Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 14 juin 2024, le vice-président de la 3ème section du tribunal administratif de Paris a transmis pour compétence territoriale au greffe du tribunal administratif de Melun le dossier de la requête enregistrée, le 6 juin 2024, par laquelle M. B... A..., représenté par Me Yao, demande au tribunal :
1°) d’annuler :
- la décision référencée « 48 SI » du ministre de l’Intérieur constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;
- les 7 décisions de retrait de points consécutives aux infractions routières constatées les 26 mai 2019, 3 juillet 2019, 30 août 2020, 15 octobre 2020, 26 mars 2022, 10 juillet 2022 et 29 septembre 2022 et totalisant une perte de 13 points ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’Intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de retirer sa décision d’invalidation de son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
- il n’a jamais reçu notification des décisions litigieuses ;
- il conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions susmentionnées ;
- il conteste la réalité des infractions susmentionnées, réalité qui n’est pas établie conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le ministre de l’Intérieur conclut :
- au non-lieu à statuer s’agissant des conclusions à fin d’annulation de la décision « 48 SI » et du retrait de points consécutif à l’infraction du 22 septembre 2022 ;
- et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Le ministre de l’Intérieur fait valoir que :
- les mentions relatives à l’infraction routière du 22 septembre 2022 ont été supprimées du relevé d’information intégral du requérant ; suite à cette suppression, le solde de points affecté au permis de conduire de M. A... est redevenu provisoirement positif ;
- les différents moyens soulevés sont infondés.
Par courrier du 17 novembre 2025 du président de la 11ème chambre, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d’office les moyens d’ordre public suivants tirés de ce que :
- d’une part, les conclusions dirigées contre les 3 retraits de points consécutifs aux infractions relevées les 3 juillet 2019, 15 octobre 2020 et 10 juillet 2022 sont irrecevables, les points retirés ayant été restitués à M. A... respectivement les 3 mars 2020, 20 juillet 2021 et 26 mars 2023, soit antérieurement à l'enregistrement de la requête ;
- d’autre part, les conclusions dirigées contre le retrait de points consécutif à l'infraction du 29 septembre 2022 sont irrecevables, cette infraction n'ayant donné lieu à aucun retrait de points.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
En application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique du 16 décembre 2025, en présence de Mme Rouillard, greffière d’audience, le rapport de M. Freydefont.
Ni M. A..., requérant, ni le ministre de l’Intérieur, défendeur, ne sont présents ou représentés.
DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques26/05/2019V < 20 km/hPV-1AMAttestation de paiement de l’AFM au 21/10/201903/07/2019V < 20 km/hPV-1AFOUI le 03/03/2020Irrecevable30/08/2020Chgt de directionPVE-3AF15/10/2020V < 20 km/hPV-1AFOUI le 20/07/2021Irrecevable26/03/2022CeinturePVE-3AF10/07/2022V < 20 km/hPV-1AMOUI le 26/03/2023Irrecevable29/09/2022Feu rougePV-3AM0 point sur le R2I produit par le requérant : irrecevableTOTAL7 infractions-13+1
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l’instruction que M. B... A..., né le 27 septembre 1979, s’est notamment vu successivement retirer 1, 1, 3, 1, 3, 1 et 3 points (soit 13 points en tout) à la suite de 7 infractions routières commises respectivement les 26 mai 2019, 3 juillet 2019, 30 août 2020, 15 octobre 2020, 26 mars 2022, 10 juillet 2022 et 29 septembre 2022. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l’Intérieur a, par une décision modèle « 48 SI », acté que son permis était devenu invalide et qu’il avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la requête susvisée, M. A... demande l’annulation de cette décision « 48 SI » jamais notifiée et des 7 décisions de retrait de points faisant suite aux infractions routières susmentionnées.
Sur l’exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Le ministre de l’Intérieur conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne la décision « 48 SI » d’invalidation du permis de conduire de M. A... et le retrait de point consécutif à l’infraction du 22 septembre 2022. Or, d’une part, il ressort des relevés d’information intégraux (R2I) produits tant par le requérant que par le ministre de l’Intérieur que le capital de points affecté au permis de conduire de M. A... est nul et que son permis est donc invalide ; d’autre part, le requérant n’a pas contesté de retrait de points consécutif à une infraction routière relevé le 22 septembre 2022. Par suite, l’exception de non-lieu à statuer opposée en défense sera écartée.
3. Toutes les décisions contestées par M. A... dans sa requête restent donc en litige.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne les infractions des 3 juillet 2019, 15 octobre 2020, 10 juillet 2022 et 29 septembre 2022 :
4. D’une part, il résulte du R2I relatif à la situation du requérant et produit par le ministre de l’Intérieur en défense, que les points retirés suite aux 3 infractions constatées les 3 juillet 2019, 15 octobre 2020 et 10 juillet 2022 ont été restitués respectivement les 3 mars 2020, 20 juillet 2021 et 26 mars 2023, soit antérieurement à la date d’enregistrement de la requête au 14 juin 2024. Ces décisions doivent donc être regardées comme ayant été retirées par le ministre de l’Intérieur antérieurement à l’introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d’annulation de ces décisions doivent être rejetées comme irrecevables.
