce qu'il est légalement admissible en France ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen.

M. A et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h43.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a communiqué une note en délibéré enregistrée le 24 juin 2024 à 16 heures 25.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sri lankais né le 10 mars 2003 à Jaffna (République socialiste démocratique du Sri Lanka), entré en France le 19 novembre 2022 selon ses déclarations, a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 31 mai 2023. Par une décision n° 23031204 du 23 novembre 2023, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a reconnu à l'intéressé la qualité de réfugié. Par arrêté du 23 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 23 février 2024.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Selon l'article L. 613-6 du même code : " Lorsque la qualité de réfugié ou d'apatride est reconnue ou le bénéfice de la protection subsidiaire accordé à un étranger ayant antérieurement fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative abroge cette décision. Elle délivre au réfugié la carte de résident prévue à l'article L. 424-1, au bénéficiaire de la protection subsidiaire la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-9 et à l'étranger qui a obtenu le statut d'apatride la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-18. ".

3. Antérieurement à la décision attaquée, M. A s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par la décision de la Cour nationale du droit d'asile citée au point 1. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a sollicité du préfet de Seine-et-Marne un titre de séjour en sa qualité de réfugié le 26 décembre 2023. Malgré cet enregistrement de demande de titre de séjour, et alors que la Cour, organe juridictionnel dont la décision s'impose, le préfet de la Seine-Saint-Denis a cru pouvoir postérieurement obliger M. A à quitter le territoire français, obligation que le préfet n'a pas cru devoir retirer malgré son caractère manifestement illégal, maintenant au demeurant ainsi le contentieux ouvert. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'apporte aucun élément en défense qui pourrait justifier que le statut de réfugié ne lui soit pas accordé, la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen.

Sur les injonctions :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

5. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. B A l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pas à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 23 février 2024 ci-dessus annulée.

Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

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