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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2505047

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2505047

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2505047
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBIROT- RAVAUT ET ASSOCIES

Résumé IA

Cette décision du tribunal administratif de Melun, statuant en référé, fait droit à la demande d’expertise médicale présentée par Mme A B sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, afin de déterminer les causes et l’étendue des préjudices résultant de sa prise en charge au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges à compter du 4 mars 2014. Le tribunal rejette en revanche la demande de provision de 30 000 euros, faute pour l’obligation invoquée de présenter un caractère non sérieusement contestable au sens de l’article R. 541-1 du même code. La mission de l’expert est fixée, et les conclusions relatives aux dépens sont rejetées comme prématurées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 avril et 20 mai 2025,

Mme D A B, représentée par Me Fineltain-Assaraf, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise médicale sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ayant pour objet de déterminer les responsabilités encourues à la suite de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à compter du 4 mars 2014 au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges et de déterminer l'étendue du préjudice qui en a résulté, au contradictoire de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectations iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) ;

2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges ou, à défaut, la caisse prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire à lui verser une provision d'un montant de 30 000 euros à valoir sur son préjudice définitif ;

3°) de statuer sur les dépens.

Elle soutient qu'elle a été victime de complications à la suite de deux interventions chirurgicales qu'elle a subies les 4 mars 2024 et 14 avril 2025 au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, en sorte qu'une expertise médicale doit être réalisée, afin de déterminer la cause de ses complications et d'évaluer le préjudice qui en a résulté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2025, le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, représenté par l'AARPI ACLH Avocats, déclare qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, en émettant des réserves sur l'engagement de sa responsabilité, et demande de réserver les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 7 mai 2025, la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire, représentée par son directeur, déclare qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

La requête a été communiquée à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectations iatrogènes et des infections nosocomiales, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud,

vice-président, pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La demande d'expertise présentée par Mme D A B à l'effet d'établir si la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à compter du 4 mars 2014 au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges a été faite dans les règles de l'art entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions du centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées. Il appartiendra à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées et dont il définira librement les modalités pratiques, d'apprécier s'il y a lieu d'établir un pré-rapport et de l'adresser aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations.

4. Les dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. Il s'ensuit que la demande de Mme A B tendant à ce qu'il soit statué sur la charge des frais d'expertise est prématurée et ne peut, par suite, qu'être rejetée.

5. Il résulte des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

6. En l'état de l'instruction, tant le principe que l'étendue d'une éventuelle responsabilité de cet établissement ne sont pas établis par la seule production des comptes rendus d'hospitalisation produits par la requérante. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation dont l'intéressée se prévaut ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de Mme D A B tendant au versement d'une provision doivent, en tout état de cause, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C E, exerçant à l'hôpital Louis Pasteur au Coudray (28630), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de

Mme D A B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges à compter du 4 mars 2014 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen clinique de Mme D A B ;

2°) décrire l'état de santé de Mme D A B et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement depuis cette date ; décrire l'état pathologique de la patiente ayant conduit aux soins et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme D A B ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges et l'utilité des gestes pratiqués ;

4°) dire si une infection est survenue au cours ou au décours de la prise en charge de Mme D A B, si elle était présente ou en incubation au début de la prise en charge ou si elle a une autre origine que cette prise en charge ;

5°) si tout ou partie du dommage n'est pas imputable à un manquement aux règles de l'art, dire si l'accident médical a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques liés à l'intervention, de l'exposition particulière de la patiente en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;

6°) dans tous les cas, donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté de Mme D A B présente un lien direct et certain avec le manquement, l'infection ou l'accident constaté ou bien s'ils n'ont entraîné qu'une perte de chance de se soustraire à ce dommage ou d'en éviter une aggravation et fixer dans cette dernière hypothèse l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par la patiente en le justifiant au regard des données de la science médicale ; en excluant dans l'un ou dans l'autre cas, la part des séquelles qui serait, le cas échéant, à mettre en relation avec toute cause étrangère à la prise en charge de

Mme D A B par le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-A-Georges ;

7°) dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;

8°) donner un avis sur l'évolution prévisible de l'état de santé de

Mme D A B si les interventions n'avaient pas été pratiquées ; dire si des alternatives thérapeutiques existaient et, le cas échéant, comparer les avantages et inconvénients de ces alternatives avec ceux résultant des interventions qui ont été pratiquées ;

9°) dire si l'état de santé de Mme D A B est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où de nouveaux examens seraient nécessaire, mentionner dans quel délai ;

10°) décrire précisément la nature et l'étendue du préjudice actuel subi par

Mme D A B selon la nomenclature usuelle en distinguant les postes de préjudice temporaire, patrimonial et extrapatrimonial, avant consolidation et les postes de préjudice permanent, patrimonial et extrapatrimonial, après consolidation ou pouvant être considérés comme définitivement acquis ;

11°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre

Mme D A B, le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectations iatrogènes et des infections nosocomiales, et la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire. L'expert avertira les parties quatre jours au moins à l'avance par lettre recommandée des dates, heures et lieux auxquels ils procèderont aux opérations d'expertise.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance et le notifiera aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 5 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A B, au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectations iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse de prévoyance et de retraite du personnel ferroviaire et à M. C E, expert.

Fait à Melun, le 10 juillet 2025.

Le juge des référés,

Signée : T. Gallaud

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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