mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2405579 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | DUBREUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2024 et le 20 juin 2024, M. A B, représenté par Me Dubreux, demande au juge des référés, statuant par application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) à lui verser une provision de 16 987 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable et de l'anatocisme, en réparation de ses préjudices résultant de l'illégalité de la décision implicitement opposée par le préfet de Seine-et-Marne à sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui payer cette somme dans le délai de trente jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- il existe une obligation non sérieusement contestable dès lors que la décision implicite opposée par le préfet de Seine-et-Marne est illégale ;
- en effet, cette décision n'est pas motivée malgré la demande de communication des motifs qu'il a adressée au préfet, elle n'a pas été précédée de la consultation de la commission du titre de séjour, elle méconnaît les stipulations de l'article 6 2) et 7 bis a) de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il a subi un préjudice matériel du fait de cette décision et du délai durant lequel il a été maintenu sous récépissés, étant placé dans une situation professionnelle précaire ne lui permettant pas d'être embauché, qu'il évalue à la somme de 27 974 euros ;
- il a également subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, consistant en de l'anxiété, de l'angoisse, l'impossibilité de contribuer aux charges de son foyer alors que son épouse est handicapée et la fin de ses droits notifiée par France travail, qu'il évalue à la somme de 6 000 euros ;
- il existe un lien de causalité entre la faute de l'Etat et ses préjudices ;
- l'intervention d'une décision expresse ne saurait avoir pour effet de neutraliser l'illégalité de la décision implicite de refus de titre de séjour, ni d'exonérer le préfet de sa responsabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- sa décision de délivrer à M. B une carte de résident en qualité de conjoint de Française a nécessairement pour effet d'abroger la décision par laquelle il avait implicitement rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé ;
- l'intéressé ayant toujours été mis en possession de récépissés l'autorisant à travailler, la réalité de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence n'est pas démontrée ;
- si l'intéressé fait valoir la situation de handicap de son épouse, cette circonstance est sans lien avec l'absence de détention d'un titre de séjour ;
- le lien de causalité entre la faute et les préjudices allégués n'est pas démontré.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Billandon, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien entré en France le 6 octobre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, a épousé une ressortissante française le 23 février 2019 et s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien d'un an par le préfet de Seine-et-Marne, le 23 avril suivant, en qualité de conjoint de Française. Avant l'expiration de ce titre, il a demandé au préfet de Seine-et-Marne la délivrance d'une carte de résident de dix ans ou le renouvellement de son certificat de résidence algérien et a obtenu un rendez-vous en préfecture à cet effet, en dernier lieu le 25 septembre 2020, et complété son dossier le 11 juin 2021, date non contestée du dépôt de sa demande complète. Depuis lors, il a été maintenu en situation régulière sous récépissés de dépôt d'une demande de titre de séjour. Par un courrier déposé le 27 novembre 2023, M. B a demandé au préfet de Seine-et-Marne de l'indemniser de ses préjudices résultant de l'illégalité fautive de la décision par laquelle il a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour. Cette demande indemnitaire ayant été implicitement rejetée, par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) à lui verser une provision de 16 987 euros, en réparation de ses préjudices résultant de l'illégalité de la décision opposée implicitement par le préfet de Seine-et-Marne à sa demande de titre de séjour.
Sur la demande de provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
4. Postérieurement à la décision par laquelle il a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. B, le préfet de Seine-et-Marne a, par une décision du 31 mai 2024, accordé une carte de résident à l'intéressé. Le préfet ne conteste pas à l'instance que l'intéressé remplissait les conditions fixées à l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien dès le dépôt de sa demande. Par suite, en rejetant implicitement la demande de titre de séjour de M. B, le préfet a entaché d'illégalité sa décision et commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
5. La faute résultant de l'illégalité d'une décision administrative n'est de nature à ouvrir droit à réparation que des préjudices qui sont la conséquence directe de la décision illégale et qui sont établis.
6. Au cas particulier, M. B soutient, en premier lieu, que l'illégalité de la décision implicite visée au point 1 lui a causé un préjudice matériel dès lors que le maintien sous récépissés l'a placé dans une situation professionnelle précaire. Toutefois, ce préjudice, à supposer même son existence établie, ne résulte pas directement de cette illégalité, la délivrance de récépissés à l'origine de la précarité professionnelle alléguée ne trouvant pas sa cause dans la naissance de cette décision implicite.
7. M. B soutient, en deuxième lieu, que le délai anormalement long du traitement de sa demande ainsi que la décision implicite mentionnée au point 1 lui ont causé des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral. D'une part, aucun délai anormalement long de traitement de la demande de titre de séjour de M. B ne peut être reproché au préfet, celui-ci ayant pris sa décision dans le délai fixé à l'article R. 432-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, les préjudices invoqués par le requérant, qui se caractérisent par l'anxiété et le stress d'être maintenu sous récépissés de trois mois et l'incertitude quant à sa situation administrative, à les supposer établis, ne résultent pas directement de l'illégalité de la décision implicite précitée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'obligation non sérieusement contestable dont M. B se prévaut au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, n'est pas établie. Les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat au versement d'une provision doivent, dès lors, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des intérêts au taux légal et à l'anatocisme.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Le présent jugement qui rejette les conclusions de la requête à fin de condamnation provisionnelle n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au requérant la somme qu'il demande à ce titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Dubreux.
Fait à Melun, le 11 décembre 2024
La juge des référés,
I. BILLANDON
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026