Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410434

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410434
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation14ème chambre, DALO
Avocat requérantKWEMO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a été saisi par M. A B, reconnu prioritaire pour un hébergement par la commission de médiation de Seine-et-Marne le 20 novembre 2023, qui demandait réparation du préjudice subi faute de proposition d’hébergement. Le préfet de Seine-et-Marne a opposé que le requérant avait été hébergé en Ille-et-Vilaine et qu’il n’avait pas renouvelé sa demande en Seine-et-Marne, rendant son comportement obstacle à l’exécution de la décision. Le tribunal a rejeté les requêtes en indemnisation et en référé-provision, estimant que l’État ne pouvait être condamné à payer une somme qu’il ne devait pas, faute de lien de causalité direct entre le préjudice allégué et le défaut d’hébergement imputable à l’administration. Cette solution s’appuie sur les principes de la responsabilité pour faute de l’État et les dispositions du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête, enregistrée le 22 août 2024 sous le numéro 2410434, M. A B, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner l'État à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de proposition d'hébergement adapté à sa situation et ses besoins ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- par une décision du 20 novembre 2023, la commission de médiation de Seine-et-Marne a reconnu sa demande d'hébergement comme prioritaire et précisé qu'il devait être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ;

- depuis cette date, il n'a reçu aucune proposition d'hébergement et dort toujours à la rue ; son droit à la vie privée issu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; il sollicite une indemnisation à hauteur de 5 000 euros en réparation des préjudices relatifs à sa vie privée et familiale, sa santé, sa situation matérielle et son état psychique.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, le préfet de

Seine-et-Marne conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire,

à la limitation de l'indemnisation éventuellement accordée à un montant conforme à

la jurisprudence.

Il fait valoir que :

- le requérant et sa famille ont été pris en charge et mis à l'abri dans un hôtel " première classe " par le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) plateforme 115 d'Ille-et-Vilaine le 26 avril 2024 ;

- son comportement fait obstacle à ce qu'un hébergement ait pu lui être proposé

dès lors que qu'il n'a recontacté ni le SIAO de Seine-et-Marne, ni l'association " Empreintes " ou tout autre centre d'hébergement de Seine-et-Marne, ni même

la Croix rouge française, auprès de laquelle il est domicilié, ce qui démontre qu'il ne souhaite plus être hébergé en Seine-et-Marne, qu'à la date du 5 novembre 2024 ni lui ni son assistante de service social ne sont joignables par le SIAO de Seine-et-Marne et qu'il n'a pas renouvelé sa demande d'hébergement auprès du SIAO de Seine-et-Marne, celle-ci n'étant plus active depuis le 3 mai 2024 ;

- en toute hypothèse, la somme de 5 000 euros n'est pas justifiée par la situation de

M. B.

Par courrier du 28 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les personnes morales

de droit public ne peuvent être condamnées à payer une somme qu'elles ne doivent pas.

II°) Par une requête, enregistrée le 22 août 2024 sous le numéro 2410435, M. A B, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal, sur le fondement de

l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner l'État à lui verser une provision de 2 500 euros dans l'attente

du jugement au fond à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros

à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi

du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- par une décision du 20 novembre 2023, la commission de médiation de

Seine-et-Marne a reconnu sa demande d'hébergement comme prioritaire et précisé

qu'il devait être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition,

un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ;

- depuis cette date, il n'a reçu aucune proposition d'hébergement et dort toujours

à la rue ; son droit à la vie privée issu des stipulations de l'article 8

de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et

des libertés fondamentales a été méconnu ; il subit un important préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, le préfet de

Seine-et-Marne conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire,

à la limitation de l'indemnisation éventuellement accordée à un montant conforme à

la jurisprudence.

