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Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2514086

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2514086
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTROJMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Trojman, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 septembre 2025 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2400 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est :
- insuffisamment motivée, en méconnaissance de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration, la motivation se bornant à indiquer que les « pièces d’état civil ne permettent pas de justifier de l’identité » sans préciser les pièces en cause, ni les anomalies relevées, ni les vérifications opérées ;
- intervenue sur une procédure violant le principe du contradictoire, en méconnaissance de l’article L. 121-1 du même code, à défaut de mise en demeure ou de demande complémentaire ;
- entachée d’une « erreur de droit » et d’une « erreur manifeste d’appréciation », dès lors qu’il a « produit un acte de naissance original algérien conforme à l’article 47 du code civil, accompagné de copies certifiées, légalisées et apostillées, ainsi que d’autres justificatifs d’identité et que l’administration a écarté ces documents « en refusant de lui permettre de fournir un complément » ;
- contraire aux « principes de proportionnalité et de bonne administration ».

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation (…) ;
- le jugement n° 2406227 du 19 juin 2025 du tribunal ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. En vertu des dispositions de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents de formation de jugement des tribunaux peuvent, par ordonnance, selon le 5°, « Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 », selon le 7°, « Rejeter, après l’expiration du délai de recours (…), les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, (…) des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé (…) », et, selon le 6°, « Statuer sur les requêtes relevant d'une série, qui, sans appeler de nouvelle appréciation ou qualification de faits, présentent à juger en droit, pour la juridiction saisie, des questions identiques à celles qu'elle a déjà tranchées ensemble par une même décision devenue irrévocable ». Ces dernières dispositions permettent au juge de statuer par ordonnance sur les requêtes relevant d’une série, dès lors que ces contestations ne présentent à juger que des questions de droit qu’il a déjà tranchées par une décision passée en force de chose jugée et qu’il se borne à constater matériellement des faits, susceptibles de varier d’une affaire à l’autre, sans avoir toutefois à les apprécier ou à les qualifier.

2. La requête présentée par M. B..., sans appeler de nouvelle appréciation ou qualification de faits, sauf à faire application du 7° de l’article R. 222-1 précité, présente à juger en droit des questions identiques à celles qui ont été déjà tranchées ensemble par le jugement n° 2406227 du 19 juin 2025 du tribunal administratif de Melun, devenu irrévocable. Par suite, il y a lieu, sous réserve du respect du 7° précité quand il y a lieu d’en faire application, de statuer sur la requête de M. B... par voie d’ordonnance, sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

3. D’une part, aux termes de l’article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : « L'autorité qui a reçu la demande (…) peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation (…), mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ».

4. D’autre part, aux termes du premier alinéa de l’article 41 du décret du
30 décembre 1993 : « Le demandeur se présente en personne devant un agent désigné nominativement par l'autorité administrative chargée de recevoir la demande et justifie de son identité par la production de l'original de son document officiel d'identité mentionné au 1° bis de l'article 37-1. Il produit également lors de cet entretien les originaux des pièces nécessaires à l'examen de sa demande. En l'absence de comparution personnelle à l'entretien sans motif légitime, l'autorité compétente peut classer sans suite sa demande sans qu'il soit besoin de fixer une nouvelle date d'entretien ».

5. Il résulte de ces dispositions combinées que le défaut de production de tout ou partie des pièces exigées dans la convocation à l’entretien d’assimilation peut, à lui seul, légalement justifier une décision de classement sans suite. Si l’impossibilité de produire des pièces requises à l’entretien d’assimilation est de nature à faire obstacle au classement sans suite, c’est à la double condition que le demandeur justifie de circonstances imprévisibles et indépendantes de sa volonté et qu’il en informe l’administration dans les meilleurs délais, en principe avant l’entretien, afin de lui permettre d’apprécier s’il y a lieu de le reporter. Le juge de l’excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur le respect de ces conditions, en tenant compte des dispositions combinées des articles 41, 37-1 et 9 du décret du 30 décembre 1993, qui imposent au demandeur de produire à son entretien « l'original de son document officiel d'identité mentionné au 1° bis de l'article 37-1 » ainsi que tous « les originaux des pièces nécessaires à l'examen de sa demande », obligation qui implique qu’il veille par avance à ce que tous ces documents soient prêts à être produits lors l’entretien.

6. A défaut de justifier l’impossibilité de produire certaines pièces requises à l’entretien d’assimilation, l’autorité administrative dispose d’un large pouvoir d’appréciation pour user de la faculté de classer sans suite la demande, sous le contrôle restreint du juge de l’excès de pouvoir tenant compte de l’objet de la décision de classement sans suite, qui consiste seulement à mettre fin à l’instruction de la demande sans y statuer, et de la finalité du régime de classement sans suite, qui est d’améliorer l’efficacité des procédures d’instruction des demandes de naturalisation, et notamment d’éviter que l’entretien d’assimilation ne puisse être mené avec toutes les pièces requises au jour et à l’heure fixés dans la convocation.

