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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2404685

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404685

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404685
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantINTER-BARREAUX JRF AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, M. A B, représenté par Me Roure, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 100 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des conséquences dommageables de la prise en charge dont il a été l'objet à l'hôpital Bicêtre à compter du 24 juillet 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 10 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales d'Ile-de-France a conclu qu'un retard de prise en charge était imputable à l'hôpital Bicêtre et qu'il en a résulté une perte de chance d'échapper aux complications dont il a été atteint, ce taux devant être fixé à 80 % ;

- il est fondé à demander réparation au titre des postes de préjudice suivants : déficit fonctionnel temporaire ; souffrances endurées ; préjudice esthétique temporaire ; déficit fonctionnel permanent ; préjudice esthétique permanent ; préjudice d'agrément ; préjudice sexuel ; frais d'assistance par une tierce personne ; pertes de gains professionnels actuels et futurs ; frais d'assistance permanente par une tierce personne ; incidence professionnelle ; dépenses de santé futures ; frais de logement adapté ; frais exposés à l'occasion des opérations d'expertise ;

- il est en conséquence fondé à se prévaloir d'une obligation de l'indemniser, qui n'est pas sérieusement contestable à hauteur de la somme de 100 000 euros.

La requête a été communiquée à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne, qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud,

vice-président, pour statuer sur les demandes de référés présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui a été victime d'une chute à son domicile le 23 juillet 2020, a été transporté à l'hôpital Bicêtre le lendemain après avoir été pris en charge au service des urgences du groupe hospitalier du Sud Ile-de-France à Melun. Souffrant d'une fracture de la vertèbre L3, M. B a subi une première intervention chirurgicale, consistant en une ostéosynthèse, le 25 juillet 2020. Dans les suites de cette intervention, l'intéressé s'est plaint de paresthésies et d'une anesthésie en selle. Des examens ont mis en évidence une sténose canalaire, nécessitant une deuxième intervention, consistant en une corporectomie de la vertèbre L3, qui s'est déroulée le 31 juillet 2020. La persistance de l'anesthésie en selle faisant envisager une décompression par voie postérieure, une nouvelle intervention, consistant en une laminectomie au niveau des vertèbres L3 et L4, a été pratiquée le 6 août suivant, l'équipe médicale ayant alors posé le diagnostic d'un syndrome de la queue de cheval. Après avoir saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France d'une demande de règlement amiable, sur le fondement des dispositions des articles L. 1142-4 et suivants du code de la santé publique, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une provision en réparation des conséquences dommageables d'un retard de prise en charge imputable à l'hôpital Bicêtre.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP :

3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par la CCI d'Ile-de-France, que, d'une part, M. B aurait dû être pris en charge en urgence compte tenu du recul du mur postérieur dont il était atteint, qui représentait une menace pour l'axe médullaire, et que, d'autre part, il aurait dû être l'objet d'une prise en charge chirurgicale immédiate dès la constatation des signes neurologiques déficitaires qu'il manifestait à la suite de la première intervention. Un tel retard dans la prise en charge de l'intéressé constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP. Il résulte également de l'instruction que la faute qui vient d'être évoquée a été l'origine d'une perte de chance pour M. B d'échapper aux complications dont il a été atteint. Si le requérant soutient que le taux de cette perte de chance doit être fixé à au moins 80 %, il n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause l'appréciation portée par l'expert, qui a estimé que ce taux pouvait être fixé à 40 %. Si la CCI d'Ile-de-France a estimé pour sa part qu'il convenait de fixer ce taux à 60 %, cette appréciation ne repose pas sur des éléments précis de nature à remettre sérieusement en cause celle de l'expert. Il suit de là que, en l'état de l'instruction, l'obligation dont se prévaut M. B ne peut être regardée comme n'étant pas sérieusement contestable qu'à hauteur de 40 % des conséquences dommageables des complications dont il a été victime.

