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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414296

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414296

mercredi 25 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414296
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation14ème chambre, DALO
Avocat requérantCHAMPAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun (14ème chambre, DALO) a statué sur une demande d'indemnisation pour carence fautive de l'État dans l'exécution d'une décision de relogement prioritaire (DALO). Le requérant, reconnu prioritaire par la commission de médiation en 2021, n'ayant pas été relogé malgré une injonction du tribunal, a obtenu la condamnation de l'État à lui verser 8 000 euros en réparation de son préjudice. La juridiction a fondé sa décision sur les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, estimant que la carence de l'État dans le délai imparti engageait sa responsabilité pour les troubles dans les conditions d'existence du demandeur et de son foyer.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :



Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre 2024 et 2 février 2026, M. A... D..., représenté par Me Champain, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 8 000 euros à parfaire en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis en raison de la carence des services de l’Etat à assurer son relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, lequel renoncera à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
- par une décision du 18 novembre 2021, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;
- faute pour les services préfectoraux d’avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat ;
- ses préjudices sont caractérisés dès lors qu’il n’a reçu aucune proposition de logement, qu’il vit avec ses deux filles mineures et qu’il ne dispose pas de ressources suffisantes pour se loger dans le parc privé.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.

M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C..., premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l’article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l’article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu à l’audience publique, le rapport de M. C..., les parties n’y étant ni présentes ni représentées.

L’instruction a été clôturée après appel de l’affaire à l’audience.

Considérant ce qui suit :

M. D... a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement de type T1-T2, sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, par une décision du 18 novembre 2021 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l’intéressé, le tribunal a, sur le fondement du I de l’article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint au préfet du Val-de-Marne d’assurer le relogement de l’intéressé, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er septembre 2023. En l’absence de relogement, M. D... a adressé une demande préalable d’indemnisation, reçue le 18 avril 2024 par le préfet du Val-de-Marne qui l’a implicitement rejetée. Par sa requête, M. D... demande au tribunal la condamnation de l’Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de l’absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l’expiration d’un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

Pour définir les besoins du demandeur d’un logement en application de ces dispositions du code de la construction et de l’habitation, la commission de médiation doit apprécier la composition de son foyer en tenant compte de l’ensemble des personnes visées par l’article L. 442-12 de ce code, au nombre desquelles figure toute personne majeure âgée de moins de vingt et un ans, ou de moins de vingt-cinq ans lorsqu'elle poursuit ses études, ou, quel que soit son âge, lorsqu'elle effectue son service militaire ou est atteinte d'une infirmité, dès lors qu’il est établi qu’elle vit effectivement au foyer ou, s’agissant des enfants, qu’ils font l’objet d’un droit de visite ou d’hébergement. Est à cet égard sans incidence la circonstance que, pour l’application des dispositions du code général des impôts relatives à l’imposition sur le revenu, cette personne soit ou non effectivement rattachée au foyer fiscal dont elle faisait partie jusqu’à sa vingt-et-unième ou vingt-cinquième année. Eu égard à la nature de son office, il appartient au juge saisi d’une demande tendant à la réparation du préjudice né pour le demandeur de l’absence de relogement, pour déterminer l’étendue du droit à réparation, de tenir compte de la composition effective du foyer au cours de la période de responsabilité.

Il résulte de l’instruction que M. D... s’est vu reconnaître le droit au logement opposable par la commission de médiation de Seine-et-Marne pour le motif suivant : « logé dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ». M. D... soutient sans être contredit avoir été rejoint de manière régulière par ses filles en juillet 2023 et que celles-ci ont alors vécu auprès de lui au sein de son foyer. Or il ne résulte pas de l’instruction que le préfet ait proposé un logement à M. D..., celui-ci précisant s’être relogé par ses propres moyens avec ses deux enfants dans un logement social à compter du 3 juillet 2024. Enfin, si M. D... se prévaut de troubles de jouissance constatés à proximité de son nouveau logement, il n’établit pas que celui-ci serait inadapté à ses besoins. Dès lors, il y a lieu de considérer que le préjudice de M. D... a cessé à compter du 3 juillet 2024. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence, soit plus de vingt-cinq mois après la naissance de l’obligation pesant sur l’Etat née à l’expiration d’un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit une personne puis trois personnes à compter de juillet 2023, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d’existence en condamnant l’Etat à verser
une somme de 1 225 euros.

Sur les frais d’instance :

M. D... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisées. L’Etat étant la partie perdante, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Champain renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 100 euros.

D E C I D E :



Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. D... une somme de 1 225 euros.


Article 2 : L’Etat versera à Me Champain une somme de 1 100 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive à l’aide juridictionnelle.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D..., au préfet du Val-de-Marne et au ministre de la ville et du logement.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2026.


Le magistrat désigné,

O. C...
La greffière,

M. B...




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.


Pour expédition conforme,
La greffière,




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