5. D’autre part, il résulte du R2I produit par le requérant lui-même que l’infraction routière relevée le 29 septembre 2022 n’a donné lieu à aucun retrait de points. Par suite, les conclusions relatives au retrait de points allégué consécutif à cette infraction du 29 septembre 2022 seront rejetées comme irrecevables en l’absence de décision de retrait de points.
En ce qui concerne les autres infractions restant en litige :
6. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l’absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de M/ A... est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l’intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « (…) La réalité d’une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission d’un titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive » ; qu’aux termes de l’article L. 223-3 du même code : « Lorsque l’intéressé est avisé qu’une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l’article L. 223-2, de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu’il est fait application de la procédure de l’amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l’auteur de l’infraction est informé que le paiement de l’amende ou l’exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l’infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d’exercer le droit d’accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l’intéressé par lettre simple quand il est effectif ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. Lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223-1. / II. Il est également informé de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d’accès aux informations ci-dessus mentionnées s’exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 (…) » ;
8. Il résulte des dispositions précitées que, d’une part, en vertu des dispositions de l’article L. 223-1 du code de la route, la réalité d’une infraction est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l’établissement de la réalité de l’infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l’intéressé. D’autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l’encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route revêt le caractère d’une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a délivré ledit document.
S’agissant des 2 infractions des 30 août 2020 et 26 mars 2022 :
9. D’une part, il ressort du R2I afférent à la situation de M. A... et produit par le ministre en défense que les 2 infractions des 30 août 2020 et 26 mars 2022 ont été acquittées par le requérant au stade de l’amende forfaitaire, ainsi qu’il ressort de la mention « AF » figurant sur son R2I. Ainsi, celui-ci a nécessairement reçu les courriers du ministre de l’Intérieur l’invitant à s’acquitter de ces paiements, courriers qui comportent l’ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Il s’ensuit que l’administration doit être regardée, dans les circonstances de l’espèce, et alors que le requérant n’établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l’ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu’elle a satisfait à l’obligation d’information s’agissant des 2 infractions des 30 août 2020 et 26 mars 2022.
10. D’autre part, ainsi qu’il a été dit au point précédent, il résulte du R2I afférent au permis de conduire de M. A..., produit par le ministre, que le requérant s’est acquitté des amendes forfaitaires correspondant aux infractions des 30 août 2020 et 26 mars 2022. Celui-ci ne soutient ni n’établit avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la réception de l’avis de contravention. Il s’ensuit que l’administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité desdites infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l’article L. 223-1 du code de la route.
S’agissant de l’infraction du 26 mai 2019 :
11. D’une part, il ressort du R2I afférent à la situation du requérant et produit par le ministre en défense que l’infraction du 26 mai 2019 constatée par l’intermédiaire d’un radar automatique puis télétransmise au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA), a donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l’atteste la mention « AM ». Par suite, un avis d’AFM comportant l’ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d’immatriculation, soit en l’espèce M. A.... Et le ministre rapporte la preuve de la réception par le requérant de cet avis d’AFM en produisant l’attestation de paiement de cette AFM, attestation établie le 21 octobre 2019 par le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé (TCA). Et le requérant ne démontre ni ne soutient que ce paiement résulterait de la mise en œuvre par la TCA d’une procédure de recouvrement forcé du type saisie à tiers détenteur. Par suite, le moyen tiré du défaut d’information préalable au retrait de point sera écarté comme infondé s’agissant de l’infraction du 26 mai 2019.
12. D’autre part, il résulte du R2I afférent au permis de conduire de M. A... que cette infraction a donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée (AFM). Or, le requérant ne soutient ni n’établit avoir formé, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l’annulation de ce titre exécutoire. Il s’ensuit que l’administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ladite infraction est établie dans les conditions requises par les dispositions de l’article L. 223-1 du code de la route.
S’agissant de la décision « 48 SI » :
13. Il résulte de tout ce qui précède que le capital de points de M. A... s’établit, après la restitution des 3 points mentionnée au point 4 et les 2 retraits supplémentaires de 4 points et 1 point consécutifs aux infractions routières des 13 avril et 21 octobre 2023 non contestées par le requérant, à 0 point (12 – 10 + 3 – 4 – 1 = 0 point), soit un solde nul. Par suite, la décision ministérielle « 48 SI » constatant le solde de points nul et invalidant le permis de conduire du requérant reste légale et n’encourt pas l’annulation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l’ensemble des conclusions à fin d’annulation contenues dans la requête de M. A... doit être rejeté. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’Intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2025.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 6 janvier 2026.
Le magistrat désigné,
C. FreydefontLa greffière,
C. Rouillard
La République mande et ordonne au ministre de l’Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,