En ce qui concerne le préjudice :

5. Il résulte de l'instruction que la consolidation de l'état de santé de M. B peut être fixée au 21 juin 2022.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que M. B a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire lié aux complications auxquelles la faute relevée au point 4 lui a fait perdre une chance d'échapper, à hauteur de 75 % du 8 au 14 août 2020, 50 % du 15 août au

8 septembre 2020, 25 % du 9 septembre au 6 octobre 2020, 41 % du 7 au 31 octobre 2020, 56 % du 1er novembre au 22 décembre 2020, 90 % le 23 décembre 2000, 56 % du 24 décembre 2020 au 7 octobre 2021 et 40 % du 8 octobre 2021 au 21 juin 2022. L'obligation dont se prévaut le requérant au titre des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence résultant de ce déficit peut ainsi être regardée comme non sérieusement contestable à hauteur de 40 % de la somme de

5 300 euros.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a enduré des souffrances consécutives aux complications évoquées ci-dessus, qui peuvent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 0 à 7. L'obligation dont il se prévaut à ce titre peut être regardée comme non sérieusement contestable à hauteur de 40 % de la somme de 4 000 euros.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a subi un préjudice esthétique temporaire évalué par l'expert à 3 sur une échelle de 0 à 7. La somme devant réparer ce préjudice peut être fixée, compte tenu de son caractère temporaire, à 4 000 euros. M. B est ainsi fondé à se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable à hauteur de 40 % de cette somme.

9. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement à la consolidation de son état de santé, le requérant reste atteint d'un déficit fonctionnel permanent imputable, à hauteur de 30 %, aux complications auxquelles le retard de pris en charge dont il a été victime lui a fait perdre une chance d'échapper. M. B est, par suite, fondé à se prévaloir à ce titre d'une obligation non sérieusement contestable de l'indemniser à hauteur de 40 % de la somme de 80 000 euros.

10. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que le requérant reste atteint d'un préjudice esthétique permanent qui peut être évalué à 2,5 sur une échelle de 0 à 7. La somme devant réparer ce préjudice peut être fixée à 2 500 euros. M. B est ainsi fondé à se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable à hauteur de 40 %.

11. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que M. B subit un préjudice sexuel qui peut être qualifié d'important compte tenu de la perte de sensibilité qui résulte des séquelles dont il reste atteint. L'intéressé est fondé à se prévaloir à ce titre d'une obligation non sérieusement contestable à hauteur de la somme de 40 % de 4 000 euros.

12. En septième lieu, si M. B demande la prise en charge des frais d'assistance par une tierce personne depuis qu'il n'est plus hospitalisé et de façon viagère, il n'a apporté aucune justification sur les éventuelles prestations dont il a pu bénéficier et ayant pour objet la prise en charge de tels frais, qui sont susceptibles de venir en déduction de l'indemnité à laquelle il a droit, ni davantage aucune justification permettant de déterminer s'il a bénéficié de l'avantage fiscal prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts, ce dont il doit également être tenu compte dans le calcul de l'indemnité à laquelle il est susceptible de prétendre à ce titre. Dans ces conditions, M. B n'est, en l'état de l'instruction, pas fondé à se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable au titre de ces frais.

13. En huitième et dernier lieu, si M. B demande une provision au titre de dépenses de santé futures, de pertes de gains professionnels, actuels et futurs, de l'incidence professionnelle du dommage, de frais de logement adapté et des frais exposés à l'occasion des opérations d'expertise menées devant la CCI d'Ile-de-France, il n'apporte pas la moindre justification à l'appui de ses allégations. Ainsi, en l'état de l'instruction, le requérant n'apporte pas davantage d'élément suffisant permettant d'établir l'existence d'une obligation de l'indemniser au titre de ces chefs de préjudice.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une provision d'un montant de 38 480 euros.

Sur les frais liés au litige

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. B une provision de 38 480 euros.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 17 septembre 2024.

Le juge des référés,

T. Gallaud

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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