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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412015

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412015

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412015
TypeDécision
Formation7ème chambre
Avocat requérantPOIRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 28 septembre 2024 et 3 janvier 2025, M. B E, représenté par Me Poirier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine suivant la notification du présent jugement et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de mettre fin au signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français présente un caractère disproportionné et méconnaît la liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette,

- et les observations de Me Poirier, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français en 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. B E à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par arrêté du 24 juillet 2024, régulièrement publié le 25 juillet suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme D C à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, après avoir rappelé que M. E était entré irrégulièrement en France en 2022 et qu'il s'y était maintenu depuis lors sans être titulaire d'un titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne a précisé que l'intéressé avait déclaré exercer la profession de coiffeur, vivre en concubinage et ne pas avoir d'enfant à charge, et qu'il était sans domicile personnel et certain et sans ressources légales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision contestée, telle que rappelée au point précédent, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de M. E, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, le requérant a déclaré être entré en France en 2022, soit deux ans seulement avant l'édiction de la décision attaquée. Il est constant qu'il s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Si M. E a déclaré, lors de son audition par les services de police à la suite de son interpellation le 26 septembre 2024, qu'il vivait en concubinage, il ne l'établit par aucune pièce. En outre, s'il a été interpellé alors qu'il se trouvait en situation de travail au sein d'un salon de coiffure, cette seule circonstance n'est pas de nature à justifier de l'ancienneté ou de la stabilité de son intégration professionnelle, M. E ne produisant à l'appui de sa requête aucun contrat de travail et seulement quatre bulletins de salaire. De plus, il ressort du procès-verbal d'audition du 26 septembre 2024 que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère ainsi que trois de ses frères et sœurs. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision obligeant M. E à quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors que le requérant, victime d'un accident sur la voie publique, se borne à se prévaloir d'un suivi médical en France sans démontrer qu'il ne pourrait pas être poursuivi effectivement dans son pays d'origine, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers sur lesquels elle se fonde, précise que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger fait apparaître qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire, que ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque l'étranger qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et lorsqu'il ne présente pas de garanties suffisantes. Après avoir notamment indiqué, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, que M. E ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il s'y était maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et qu'il était sans domicile personnel et certain et sans ressources légales, le préfet de Seine-et-Marne a estimé qu'il ne justifiait d'aucune circonstance particulière. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision contestée que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; / 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

14. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les circonstances, d'une part, qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité de titre de séjour et, d'autre part, qu'il ne pouvait être regardé comme présentant des garanties de représentation suffisantes. Si M. E produit un passeport en cours de validité et soutient qu'il dispose d'une adresse connue communiquée aux services de police lors de son audition du 26 septembre 2024, de sorte qu'il peut être regardé comme justifiant de garanties suffisantes au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort toutefois du procès-verbal de cette même audition produit en défense que l'intéressé a reconnu être entré irrégulièrement en France et n'avoir sollicité la délivrance d'aucun titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire en se fondant sur le seul 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision le privant d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement dont fait l'objet M. E vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle relève que l'intéressé, qui est de nationalité algérienne, n'allègue pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à ces articles. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

18. En deuxième lieu, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose à l'administration le respect d'une procédure contradictoire préalable à l'édiction de la décision fixant le pays de destination prise concomitamment à la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, le requérant a été mis en mesure de présenter des observations lors de son audition par les services de police le 26 septembre 2024 et il a déclaré à cette occasion ne pas faire l'objet de menace ou d'intimidation en Algérie. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

20. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le requérant pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible (à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse). Toutefois, les dispositions citées au point précédent n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer à l'autorité administrative, lorsqu'elle édicte une décision fixant le pays de destination, d'identifier nommément le pays à destination duquel l'étranger pourra être éloigné en exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

21. En quatrième et dernier lieu, M. E, qui ne fait état d'aucune circonstance particulière, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

22. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

24. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

25. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit qui en constituent le fondement en visant, notamment, les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet de Seine-et-Marne a relevé que M. E ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière et s'est référé " aux circonstances propres au cas d'espèce " en renvoyant ainsi aux éléments de l'arrêté rappelé au point 4 du présent jugement pour la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, la décision interdisant à M. E de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans est suffisamment motivée.

26. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, eu égard en particulier à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, serait disproportionnée et méconnaîtrait le principe général du droit garantissant la liberté d'aller et venir.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet de Seine-et-Marne doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

28. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. E demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,1

N° 210199940

1

N° 230232121

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