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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2603119

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2603119

lundi 2 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2603119
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande de suspension en référé d'une note de la préfecture de police refusant l'autorisation de candidature aux élections municipales pour une fonctionnaire de police. **Juridiction** : Tribunal administratif de Melun (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés rejette la demande de suspension, considérant que la requête est irrecevable. Il estime que l'autorité préfectorale n'a pas compétence pour vérifier, lors du dépôt de la liste, les conditions d'éligibilité liées à la profession (article L. 231 du code électoral), mais seulement celles énoncées aux deux premiers alinéas de l'article L. 228. **Textes appliqués** : Articles L. 521-1, R. 522-1 et L. 522-3 du code de justice administrative (conditions du référé-suspension et irrecevabilité manifeste) ; articles L. 265, L. 228, L. 234 et L. 231 du code électoral (règles sur le dépôt des candidatures et les conditions d'éligibilité).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2026, Mme A... D... (épouse B...), demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension d’une note individuelle émanant de la direction des ressources humaines de la préfecture de police datée du 23 février 2026, ayant pour objet : « Autorisation de candidature aux élections municipales de Rungis (94) », jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de
cette - selon les termes de la requête - « décision d’inéligibilité » ;

2°) d’ordonner l’enregistrement de sa candidature à titre provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code électoral ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- la décision du Conseil d’Etat du 30 janvier 2019 (n° 410518) ;
- le jugement du tribunal du 23 février 2026 (n° 2602860) ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. C... pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ». Le second alinéa de l’article R. 522-1 du même code dispose qu’« A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ». Enfin, selon l'article L. 522-3 du même code : « (…) lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci (…) est irrecevable (…), le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article
L. 522-1 ».

2. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 265 du code électoral, applicable aux déclarations de candidature aux élections municipales dans les communes de 1 000 habitants et plus : « La déclaration de candidature résulte du dépôt à la préfecture (…) d'une liste répondant aux conditions fixées aux articles L. 260, L. 263, L. 264 et LO. 265-1. Il en est délivré
récépissé (…) ». Le cinquième alinéa de cet article dispose que « Le dépôt de la liste doit être assorti, pour le premier tour, de l'ensemble des mandats des candidats qui y figurent ainsi que des documents officiels qui justifient qu'ils satisfont aux conditions posées par les deux premiers alinéas de l'article L. 228 et de la copie d'un justificatif d'identité de chacun des candidats ». Le neuvième alinéa de ce même article L. 265 précise que « Récépissé ne peut être délivré que si les conditions énumérées au présent article sont remplies et si les documents officiels visés au cinquième alinéa établissent que les candidats satisfont aux conditions d'éligibilité posées par les deux premiers alinéas de l'article L. 228 ». Les deux premiers alinéas de l’article L. 228 énoncent : « Nul ne peut être élu conseiller municipal s'il n'est âgé de dix-huit ans révolus. / Sont éligibles au conseil municipal tous les électeurs de la commune et les citoyens inscrits au rôle des contributions directes ou justifiant qu'ils devaient y être inscrits au 1er janvier de l'année de l'élection ». Selon l’article L. 234 du même code : « Ne peuvent pas faire acte de candidature les personnes déclarées inéligibles en application des articles L. 118-3, L. 118-4, LO 136-1 ou
LO 136-3 ». L’article L. 231 du même code dispose : « (…) / Ne peuvent être élus conseillers municipaux dans les communes situées dans le ressort où ils exercent ou ont exercé leurs fonctions depuis moins de six mois : / … / 5° Les fonctionnaires des corps actifs de la police nationale (…) ».

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 265 et L. 234, qui se réfèrent seulement aux conditions d’éligibilité énoncées aux deux premiers alinéas de l’article L. 228 et aux inéligibilités découlant d’une décision du juge de l’élection, qu’il n’appartient pas à l’autorité préfectorale, lorsqu’elle apprécie si le récépissé de déclaration de candidature doit être délivré ou refusé, de vérifier si les candidats figurant sur la liste satisfont aux conditions d’éligibilité prévues par l’article L. 231 du code électoral. Les dispositions de l’article L. 265 de ce code qui imposent seulement au candidat d’indiquer la profession exercée ne permettent d’ailleurs pas aux services préfectoraux de procéder à une instruction de la situation du candidat au regard des règles d’éligibilité énoncées à l’article L. 231 du code électoral, lesquelles s’apprécient au demeurant au jour de l’élection.

4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 111-3 du code général de la fonction publique : « Les dispositions en matière de congé ou d'autorisation d'absence applicables à l'agent public candidat ou élu à une fonction publique élective sont déterminées, pour autant qu'il ne bénéficie pas de dispositions plus favorables, par la sous-section 8 de la section 2 du chapitre II du titre IV du livre Ier de la troisième partie du code du travail ». Selon l’article L. 3142-79 du code du travail, qui relève de la sous-section 8 précédemment mentionnée : « L'employeur laisse au salarié, candidat à l'Assemblée nationale ou au Sénat, le temps nécessaire pour participer à la campagne électorale dans la limite de vingt jours ouvrables. / Le même droit est accordé, sur sa demande, dans la limite de dix jours ouvrables au salarié candidat : / (…) / 2° Au conseil municipal (…) ». Les modalités d’application de ces dispositions sont fixées par l’article L. 3142-80 du même code qui dispose : « Le salarié bénéficie à sa convenance des dispositions de l'article L. 3142-79, à condition que chaque absence soit au moins d'une demi-journée entière. Il avertit son employeur vingt-quatre heures au moins avant le début de chaque absence ».

5. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que les autorisations d’absence sollicitées par un agent en qualité de candidat à une fonction publique élective doivent être délivrées à la convenance de l’intéressé, dans les seules limites du crédit global d’heures d’absence autorisées, des délais de prévenance du chef de service et de la durée minimale de chaque absence. Aucune disposition ne confère à l’employeur d’un fonctionnaire le pouvoir d’apprécier s’il satisfait aux conditions d’éligibilité prévues à l’article L. 231 du code électoral, pouvoir que le législateur n’a pas même entendu conférer au préfet chargé de recevoir le dépôt des candidatures aux élections municipales et d’en délivrer récépissé.

6. Toutefois, si Mme D... présente, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, des conclusions à fin de suspension d’une note individuelle émanant de la direction des ressources humaines de la préfecture de police datée du 23 février 2026, ayant pour objet : « Autorisation de candidature aux élections municipales de Rungis (94) », estimant que son « périmètre d'intervention en tant qu'agent de police [la] rend inéligible dans tout le territoire couvert par la DTSP 94 » et l’« invit[ant] donc à renoncer à [son] projet de candidature aux prochaines élections municipales de Rungis », en mentionnant que « la présente décision » peut faire l’objet d’un recours administratif ou contentieux, elle ne produit pas de copie de la requête à fin d’annulation qu’elle aurait présentée au tribunal, laquelle est exigée, à peine d’irrecevabilité, par le second alinéa de l’article R. 522-1 du code de justice administrative. La requête est, dès lors, manifestement irrecevable et doit être rejetée selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

7. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que Mme D..., si elle s’y croit recevable et fondée, présente un recours en annulation contre cette note - à supposer qu’elle puisse être regardée comme un acte décisoire faisant grief susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir - et assortisse ce recours d’une requête distincte en référé suspension sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.



Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... D....

Fait à Melun, le 2 mars 2026.

Le juge des référés,



Signé : X. C...

La République mande et ordonne au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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