jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2414178 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 12ème chambre, éloignement |
| Avocat requérant | THIRION LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2409441 du 14 novembre 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal, sur le fondement des articles R. 351-3, R. 312-1 et R. 221-3 du code de justice administrative, la requête de Mme D, enregistrée au greffe de ce tribunal le 31 octobre 2024.
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2024, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 24 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné,
- les observations de Me Thirion, représentant Mme B, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'il développe ;
- et les observations de Mme B, assistée de Mme C, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions du tribunal ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante nigériane née le 15 août 2006 à Benin City (Nigeria), déclare être entrée en France le 20 juin 2024 pour y demander l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure accélérée le 24 octobre 2024. Par une décision du même jour, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; / () ".
5. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII, qui a examiné les besoins et la situation personnelle et familiale de la requérante, a pris en compte sa vulnérabilité, laquelle a été évaluée lors de l'entretien conduit par l'agent de l'OFII le 24 octobre 2024. D'autre part, alors qu'elle est entrée en France le 19 juin 2024, Mme B n'a présenté sa demande d'asile que le 24 octobre suivant, soit plus de 90 jours après son entrée en France. Il ressort des pièces du dossier et des déclarations à l'audience de la requérante qu'elle est entrée mineure, accompagnée de deux de ses frères, l'un majeur et l'autre mineur, sur le territoire français le 19 juin 2024, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 22 mars au 22 juin 2024 délivré par les autorités consulaires françaises au Nigeria. Son visa ayant été abrogé, elle a été en conséquence placée en zone d'attente et un administrateur ad hoc a été désigné compte tenu de sa minorité. Le 21 juin, elle a demandé à entrer en France au titre de l'asile. Le 2 juillet 2024, elle a été entendue pour avis par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en application de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'entrée sur le territoire français en vue de solliciter l'asile lui a ensuite été refusée par une décision du ministre chargé de l'immigration, cette décision n'étant toutefois pas produite à l'instance. Mme B déclare qu'après avoir été maintenue en zone d'attente pendant une durée totale de vingt jours, elle a été hospitalisée quelques jours, puis a été prise en charge en hébergement d'urgence avant d'être hébergée, depuis quelques jours, par un compatriote. Toutefois, de tels éléments, en l'absence de production de la décision par laquelle le ministre chargé de l'immigration a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile, laquelle est intervenue au plus tard le 8 juillet, dernier jour du délai maximal de vingt jours de placement en zone d'attente, et de précisions sur les conditions dans lesquelles elle a pu se maintenir sur le territoire français au-delà de cette date ainsi que sur les motifs de son hospitalisation, ne suffisent pas à établir l'existence d'un motif légitime au sens des dispositions citées au point précédent. De plus, lors de son entretien de vulnérabilité, Mme B, célibataire et sans enfant à charge, a indiqué être dépourvue d'hébergement, alors qu'il ressort de ses déclarations à l'audience qu'elle était prise en charge en hébergement d'urgence, et n'a pas fait état de facteurs de vulnérabilité liés à une grossesse, à un handicap, à la nécessité d'une assistance par une tierce personne ou à son état de santé. Si elle se prévaut de sa minorité lors de son arrivée en France, elle était néanmoins majeure lors de l'enregistrement de sa demande d'asile et de l'entretien avec l'OFII qui s'en est suivi. Si elle déclare également à l'audience, dans des termes peu circonstanciés, avoir été victime de violences de la part de son père, qui l'aurait forcée à se prostituer avec certains de ses amis, il ressort toutefois des termes de l'entretien mené avec l'OFPRA le 2 juillet 2024 que ses déclarations sur les motifs et les conditions dans lesquelles elle a quitté son pays d'origine sont empreintes de nombreuses contradictions, de sorte que les violences qu'elle dit avoir subies ne peuvent, en l'absence par ailleurs de toute pièce médicale, être tenues pour établies. Enfin, si la requérante déclare être isolée, dépourvue de ressources et ne pas maîtriser la langue française, ces seules circonstances, alors qu'il résulte de ses déclarations à l'audience, contrairement aux mentions figurant dans la fiche d'entretien de vulnérabilité, qu'elle était prise en charge en hébergement d'urgence à la date de la décision attaquée, ne suffisent pas à établir l'existence d'une situation de précarité et de vulnérabilité telle qu'elle justifierait l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en dépit de l'absence de motif légitime justifiant la tardiveté de sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le magistrat,
Signé : T. BOURGAULa greffière,
Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. ADELON
No 2414178
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026