Il fait valoir que :

- le requérant et sa famille ont été pris en charge et mis à l'abri dans un hôtel " Première classe " par le service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) plateforme 115 d'Ille-et-Vilaine le 26 avril 2024 ;

- son comportement fait obstacle à ce qu'un hébergement ait pu lui être proposé

dès lors que qu'il n'a recontacté ni le SIAO de Seine-et-Marne, ni l'association " Empreintes " ou tout autre centre d'hébergement de Seine-et-Marne, ni même

la Croix rouge française, auprès de laquelle il est domicilié, ce qui démontre qu'il ne souhaite plus être hébergé en Seine-et-Marne, qu'à la date du 5 novembre 2024 ni lui ni son assistante de service social ne sont joignables par le SIAO de Seine-et-Marne et qu'il n'a pas renouvelé sa demande d'hébergement auprès du SIAO de Seine-et-Marne, celle-ci n'étant plus active depuis le 3 mai 2024 ;

- en toute hypothèse, la somme de 2 500 euros n'est pas justifiée par la situation de

M. B.

Par courrier du 28 novembre 2024, les parties ont été informées, en application

des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les personnes morales de droit public ne peuvent être condamnées à payer une somme qu'elles ne doivent pas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, Premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de

l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur

sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. C, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. M. A B a présenté le 26 mai 2023 un recours amiable tendant à

la reconnaissance de son droit au logement opposable à la commission de médiation de

Seine-et-Marne. Toutefois, la commission de médiation a estimé qu'une offre de logement n'étant pas adaptée à sa situation particulière, M. B devait se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une décision du 10 octobre 2022. En l'absence d'attribution d'un hébergement d'urgence, M. B a adressé une demande préalable d'indemnitaire, reçue le 22 avril 2024 par le secrétariat de la commission de médiation

du droit au logement opposable de Seine-et-Marne. Le silence conservé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué sur un seul jugement, M. B demande

au tribunal la condamnation de l'État à lui verser à la fois une provision 2 500 euros et

une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de proposition d'hébergement.

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court en Seine et Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

4. Il résulte de l'instruction, notamment de la décision du 10 octobre 2022, que

la commission de médiation de Seine-et-Marne a reconnu que M. B devait être accueilli dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale dans le cadre du dispositif régi par le code de

la construction et de l'habitation lui reconnaissant un droit à l'hébergement opposable. Il est constant que l'intéressé n'a pas été accueilli dans une telle structure. La circonstance avancée que le requérant aurait été hébergé avec sa famille dans un hôtel en Ille-et-Vilaine depuis

le 26 mars 2024 n'est pas par elle-même de nature à dégager le préfet de son obligation

dès lors qu'il n'établit pas qu'une telle structure constituerait l'une des structures mentionnées dans la décision de la commission de médiation. Par ailleurs, le préfet n'établit pas davantage que le requérant se serait désintéressé de sa demande d'hébergement, faute d'établir que le caractère incomplet de son dossier serait imputable à son comportement ou celui du comité d'action et d'entraides sociales " Empreintes ", qui gérait son dossier de demande d'hébergement.

5. En revanche, dès lors que par un jugement n° 2309095 du 12 juillet 2024,

le magistrat désigné du tribunal a condamné l'État à indemniser M. B pour

les préjudices subis par celui-ci du fait de la carence de l'État à lui attribuer un hébergement conforme aux prescriptions de la commission de médiation pour la période allant

du 21 novembre 2022 au 12 juillet 2024, il n'y a lieu d'engager la responsabilité de l'État qu'à compter du 12 juillet 2024.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu des conditions qui ont perduré du fait de la carence de l'État à attribuer un accueil à M. B conforme aux conditions prescrites par la commission de médiation, de la durée de cette carence, soit cinq mois après la date de lecture du jugement faisant droit à sa précédente demande indemnitaire, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total cinq personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'État à verser au requérant une somme de 550 euros.

Sur la demande de provision :

7. Dès lors qu'il est statué par le présent jugement sur les conclusions indemnitaires de M. B, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision fondées sur la même cause et relatives à la même période.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au versement d'une provision.

Article 3 : L'État est condamné à verser à M. A B une somme de 550 euros.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de

Seine-et-Marne et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

O. C

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,, 2410435