Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté rectificatif du 9 octobre 2025 portant affectation d'un inspecteur des finances publiques. Le juge estime que le requérant ne démontre pas l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, notamment en ne prouvant pas que son affectation actuelle l'expose à un préjudice grave et immédiat, tel qu'un risque avéré de responsabilité pénale. La demande est donc jugée irrecevable sur ce point.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2026 sous le n° 2603302, M. A... B... demande au juge des référés :
1°) d’ordonner sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté rectificatif du 9 octobre 2025 portant affectation avec délégation de gestion d’un inspecteur des finances publiques jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la requête en annulation n° 2602913 du 20 février 2026 ;
2°) d’enjoindre sous astreinte au ministre de l’action et des comptes publics de le maintenir dans son affectation actuelle et de maintenir le versement de sa rémunération actuelle comprenant les accessoires de rémunération et indemnités afférents ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens sur le fondement de l’article R. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- l’arrêté ministériel rectificatif du 9 octobre 2025 litigieux ;
- la requête à fin d’annulation de cet arrêté enregistrée sous le n° 2602913 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. D’une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » ; aux termes de l’article L. 522-3 dudit code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. » ; enfin, aux termes de l’article R. 522-1 de ce même code : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. »
2. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit s’apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d’urgence s’apprécie à la date de la présente ordonnance.
3. Il résulte de l’instruction que M. A... B..., inspecteur des finances publiques affecté à la direction régionale des finances publiques d’Île-de-France et de Paris, a fait l’objet le 19 septembre 2025 d’un arrêté ministériel portant affectation avec délégation de gestion auprès de la direction générale des douanes et droits indirect (DGDDI), pour exercer les fonctions d’analyste à l’unité de renseignement fiscal (URF) à compter du 1er octobre 2025. Toutefois, cet arrêté a été rapporté par un second arrêté du 9 octobre 2025, et l’intéressé a été affecté avec délégation de gestion auprès de la direction générale des douanes et droits indirect (DGDDI), pour exercer les fonctions d’enquêteur à l’unité de renseignement fiscal (URF). L’intéressé a alors introduit un recours hiérarchique contre ce nouvel arrêté qui a fait l’objet d’une décision explicite de rejet le 20 janvier 2026. Par la requête susvisée, M. B... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 précité du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté rectificatif du 9 octobre 2025.
4. M. B... soutient que l’urgence a sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative est établie dès lors que les décisions querellées engagent sa responsabilité pénale sur le fondement de l’article L. 862-2 du code de la sécurité intérieure ; le requérant fait en effet valoir qu’en qualité d’inspecteur des finances publiques affecté en position normale d’activité au sein de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), il ne se trouve pas dans une situation administrative régulière lui permettant d’exercer des missions de renseignement et d’user des prérogatives douanières telles que l’exercice du droit de communication.
5. Toutefois, d’une part, à supposer cette circonstance établie, M. B... ne démontre pas qu’il a été saisi, depuis son affectation à l’URF de la DGDDI le 19 septembre 2025 en qualité d’analyste puis le 9 octobre suivant en qualité d’enquêteur, de missions excédant ses prérogatives et engageant de ce fait sa responsabilité pénale ; d’autre part, à supposer que tel soit le cas à l’avenir, il lui appartiendra alors de faire valoir à sa hiérarchie son impossibilité d’exercer des missions qui peuvent engager sa responsabilité pénale.
6. Il résulte de ce qui précède que la condition d’urgence de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est au cas d’espèce pas suffisamment établie. Par suite, les conclusions à fin de suspension présentées par M. B... sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, le requérant n’établissant pas en tout état de cause avoir engagés des frais sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’action et des comptes publics.
Fait à Melun, le 4 mars 2026.
Le juge des référés,
Signé : C. Freydefont
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,