7. Enfin, les dispositions combinées du 1° de l’article 37-1 et du 1° de l’article 9 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 imposent que l’acte de naissance soit produit « en original ». Cette exigence ne trouve pas à s’appliquer lors du dépôt de la demande de naturalisation qui a été présentée au moyen du téléservice mentionné au premier alinéa de l’article 35 du même décret, lequel ne permet pas, normalement, de produire des pièces originales, mais seulement lors de l’entretien. C’est pourquoi le décret n° 2023-65 du 3 février 2023, qui a rendu en principe obligatoire le dépôt de la demande au moyen de ce téléservice pour tout demandeur résidant dans un département ou une collectivité figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé des naturalisations, a complété le premier alinéa de l’article 41 du décret du 30 décembre 1993 relatif à l’entretien réglementaire d’assimilation par une phrase énonçant que le demandeur « produit également lors de cet entretien les originaux des pièces nécessaires à l'examen de sa demande ». Il résulte de l’ensemble de ces dispositions que l’autorité administrative compétente est en droit d’exiger que les originaux devant être produits à l’entretien correspondent aux pièces dont les copies ont été produites lors du dépôt de la demande ou de son instruction.

8. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le demandeur a perdu l’original d’une pièce après avoir en avoir versé la copie au soutien de sa demande, mais avant d’avoir présenté l’original à l’entretien d’assimilation, il lui appartient d’obtenir un nouvel original et d’en informer l’autorité administrative compétente, afin de lui en fournir une copie, dans les meilleurs délais, sans attendre l’entretien d’assimilation, où il lui appartiendra de fournir l’original correspondant à la copie préalablement versée et vérifiée par l’administration.

9. En l’espèce, d’une part, pour procéder au classement sans suite de la demande présentée par M. B... en vue d’acquérir la nationalité française, le préfet du Val-de-Marne s’est fondé sur le motif que, bien qu’il eût été invité à se présenter à l’entretien réglementaire d’assimilation, le 23 septembre 2025, impérativement muni de l’ensemble des pièces d’état civil déposées lors de sa demande, en version originale, ainsi que de la pièce initialement déposée justifiant de son identité, l’intéressé n’avait pas produit, à cette occasion, « la version originale de [son] acte de naissance ».

10. D’autre part, si M. B... soutient avoir « produit un acte de naissance original algérien », il ne précise pas expressément que c’est lors de l’entretien qu’il aurait produit l’original de cet acte. Il ne peut ainsi être regardé comme contestant l’exactitude matérielle du motif de la décision attaquée, cité au point précédent, d’autant moins qu’il ressort des pièces qu’il a lui-même versées au dossier, et notamment d’un courrier électronique adressé à la préfecture le 26 septembre 2025, trois jours après l’entretien, qu’il admet avoir été dans l’impossibilité d’y produire l’original de l’acte de naissance correspondant à la copie versée au dossier, « égaré lors d’un réaménagement effectué à [s]on domicile ». Il est ainsi constant que le défaut de production de l’original de son acte de naissance à l’entretien résulte directement de la perte de cette pièce par M. B..., alors que les dispositions combinées des articles 41 et 37-1 imposent sa présentation lors de l’entretien et qu’il lui appartenait en conséquence de veiller à ce que ce document demeure à sa disposition. Or, un tel défaut de présentation est de nature, à lui seul, à justifier légalement un classement sans suite, alors qu’il n’est pas contesté que M. B... a été régulièrement informé des pièces à produire à cet entretien par la convocation qui lui a été adressée.

11. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été énoncé au point 5 de la présente ordonnance que la convocation à l’entretien d’assimilation qui invite le demandeur à se présenter à l’entretien impérativement muni de l’ensemble des pièces d’état civil déposées lors de sa demande, en version originale, ainsi que de la pièce initialement déposée justifiant de son identité, vaut mise en demeure au sens de l’article 40 du décret du 30 décembre 1993. Or, en l’espèce, ainsi qu’il a été dit, M. B... ne conteste pas que la convocation qu’il a reçue contenait de telles mentions, l’ayant ainsi informé de l’obligation de présenter à l’entretien l’original de l’acte de naissance déposé au soutien de sa demande. Ni l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui dispose expressément que la procédure contradictoire qu’il prévoit n’est pas applicable aux décisions statuant sur une demande, ni aucune autre disposition, non plus qu’aucun principe, n’impose une procédure contradictoire avant le classement sans suite d’une demande de naturalisation prononcé sur le fondement de l’article 40 ou 41 du décret du 30 décembre 1993.

12. En outre, si M. B... laisse entendre que le classement sans suite de sa demande constituerait une conséquence disproportionnée, cette dernière est toutefois expressément prévue par les dispositions réglementaires précitées, sans que l’administration ne soit tenue de proposer un nouvel entretien. Au demeurant, aucune des circonstances dont fait état de M. B... n’est manifestement susceptible de venir au soutien du moyen – d’ailleurs non soulevé en ces termes - tiré d’un usage manifestement erroné du pouvoir de classer sans suite une demande de naturalisation sur le fondement de l’article 40 ou 41 du décret du 30 décembre 1993.

13. Enfin, le classement sans suite d’une demande de naturalisation prononcé sur le fondement de l’article 40 ou 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 n’entre pas dans le champ de l’obligation de motivation définie à l’article 27 du code civil et à l’article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998, rappelée à l’article 49 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993, qui est applicable à « Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant » une demande de naturalisation, mais non à son classement sans suite. Il n’entre pas non plus dans les cas qui sont énumérés à l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant. Au surplus, la décision attaquée énonce l’ensemble des circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, si bien que ce moyen est tout état de cause manifestement infondé.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête ne comporte – indépendamment des questions de droit identiques à celles qui ont déjà tranchées par le jugement n° 2406227 du 19 juin 2025 - que « des moyens de légalité externe manifestement infondés, (…) des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé » au sens du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Le délai de recours contentieux étant expiré il y a lieu, par application de ces dispositions, de rejeter la requête.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.


Fait à Melun, le 1er octobre 2026.


Le président de la 8ème chambre,





X. POTTIER



La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,